La culture de la pomme de terre devient plus saine en Équateur

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Un participant à une école d’agriculture de terrain fait état des résultats des travaux de recherche. Les réunions communautaires favorisent des pratiques agricoles plus saines et permettent de trouver de nouveaux participants au projet.

Alicia Iglesias

Sans rien perdre de son importance dans la vie des villages andins, la culture de la pomme de terre se transforme en Équateur. La modernisation de l’agriculture a modifié les petites exploitations de subsistance traditionnelles. De nombreux agriculteurs associent machinerie agricole et produits agrochimiques avec les pratiques classiques. Ils ont aussi recours à des pesticides moyennement ou très toxiques, qui sont peu coûteux, faciles à obtenir, et dont l’utilisation est fortement préconisée par les vendeurs.

De 1998 à 2011, le CRDI a subventionné un projet en écosanté mené par le Centre international de la pomme de terre (CIP) dans les provinces de Carchi, Chimborazo et Tungurahua en Équateur. Ce projet a permis à des collectivités, des spécialistes et des responsables de politiques de se réunir afin de mieux connaître les réalités des petits exploitants agricoles. Les discussions ont porté sur l’environnement, la santé, la société, la production agricole et les moyens de subsistance. Agriculteurs et chercheurs ont fait l’essai de différentes méthodes de culture de la pomme de terre, mettant à profit leur expertise en matière de systèmes de production, d’économie, de santé, de sexospécificités, de lutte antiparasitaire et d’aménagement rural.

Les agriculteurs gagnants sur tous les plans

Le projet a révélé un taux élevé d’intoxication par les pesticides chez les agriculteurs et les membres de leur famille. Les pesticides contaminaient l’eau, le sol et jusqu’aux cuisines des ménages. Certaines espèces de la faune indigène ont disparu. Les gens se plaignaient de maux de tête, de difficultés de concentration, d’irritabilité et de capacité de penser réduite (déficiences cognitives). Ces effets neurocomportementaux de l’exposition aux pesticides étaient plus répandus que ne l’indiquaient les dossiers médicaux.

Le projet a changé la vie de bien des gens. Les agriculteurs des provinces où l’équipe est intervenue savent désormais que les produits agrochimiques sont toxiques. à titre d’exemple, en 2002, 85 % des agriculteurs interviewés dans la province de Carchi ont dit bien connaître les risques associés à l’usage des pesticides. C’est là une augmentation importante si l’on se reporte au fait que seulement 38 % des agriculteurs y étaient sensibilisés au début du projet. Les agriculteurs affirment aussi utiliser moins de pesticides très dangereux (de classe 1b) par cycle de culture. Chez certains, les résultats aux tests de mémoire, de concentration et d’attention s’étaient améliorés, d’où l’on peut conclure qu’ils ont été moins exposés à des pesticides nocifs. Les écarts observés sont attribuables au niveau d’instruction, à la situation économique et sociale et au degré d’interaction avec l’équipe du projet.

Bon nombre d’agriculteurs de la province de Carchi se sont tournés vers de nouvelles façons culturales et vers la lutte intégrée, un mode d’intervention phytosanitaire plus écologique. Ils peuvent utiliser moins de pesticides sans réduire le rendement des récoltes. Les écoles d’agriculture de terrain et les journées de terrain tenues par plus de 100 animateurs agricoles encouragent l’apprentissage par la pratique. Pièces de théâtre, spectacles de marionnettes et groupes de promotion de la santé contribuent aussi à la diffusion de conseils sur la santé et l’environnement aux agriculteurs, à leur famille et aux autorités locales.

Les travailleurs de la santé des provinces participantes ont reçu la formation nécessaire pour reconnaître les symptômes d’une intoxication par les pesticides et prodiguer un traitement efficace. Ils remettent également des données plus fiables sur les intoxications aux responsables du nouveau système de surveillance régionale conçu par l’équipe du projet.

Des règlements municipaux aux politiques nationales

Les municipalités qui ont été parmi les premières à participer au projet ont été plus susceptibles d’adopter des règlements axés sur la protection de la santé et de l’environnement. Elles ont aussi investi dans des programmes qui sont bénéfiques tant pour la santé communautaire que pour l’agriculture. Par exemple, une municipalité a mis sur pied un programme de vulgarisation agricole qui forme les paysans à des pratiques différentes. Une autre a appuyé la création d’un centre de documentation et d’une boutique (Coagro Q) axés sur les nouvelles pratiques culturales. Le centre a formé plus de 300 agriculteurs à la lutte intégrée.

Au-delà des municipalités, les « plateformes sur la pomme de terre » sont de nouveaux espaces sociaux qui permettent à des internautes de tous horizons, ayant des connaissances, des expériences et des pouvoirs décisionnels divers, de dialoguer. Les participants aux rencontres mensuelles abordent des questions reliées à l’agriculture telles que les dangers des pesticides et l’absence de formation des femmes en ce qui concerne la lutte intégrée et les effets sur la santé des pesticides.

Après 15 ans de recherche et de conception de politiques, le CIP a célébré une importante réussite lorsque, le 29 juin 2010, AgroCalidad, l’agence équatorienne d’assurance de la qualité des produits agricoles, a rendu une décision interdisant la fabrication, la formulation, l’importation, la commercialisation et l’utilisation des pesticides de classe 1a (extrêmement dangereux) et 1b (très dangereux). Les résultats du projet en écosanté ont étayé la campagne en faveur de cette interdiction, une étape capitale dans les efforts visant à rendre l’agriculture plus sûre pour les paysans et les collectivités. La charte des droits des agriculteurs donne également voix au chapitre aux petits exploitants agricoles en vue d’une meilleure protection tant de la santé que de l’environnement.

Publications reliées au projet

Photo (en haut) Jackeline Arevalo

Image (à droite) Si tu es intoxiqué par les pesticides, consulte un professionnel de la santé