LA COGESTION DES RESSOURCES NATURELLES - Abrégé

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IDRC
L’ENJEU

Selon les estimations, de 600 à 900 millions de paysans pauvres habitent les régions marginales, écologiquement fragiles, des pays en développement. Leur survie dépend largement de l’accès aux ressources naturelles qui les entourent, mais la croissance démographique et l’extraction commerciale des ressources ont exacerbé les convoitises. Il en est résulté une dégradation et un épuisement des ressources locales qui nuisent aux moyens de subsistance des utilisateurs ruraux et perpétuent la pauvreté. Au cours des dernières années, nombre de gouvernements ont adopté des politiques et des stratégies de lutte contre la pauvreté. Mais ces mesures n’ont pas souvent atteint les pauvres, tributaires des ressources naturelles.

Au cours de la dernière décennie, le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada a appuyé des dizaines de projets de recherche axés sur les impérieux problèmes de gestion des ressources naturelles dans les régions peu productives du Sud. Dans bien des cas, ces constatations ont posé les jalons d’une gestion communautaire des ressources naturelles d’un genre nouveau, plus concret. Selon ces ententes de « cogestion », les divers intervenants, dont les gouvernements, se partagent les responsabilités et les avantages. Les leçons tirées de ces expériences sauront intéresser les gestionnaires des ressources, les praticiens du développement, les chercheurs et les responsables des politiques qui assument des responsabilités dans le domaine de la gestion des ressources naturelles.

LA RECHERCHE

Au Liban : désamorcer les conflits sur l’utilisation des terres
Dans les années 1990, une équipe de recherche de l’Université américaine de Beyrouth a mis à profit des pratiques ancestrales pour aider les utilisateurs des ressources foncières à résoudre des conflits dans la vallée d’Arsaal, au Liban. Ces pratiques reposent sur la consultation, les négociations directes et l’établissement de consensus au sein des conseils communautaires traditionnels.

En Équateur : le partage de l’eau dans les Andes
Les chercheurs du projet mené dans le bassin hydrographique d’El Angel, dans la province de Carchi en Équateur, ont su montrer aux organismes communautaires de la région l’importance des données scientifiques probantes dans la prise de décisions. Ils leur ont aussi indiqué en quoi la valeur de ces données peut enrichir l’action collective. Ainsi, des données plus exactes sur la consommation d’eau ont grandement aidé deux municipalités à résoudre un différend sur l’utilisation de l’eau grâce à la remise en état d’un réservoir.

Au Cambodge : la reconnaissance des droits des utilisateurs des forêts autochtones
Dans les hautes terres de la province de Ratanakiri au Cambodge, l’octroi, par le gouvernement national, de concessions forestières et de plantations commerciales a directement donné lieu à des conflits avec les utilisateurs des forêts locales. Cette étude de cas montre que la documentation des droits traditionnels en matière d’utilisation et de gestion des ressources naturelles s’est avéré un bon moyen d’attirer l’attention des autorités gouvernementales et de faire reconnaître la légitimité de ces droits ancestraux.

Pour lire le compte rendu d’autres études de cas et obtenir de plus amples détails sur les cas cités ici, voir le site Web du CRDI sur la cogestion.

LES LEÇONS

Voici les principales recommandations issues d’un examen des projets sur la gestion communautaire des ressources naturelles, soutenus financièrement par le CRDI au cours des dix dernières années.

  1. Placer les gens au coeur de la recherche. La recherche-action participative amène des changements positifs qui n’auraient jamais pu être imposés de l’extérieur. Les solutions à la pauvreté rurale et à la dégradation des ressources naturelle devraient être dictées par le savoir, l’expérience, l’apprentissage et les actions des utilisateurs des ressources locales.
  2. L’apprentissage par la pratique. Tant au stade de l’élaboration que de la mise en oeuvre des nouvelles stratégies de gestion des ressources, les connaissances obtenues par les utilisateurs lors de la mise en pratique de leur apprentissage devraient être harmonisées avec celles acquises par les chercheurs formés dans les règles de l’art.
  3. Aider les collectivités locales à avoir accès aux ressources naturelles. Les accords de cogestion devraient, avant tout chose, faire en sorte que la légitimité des droits d’utilisation des ressources naturelles des populations locales soit reconnue et garantie par la loi. Un des grands défis consiste à assurer la propriété collective des ressources communes, essentielle à la subsistance des pauvres en milieu rural, mais difficile à gérer.
  4. Édifier de nouvelles institutions de gestion des ressources. La gestion efficace des ressources communes dépend de l’action collective, laquelle a besoin d’institutions et de nouvelles formes de gouvernance. Les organismes locaux peuvent contribuer à ces innovations, mais celles-ci prennent rarement forme d’elles-mêmes. Il est généralement nécessaire d’obtenir conseils techniques et soutien de l’extérieur.
  5. Répondre rapidement et fructueusement aux besoins prioritaires des pauvres. Le développement communautaire ou organisationnel est un processus à long terme fondé sur la confiance des populations locales. Les facilitateurs externes peuvent stimuler l’engagement des collectivités et faire valoir les avantages éventuels de la cogestion des ressources en améliorant rapidement les moyens de subsistance des populations pauvres.
  6. La création de liens et de réseaux. Bien que le renforcement des capacités des institutions soit essentiel, ce type d’appui est loin de suffire aux groupes communautaires qui entreprennent la cogestion des ressources. Il faut renforcer leurs capacités dans les domaines de la sensibilisation du public, de la défense des droits et de la recherche-action participative. Ils doivent pouvoir mettre à profit les ressources de réseaux d’organismes gouvernementaux et d’organisations non gouvernementales établis et être en mesure de créer de nouveaux partenariats d’apprentissage.
  7. Les innovations multidimensionnelles doivent être interdisciplinaires. Les connaissances techniques ne suffisent pas à résoudre les problèmes complexes que sont la pauvreté et la dégradation de l’environnement. Pour que la recherche puisse avoir raison des multiples contraintes auxquelles les pauvres doivent faire face, il faut harmoniser les analyses sociales et institutionnelles avec les études biophysiques et écologiques. Il faut adopter de nouvelles approches interdisciplinaires.
  8. Les politiques devraient permettre l’innovation locale. Les solutions à long terme de problèmes locaux requièrent parfois la réforme de politiques au plus haut niveau. Les politiques n’ont pas suffisamment tenu compte de la nécessité d’accorder des droits collectifs d’utilisation des ressources communes pour aider les pauvres. À long terme, l’incapacité de l’État de créer un milieu propice à l’établissement d’institutions locales novatrices affaiblira considérablement la cogestion des ressources communes.