La collaboration université-industrie, porteuse d'innovation

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Angela Pereira

Au Costa Rica, des chercheurs et des gens d’affaires ont trouvé, en faisant preuve d’innovation, des moyens de rendre plus productif le secteur du café, un secteur clé de l’économie du pays.

Tout a commencé dans les années 1990 lorsque des chercheurs, financés par des fonds publics, se sont associés à des fabriques, à des usines de traitement du café et à des coopératives agricoles en vue de mettre au point de nouvelles techniques permettant de produire des grains de meilleure qualité, de simplifier le processus de production et d’accroître les activités de traitement et de torréfaction au Costa Rica même.

Désormais, explique Jeffrey Orozco, professeur à l’Universidad Nacional de Costa Rica, le café est de meilleure qualité et les petits exploitants en obtiennent un prix plus élevé. Les agriculteurs ne peuvent faire de la recherche eux-mêmes, aussi ces laboratoires publics sont-ils importants pour maintenir la productivité des petites exploitations.

Jeffrey Orozco participe à un projet de recherche mondial visant à étudier des moyens d’accroître les possibilités de collaboration entre les entreprises et les chercheurs (travaillant souvent au sein d’universités) dans les pays en développement. Aux yeux des chercheurs associés au projet, ces collaborations donnent lieu à des innovations lorsque les connaissances débouchent sur de nouvelles applications concrètes dont bénéficie la société.

Le rôle de l’innovation dans le développement

Or, il arrive trop souvent que les résultats de la recherche universitaire ne franchissent pas les portes des universités; pour qu’il y ait innovation et que les connaissances servent, les universités doivent établir des liens avec le secteur privé. C’est l’avis de Jean Woo, administratrice de programme et spécialiste des politiques en matière d’innovation et de technologies au Centre de recherches pour le développement international (CRDI), organisme canadien.

L’histoire démontre que les liens établis entre les chercheurs et les entreprises, notamment les accords de consultation, les licences d’exploitation de brevet et les projets de recherche et développement, peuvent donner lieu à des innovations qui contribuent à préserver la compétitivité des entreprises locales. Les pays disposent ainsi d’une assise viable sur laquelle appuyer la croissance économique.

L’essor de chacun des secteurs florissants de l’économie du Brésil repose sur l’appui d’une université ou d’un organisme de recherche, explique Eduardo Albuquerque, professeur d’université au Brésil et coordonnateur des équipes de recherche latino-américaines du projet.

Source d’innovation

Les collaborations entre le milieu de la recherche et le secteur privé contribuent à la croissance économique; toutefois, elles ne se produisent pas à grande échelle dans les pays en développement. Aussi, le CRDI appuie-t-il des équipes de recherche dans 12 pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine afin de stimuler ces collaborations. L’objectif : en comprendre le fonctionnement actuel et recommander des politiques en vue de les favoriser.

En Amérique latine, des chercheurs du Mexique, du Costa Rica, de l’Argentine et du Brésil étudient depuis deux ans les relations entre les universités et les entreprises. Ils ont constaté que si ces relations constituent plutôt des exceptions que la règle, on en sous-estime le nombre.

Leurs constatations bousculent les idées reçues selon lesquelles les universités fournissent principalement des services de consultation au secteur privé. Les études ont en effet révélé que des projets en tous genres étaient en cours, dont de la recherche réalisée conjointement et la mise au point de produits.

À titre d’exemple, un fabricant d’acier brésilien a récemment tenté de breveter une sorte d’acier facile à incurver et qui durcit de manière permanente une fois peint. Le fabricant a d’abord cherché à obtenir de l’aide étrangère mais sa demande s’est vite perdue dans la bureaucratie. Il s’est alors adressé à une université du pays, l’Universidade Federal de Minas Gerais, et a entrepris un projet de recherche et développement qui a débouché sur l’octroi d’un brevet à l’entreprise.

Il s’agit là d’une situation mutuellement avantageuse, explique le professeur Albuquerque : l’entreprise a bénéficié de la technologie, et l’université, de la recherche.

Des difficultés à surmonter

Les chercheurs ont également cerné les défis associés à ces relations, notamment les procédures administratives complexes des universités et la possibilité que l’industrie exerce une influence excessive sur les priorités de recherche.

Cependant, des universités des pays en développement s’efforcent de surmonter ces difficultés. Le professeur Orozco précise que beaucoup d’entre elles se dotent d’un bureau voué à la facilitation de ces projets conjoints. Selon lui, il est évident que les universités souhaitent avoir une incidence positive sur la société. 

Le projet de recherche multirégional se poursuit jusqu’en 2013. Les équipes de recherche cherchent des façons pour les gouvernements, les universités et le secteur privé de lever les obstacles à l’innovation. Elles consolideront leurs recommandations en matière de politiques et collaboreront à la diffusion de leurs résultats.

Le professeur Albuquerque est d’avis que les données issues de l’Amérique latine justifient déjà l’augmentation des investissements en recherche au service de l’innovation, en particulier dans les secteurs qui ont une forte incidence sur le développement. Le secteur du café du Costa Rica en est un : il est apte à fournir de l’emploi à de nombreux segments de la population, des propriétaires d’usine de traitement du café aux petits exploitants.

Angela Pereira était rédactrice à la Division des communications du CRDI.

Cet article a d’abord paru dans le numéro de septembre 2009 d’UniWorld/UniMonde, un encart du magazine Affaires universitaires publié par l’Association des universités et collèges du Canada.