La gestion de l’eau et des déchets améliore la santé au Cameroun

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Un chercheur participant au projet, Roger Feumba, montre comment se servir du récipient remis aux familles pour conserver l’eau de boisson.

Écosystèmes et santé humaine
À Yaoundé, capitale du Cameroun, des collines abruptes et des cours d’eau limitent les secteurs habitables. Quelque 21 000 personnes s’entassent dans les quartiers à habitat spontané du bassin versant de la Mingoa, zone marécageuse comprenant 12 quartiers.

Un projet financé par le CRDI dans le cadre du programme ÉCOSANTÉ, de 2003 à 2009, a considérablement amélioré la santé et les conditions de vie dans cette partie pauvre de la ville. Les chercheurs et les habitants ont uni leurs efforts pour suivre de près l’hygiène des ménages et de la collectivité et pour assurer la gestion de l’eau et des déchets. Par suite de cela, les taux de diarrhée et d’infections parasitaires ont diminué de façon appréciable chez 277 enfants de moins de cinq ans :

  • l’incidence de la diarrhée est passée de 44 % à 6 %;
  • les infections parasitaires sont passées de 79 % à 50 %.
Le projet a conduit à un changement de mentalité, au sein de la population visée, à l’égard de l’environnement, de l’élimination des déchets, ainsi que des pratiques en matière d’hygiène et d’assainissement. Les autorités responsables des services de base se sont profondément engagées dans les travaux. Les organismes locaux sont devenus plus vigoureux et sont désormais davantage en mesure de coordonner leurs activités.
 
Ces réussites ont valu à l’équipe une aide financière de l’Associació Catalana d'Enginyeria Sense Fronteres (la section catalane d’Ingénieurs sans frontières) et le Grand Prix 2010 du concours Eau pour tous, décerné par la Fondation Suez Environnement.
 

Tabue Ghislain
Les familles qui utilisent les nouveaux récipients disposent d’une eau de meilleure qualité.

Les difficultés de la vie à Yaoundé

 
Les quartiers à habitat spontané du bassin versant de la Mingoa sont souvent inondés pendant la saison des pluies. Au début du projet, le manque de routes pavées et de voies piétonnes rendait difficile l’accès aux maisons. Du fait de l’insécurité foncière, les habitants étaient constamment menacés d’expulsion par l’administration municipale. Les mauvaises pratiques sanitaires et une gestion des déchets déficiente aggravaient le problème. La plupart des ménages jetaient leurs eaux usées et leurs ordures dans les ruelles et les cours d’eau. Cela favorisait la reproduction de moustiques, vecteurs possibles de maladies, ainsi que celle de bactéries et de parasites. Les latrines traditionnelles non étanches polluaient la nappe phréatique. En majorité, les gens comptaient sur les cours d’eau, les puits ou les marchands pour se procurer l’eau dont ils avaient besoin. Toutefois, même si elle était de bonne qualité au départ, cette eau devenait souvent contaminée pendant le transport ou l’entreposage. En conséquence, différentes maladies gastro-intestinales et maladies parasitaires sévissaient dans le bassin de la Mingoa et compromettaient grandement la santé des enfants de moins de cinq ans.
 
Un environnement et des collectivités en meilleure santé
 
Grâce à une subvention du CRDI, une équipe réunissant plusieurs parties prenantes s’est attaquée à ces problèmes, en prenant en considération le point de vue des habitants sur ce qui pourrait améliorer la santé et le cadre de vie de leurs collectivités. L’équipe a conçu des récipients pour la conservation de l’eau qui réduisent la contamination, étendu le système municipal d’alimentation en eau potable, organisé la collecte locale des déchets solides, construit des latrines non polluantes et aménagé des voies piétonnes. Elle a aussi mobilisé la collectivité par la création de comités d’animation au développement des quartiers et l’exécution de campagnes d’éducation participative.
 
  1. Roger Feumba
    Aménagement de caniveaux et de voies piétonnes à Yaoundé pour y créer un milieu de vie plus sûr.

    Système municipal d’alimentation en eau potable
    Le système municipal d’alimentation en eau potable a été étendu à près de 200 ménages, et 7 500 personnes environ sont maintenant desservies par 15 fontaines à eau potable installées dans les 12 quartiers. Au total, près de la moitié de la population bénéficie désormais d’un approvisionnement en eau potable. À la fin de la première phase du projet, les habitants avaient cessé de puiser l’eau de boisson dans des sources d’eau polluées.

  2. Pratiques sanitaires
    Dans quelque 80 % des cas, la perte de qualité de l’eau de boisson stockée était reliée à de mauvaises pratiques sanitaires à la maison : tasse plongée dans le récipient où était conservée l’eau, récipient non couvert ou eau conservée pendant plus de trois jours, par exemple. L’équipe du projet a mis au point et distribué 400 récipients pouvant prévenir la contamination, et elle continue d’en améliorer la conception grâce aux observations des utilisateurs.
  3. Campagnes d’éducation participative
    Les campagnes d’éducation ont fait appel au théâtre, à des affiches et à des jeux pour favoriser l’assainissement au sein des ménages. L’équipe du projet a formé 86 hommes et femmes afin qu’ils puissent faire partie des comités d’animation au développement qui facilitent la construction d’infrastructures. Plus de 300 femmes ont reçu une formation portant sur les pratiques sanitaires, et les enfants de 12 écoles ont acquis des connaissances sur l’eau et l’assainissement. À la suite de ces campagnes d’éducation, les échantillons d’eau prélevés montraient une baisse de la contamination.
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  5. Nettoyage des quartiers
    Dans trois quartiers, on a construit cinq ponts et près d’un kilomètre de caniveaux et aménagé 4,5 km de voies piétonnes, afin d’aider à l’évacuation des eaux de crue, de limiter le contact avec les eaux usées et d’améliorer l’accès aux habitations. Quarante et une nouvelles latrines non polluantes contribuent à réduire la contamination de la nappe phréatique. Avec l’intensification de la collecte des déchets, on enlève 45 tonnes d’ordures par mois, et les habitants signalent qu’il y a moins de souris et de coquerelles dans les maisons. Pour en savoir davantage, lire la Gazette du quartier  

Comment et par qui cette recherche a-t-elle été menée?

Équipe de recherche
Organismes participants
Méthodes et outils
 
Ingénieurs civils
Économistes
Hydrogéologues
Géographes
Sociologues
Statisticiens
Épidémiologistes
Pédiatres
Personnel infirmier

 
École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé
ERA – Cameroun
Associació Catalana d'Enginyeria Sense Fronteres (section catalane d’Ingénieurs sans frontières)
Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)


Enquêtes de référence
Suivi épidémiologique des enfants de moins de cinq ans

Établissement de cartes SIG

Analyse de la qualité de l’eau
Rencontres avec des membres de la collectivité, entrevues, promenades exploratoires

 

 

L’expérience de Yaoundé a montré que, même dans un environnement qui se détériore et qui dispose de maigres ressources, le fardeau résultant de l’urbanisation non planifiée peut être allégé, grâce à la détermination de la collectivité et à une perspective écosanté. L’adoption d’une approche interdisciplinaire, associant les interventions habituelles en matière d’eau et d’assainissement à la recherche sur la santé et l’environnement, au renforcement des organismes locaux, à l’instauration d’un climat de confiance et à la coordination des activités des différents acteurs, a produit des changements durables pour la population de Yaoundé.

Pour en savoir plus, consulter le rapport final du projet et le livre intitulé Eau et santé — Réconcilier l’eau, l’assainissement et la santé par l’approche ÉCOSANTÉ