José Antonio Ocampo : l'inclusion sociale et économique est essentielle à la paix en Colombie

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Kelly Haggart
Le développement rural est essentiel à la paix en Colombie, compte tenu du fait que le conflit qui perdure est principalement à caractère rural, a déclaré l'éminent économiste du développement, José Antonio Ocampo, lors d'une allocution qui a attiré un grand nombre de personnes, à Ottawa, le 25 septembre 2015.
 
La Colombie est un microcosme de la société latino-américaine, concentrée en un seul pays complexe, a-t-il déclaré à l'auditoire comptant plus de cent personnes rassemblées au siège social du CRDI. Dans le cadre des efforts du pays pour se rétablir après un conflit qui dure depuis 50 ans, les stratégies descendantes seront sans effet. En effet, selon M. Ocampo, le développement « ascendant », qui accorde plus de place aux acteurs locaux, est un élément clé de la consolidation de la paix.
 
« La partie la plus complexe du processus de paix se jouera à l'échelle locale, là où le conflit a pris naissance, a-t-il fait remarquer, et la population locale deviendra "l'acteur principal de son propre processus de développement". »
 
M. Ocampo, un ancien bénéficiaire du CRDI, qui dirige la commission colombienne sur le développement rural après le conflit, a donné un aperçu des concepts et recommandations clés figurant dans le rapport qui sera présenté prochainement au président Juan Manuel Santos.
 
La feuille de route proposée par la commission concernant la politique de développement rural en Colombie est considérée comme essentielle à la réussite du processus de paix. Les deux experts de l'étranger invités à siéger à la commission ont eux aussi des liens avec le CRDI : Julio Berdegué, chercheur principal au Centre latino-américain pour le développement rural (RIMISP), un organisme financé par le CRDI, et Albert Berry, professeur émérite d'économie à l'Université de Toronto.
 
Reconnaître la diversité
 
La commission, appelée Misión Rural, a adopté une « approche axée sur la participation territoriale » qui reconnaît la diversité de la Colombie sur le plan humain et géographique, a ajouté M. Ocampo. La topographie extrêmement diversifiée, de la côte des Caraïbes à la jungle amazonienne, en passant par les Andes, a donné naissance à des climats et à des cultures complètement différents.
 
Les conflits persistants sur l'utilisation des terres montrent à quel point il est nécessaire de procéder à une réforme agraire qui jouera un rôle central dans l'accord de paix, a-t-il indiqué. Même si la pauvreté recule depuis quelques années, il reste que le secteur agricole s'est affaibli et que l'écart s'est creusé entre les zones urbaines et rurales. Environ 90 % des producteurs ruraux sont de petits exploitants qui possèdent moins de 10 % de toutes les terres, et beaucoup cultivent de très petites parcelles qui suffisent à peine à nourrir une famille.
 
LOcampo presentation at IDRCes politiques visant à promouvoir l'inclusion sociale et économique joueront un rôle prépondérant, selon M. Ocampo. Les priorités consistent notamment à éliminer l'écart entre les zones rurales et urbaines pour ce qui est de l'accès aux services sociaux de base d'ici 20 ans, à offrir davantage de possibilités aux petits exploitants agricoles et à créer plus d'emplois pour les jeunes. « Nous tenons tout particulièrement à créer des possibilités économiques pour les jeunes », a-t-il déclaré.
 
La durabilité de l'environnement est un autre pilier du plan de développement rural proposé. « De manière générale, notre pays possède d'importantes ressources hydriques, mais nous sommes aussi très doués pour les détruire », a déclaré M. Ocampo, ajoutant que l'amélioration de l'efficacité de la consommation de l'eau pourrait contribuer à améliorer les résultats après de nombreuses années de négligence.
 
Les autres défis à relever dans les régions rurales consistent notamment à s'attaquer à l'importante érosion associée à l'agriculture en terrasse, à construire des routes dont on a terriblement besoin et à remettre sur pied les organisations locales si vigoureuses par le passé.
 
Renforcer la société civile
 
« La Colombie a déjà été une pionnière dans le domaine du développement rural intégré, a-t-il mentionné. Et aujourd'hui plus que jamais, il est crucial de faire la promotion des associations rurales, de renforcer les institutions du secteur public local et d'encourager la participation communautaire aux efforts de développement rural ».
 
« Une société civile "dense" à l'échelle locale est un élément essentiel de la consolidation de la paix, a-t-il conclu. Ce sont ces mêmes acteurs qui vont nous aider à rétablir la paix en Colombie. »
 
M. Ocampo, qui a occupé des postes de haut niveau aux Nations Unies et au sein du gouvernement colombien, notamment celui de ministre de l'Agriculture et du Développement rural, est aujourd'hui directeur du programme de développement économique et politique de la School of International and Public Affairs de la Columbia University.
 
Dans ses observations préliminaires, le vice-président du CRDI, Stephen McGurk, a rappelé le rôle déterminant joué par M. Ocampo à titre de directeur exécutif de Fedesarrollo, un réseau de recherches colombien financé par le CRDI dans les années 1980, qui collaborait avec des macro-économistes de toute l'Amérique latine. « C'était un excellent réseau, a mentionné M. Ocampo. Et j'ai établi bon nombre de mes contacts politiques pendant ces années. » Par la suite, alors qu'il travaillait à titre d'expert-conseil pour le CRDI, il a participé à la création de l'influent Consortium pour la recherche économique en Afrique établi à Nairobi.
 
 
Photos : CRDI | G. TECKLES