Justice, réforme du secteur de la sécurité et meilleure gouvernance dans la région MOAN

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Bureau régional du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord
Spécialiste de programme principale du programme Gouvernance, sécurité et justice du CRDI en poste à Ottawa, Roula El-Rifai coordonnait auparavant la Section du Moyen-Orient du CRDI. Dans l’entrevue qui suit, elle parle de son travail au Moyen-Orient et s’exprime sur les grands défis que la région doit selon elle relever en matière de gouvernance.

Comment en êtes-vous venue à travailler aux dossiers du Moyen-Orient au siège du CRDI à Ottawa ?

Je suis arrivée au CRDI en février 1999 au poste de coordonnatrice de la Section du Moyen-Orient (SMO). J’avais auparavant travaillé, sous contrat, auprès de la division du MAECI s’intéressant au processus de paix au Moyen-Orient, ce qui m’a mise en contact avec la SMO. À mon arrivée, il n’y avait qu’un programme de recherche, et il était axé sur les réfugiés palestiniens et le processus de paix au Moyen-Orient. Ce programme était financé par l’ACDI et le CRDI, en collaboration avec le MAECI, et avait pour but de soutenir la recherche sur les politiques en vue de trouver des solutions au problème des réfugiés palestiniens tout en renforçant les réseaux de connaissances et les débats autour de ce problème.

En 2000, les activités de la SMO ont pris de l’ampleur, et je suis devenue responsable de la gestion d’un programme de bourse d’études pour les réfugiées palestiniennes au Liban. Ce programme a permis à plus de 200 réfugiées d’entreprendre des études de premier cycle dans plusieurs universités libanaises. Vu les conditions économiques et sociales difficiles de la communauté palestinienne au Liban, ce programme a contribué à changer la vie de ces femmes et de leurs familles.

La SMO a continué d’évoluer, et de 2004 à 2012 il y a eu un programme sur les partis politiques islamistes, le Fonds pour la bonne gouvernance au Moyen-Orient, qui permettait aux chercheurs d’étudier l’impact de l’intégration des partis islamistes dans les systèmes politiques. Les informations recueillies grâce à ce programme s’avèrent très utile pour comprendre la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MOAN) après le Printemps arabe.

Quels sont les principaux projets sur lesquels vous travaillez en ce moment ?

En lien avec mes fonctions précédentes au CRDI, je suis en train de mettre la touche finale à deux publications sur les réfugiés palestiniens et le processus de paix qui seront publiées en 2013 chez Pluto Press.

Depuis mai 2011, j’appartiens au programme Gouvernance, sécurité et justice (GSJ) du CRDI, où je me concentre sur la région MOAN et sur des projets qui contribuent aux processus de réforme à la lumière des soulèvements sociopolitiques dans le monde arabe. Ma stratégie repose sur la justice transitoire et la réforme du secteur de la sécurité, ainsi que sur les problèmes de gouvernance dans un contexte de transition. Identifier les chercheurs jeunes et émergents qui font de la recherche novatrice dans la région constitue un axe transversal.

Mes projets s’inscrivent dans la réponse du CRDI au Printemps arabe et comportent notamment le soutien à des réseaux actifs dans la région MOAN, qu’ils soient nouveaux ou bien établis :

  • l’Initiative arabe de réforme (www.arab-reform.net/) : un réseau de centres de recherche arabes travaillant sur des questions de réforme et de transition, en mettant l’accent sur la réforme du secteur de la sécurité, la réforme constitutionnelle, la gouvernance de la diversité et les dialogues critiques dans les sociétés de la région MOAN;
  • le Centre Carnegie pour le Moyen-Orient (http://carnegie-mec.org) : un think tank établi à Beyrouth qui est source de débats pertinents sur les grandes questions politiques et socioéconomiques;
  • le Conseil arabe des sciences sociales (http://theacss.org/) : une nouvelle entité établie à Beyrouth qui offre des bourses de recherche aux jeunes chercheurs de la région MOAN.

