La boîte de Pandore : un nouveau modèle pour l'éducation en Asie

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Lisa Waldick
Formation à distance. À peine ces mots prononcés, un stéréotype surgit à l’esprit — celui d’un système d’éducation de « second choix ».

Nombre de ceux qui n’ont connu que l’apprentissage en face-à-face estiment que la qualité de la pédagogie par téléenseignement est inférieure à celle dont bénéficient les étudiants qui fréquentent en personne un collège ou une université. Or, selon Naveed A. Malik, de l’Université virtuelle du Pakistan, cette conviction ne pourrait être plus éloignée de la vérité.

En fait, sur le continent asiatique, l’éducation à distance qui se prévaut des technologies de l’information et de la communication (TIC) constitue une façon de dispenser un enseignement de haute qualité en s’aidant de manuels élaborés souvent par les meilleurs corps professoraux. En rendant l’enseignement supérieur abordable et accessible au plus grand nombre, elle contribue à rétablir l’égalité des chances.

« En Asie, nous avons en réalité une immense population avide de connaissances qui se presse aux portes de collèges et d’universités qui n’ont tout simplement pas la capacité de répondre à cette massive demande », affirme Malik. « S’ajoute à ce problème un nombre restreint de professeurs et d’enseignants qualifiés. Il en découle de graves problématiques de développement de ressources humaines. »

Selon Malik, dans le cas du Pakistan, par exemple, seulement 3 % des jeunes de 18 à 24 ans fréquentent les établissements d’enseignement supérieur.  Le problème réside en partie dans le fait que les jeunes des milieux ruraux doivent se réinstaller à la ville pour y poursuivre leurs études — ce qui est hors de portée de la majorité d’entre eux.

Même quand les étudiants ont les moyens de fréquenter un établissement d’enseignement supérieur, ils se heurtent à des portes fermées, ces institutions ne disposant tout simplement pas de l’infrastructure matérielle ou des ressources humaines qu’il faut pour être en mesure d’admettre tous les jeunes aspirant à y étudier.

La formation à distance à l’ère de l’information

La formation à distance qui s’appuie sur les TIC pourrait cependant changer la donne. « L’apprentissage à distance est une réalité qui ne date pas d’hier », de dire Malik. « Toutefois, l’irruption des technologies de l’information et de la communication dans le processus de formation a permis de hausser la qualité et nous donne les moyens de relever les défis en matière de capacité et d’abordabilité auxquels nous sommes confrontés. »

À l’ère de l’information, un autre besoin essentiel est l’acquisition continue de savoirs, que Malik qualifie de « réoutillage » indispensable. « De nos jours, le téléenseignement constitue un véhicule opportun et efficace pour parvenir à cette fin. Les apprenants peuvent satisfaire leurs exigences en matière d’éducation permanente et acquérir de nouvelles compétences sans déserter le lieu de travail », déclare Malik.

Par ailleurs, le téléenseignement est un moyen de tirer parti des compétences et des talents des pédagogues les plus doués, recrutés pour aider à la conception des cours. Un programme d’enseignement à distance de haute qualité peut ainsi être élaboré et mis en œuvre à l’échelle du pays. Au Pakistan, c’est d’autant plus vrai depuis que le prix des services à large bande a baissé de façon notable ces dernières années. En outre, dans toute l’Asie, l’Internet se fait de plus en plus accessible, même dans les zones les plus éloignées.

Définition de la démarche

Malik dirige un projet qui vise à mettre au point, avec le soutien financier du Centre de recherches pour le développement international (CRDI), un modèle favorisant l’élargissement du téléenseignement à divers pays d’Asie. Grâce à l’initiative de programme Réseaux Pan-Asie du CRDI, un projet a été entrepris pour le déploiement de la technologie d’apprentissage à distance à la grandeur du réseau PAN (projet PANdore).

Cette démarche, lancée en 2005, engage des chercheurs de 11 pays (Cambodge, Chine [Hong Kong], Inde, Indonésie, Laos, Mongolie, Pakistan, Philippines, Sri Lanka, Thaïlande et Viet Nam) qui se pencheront sur un vaste éventail de questions.

Ils devront, entre autres choses, déterminer quels services d’envoi de messages courts (SEMC) pourraient être utilisés pour traiter l’inscription des étudiants, évaluer les divers logiciels d’apprentissage à distance existants, voir à la mutualisation des contenus et analyser la rigueur avec laquelle le travail et le rendement des étudiants sont évalués virtuellement, afin de garantir un enseignement de haute qualité. L’Université virtuelle du Pakistan et l’Universitas Terbuka de l’Indonésie coordonnent le réseau PANdore. Un professeur de l’Université d’Athabasca au Canada fait également partie de l’équipe.

Des recherches efficaces sont le préalable nécessaire pour tirer le plus grand profit des possibilités qu’offre la formation à distance.

« Nul peut mettre au point un système d’éducation du jour au lendemain et prétendre qu’automatiquement, il fonctionne », précise Malik. « Nous devons tenir compte des leçons tirées de projets pertinents antérieurs de même qu’élaborer des modèles d’accès et comprendre les modalités et les circonstances de leur fonctionnement.  Quelles sont les activités pédagogiques les plus efficaces dans le cadre de la formation à distance ? La démarche convenant le mieux à l’enseignement de la sociologie sera‑t‑elle également la meilleure pour celui du génie civil ? »

« Il nous faut en outre analyser les méthodes pédagogiques actuelles et en concevoir de nouvelles. Nous veillons également au renforcement des capacités de recherche dans la pratique du téléenseignement — et ce faisant nous avançons, de fait, en terrain vierge. » Il ajoute qu’il importe d’élaborer des contenus locaux et de permettre par Internet une interaction audio-vidéo avec les étudiants.

Pour Naveed A. Malik, il ne fait aucun doute que la formation à distance est d’un apport considérable au développement de ressources humaines en Asie. « Il suffit d’observer le rythme auquel se décuple la puissance de l’Inde pour reconnaître la valeur d’une population à qui on a rendu l’enseignement supérieur plus accessible », conclut-il.

Lisa Waldick est rédactrice à Ottawa.