Je travaille également avec une ONG syrienne établie à Washington, à savoir le Syrian Center for Political and Strategic Studies, sur un projet soutenant les efforts de planification de l’opposition syrienne en vue de la transition vers une Syrie de l’après-Assad. Le CRDI appuie également des travaux en Libye par l’entremise de l’International Crisis Group, qui a confié à un chercheur de Tripoli la production de documents sur les processus de réforme dans le pays.

D’autres projets portant sur la gouvernance, la sécurité et de la justice seront lancés en 2013 et en 2014 en Égypte et au Yémen.

À votre avis, quels sont les plus grands défis en matière de gouvernance au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ?

Les défis sont nombreux. Le processus de réforme sera long, et les intéressés devront s’armer de patience et comprendre qu’il s’agit d’un travail de longue haleine et que les changements ne se font pas en un jour. Les processus de transition connaîtront des hauts et des bas, ce qui aura des répercussions sur les programmes du CRDI. Les projets du CRDI devront adopter une perspective à long terme et chercher à voir comment ils peuvent contribuer globalement au fil du temps.

Un autre défi consiste à faire en sorte que l’on se préoccupe de nouveau de l’économie. Les mauvaises conditions sociales et économiques ont précipité les événements dans la région arabe, il est donc important que les gouvernements gèrent les attentes des citoyens et élaborent des politiques économiques saines qui sont avantageuses pour la majorité de la population.

Il importe également que les responsables des politiques, les politiciens et les leaders de la société civile posent, en cours de route, les questions difficiles qui s’imposent, notamment :

  • Comment mettre en place un système de contrôles et de contrepoids afin d’éviter la consolidation du pouvoir au sein d’une seule entité ?
  • Comment renforcer les forces laïques et de gauche dans la région arabe, lesquelles continuent à faire campagne de façon désorganisée et non coordonnée et sont incapables d’intéresser certains segments de la population ?
  • Comment renforcer la capacité de recherche en sciences sociales dans la région ?
  • Que faire pour aider les gens de l’extérieur à comprendre que les chercheurs et les militants sur le terrain ont souvent une longueur d’avance pour ce qui est de cerner les besoins et de fixer les priorités lorsqu’il s’agit de susciter des changements et de promouvoir les principes démocratiques ? Les chercheurs des pays du Nord ont beaucoup à apprendre d’eux.

Quels sont les pays qui ont réalisé le plus de progrès sur le plan de la gouvernance depuis le Printemps arabe de 2011 ?

Les plus grands progrès ont été réalisés en Égypte, en Tunisie, en Libye, au Yémen et, dans une certaine mesure, en Iraq et au Maroc.

Qu’en est-il de la situation en Syrie ? Quel est l’impact sur les projets du CRDI là-bas ?

Les changements survenant en Syrie ont eu et continueront d’avoir d’importantes répercussions sur la scène régionale et internationale. La manière dont le régime changera et le moment où cela se produira auront une incidence sur la gouvernance et la sécurité de la région, et auront aussi sans doute un impact sur le Liban, l’Iraq, la Turquie et sur les relations de l’Iran avec l’Occident. Le CRDI s’emploie à s’adapter à cette phase de transition en Syrie, qui se fait sur un fond de violence et de troubles.

Comme je l’ai dit précédemment, l’un de mes projets consiste à travailler avec le Syrian Center for Political and Strategic Studies en vue d’amener l’opposition syrienne à définir une stratégie politique et à formuler un plan de transition global et inclusif pour la Syrie de demain. Le projet vise à promouvoir une nouvelle vision et une analyse fondée sur des données probantes en ce qui concerne la transition en Syrie. Cela est effectué au moyen d’un dialogue inclusif et participatif avec les groupes de l’opposition syrienne qui désirent un processus de transition démocratique.