Intéresser les jeunes à la chose publique

Nadine Robitaille

Les études. L’emploi. La santé. L’environnement. Voilà, si on se fie aux résultats de deux dialogues nationaux tenus au Brésil et au Canada, les principaux enjeux d’actualité aux yeux des jeunes, quel que soit l’endroit où ils vivent.

Selon les participants à ces dialogues, les gouvernements parviennent mal à répondre aux besoins des jeunes, d’où, inévitablement, leur désaffection croissante à l’égard de la politique et leur faible participation électorale.

Dans un effort pour mieux cerner ce qui motive la jeunesse et pour impulser son intérêt pour la chose publique, une quarantaine de personnes se sont réunies à la fin de mars pour discuter des résultats de deux dialogues nationaux entre jeunes qui ont eu lieu en 2005, l’un au Brésil et l’autre au Canada.

Organisé par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), un organisme canadien, et par les Réseaux canadiens de recherche en politiques publiques (RCRPP), le colloque, tenu au siège du CRDI à Ottawa, a réuni des responsables de gouvernements, des analystes de politiques, des universitaires et des dirigeants du secteur bénévole et communautaire du Canada et du Brésil.

Deux participants aux dialogues, Verena Conceiçao Da Costa du Brésil et Christian Béland du Canada, y ont parlé de l’expérience qu’ils ont vécue et des enseignements qu’ils ont tirés de la mise en commun de leurs espoirs, de leurs attentes et de leurs valeurs avec d’autres jeunes et des décideurs.

En outre, il a été question au colloque des répercussions de l’adoption de politiques qui ne tiennent compte ni des attentes ni des besoins des jeunes.

« Les récents bouleversements survenus en France nous rappellent qu’il est important de faire participer les jeunes à la prise de décisions et de tenir compte de leur opinion avant l’annonce et l’application par les gouvernements de nouvelles politiques touchant à leur subsistance », a fait remarquer la présidente du CRDI, Maureen O’Neil.

« Les gouvernements ont tout intérêt à faire appel à la solidarité naturelle des jeunes en les consultant et en les amenant à participer aux processus de prise de décisions. Avec l’aide du CRDI, c’est là précisément ce qu’a fait le gouvernement brésilien l’an dernier. »

La démarche brésilienne a, par ailleurs, contribué au plan national du gouvernement du Brésil visant à définir une politique publique sur la jeunesse et sur ses droits. Des dialogues ont été tenus dans sept régions métropolitaines du Brésil et du district fédéral de Brasilia, dans le cadre desquels 8 000 jeunes Brésiliens et Brésiliennes ont été appelés à se prononcer sur la démocratie et sur le rôle des jeunes dans la société.

Inspirés par les résultats concluants des dialogues brésiliens, les RCRPP ont tenu à Ottawa, en novembre 2005, un premier dialogue et sommet national réunissant 144 jeunes Canadiens de toutes les régions du pays ayant divers antécédents culturels. Les systèmes électoraux et le mode de scrutin sont différents au Canada et au Brésil. Au Canada, on se sert de bulletins de papier et le scrutin est majoritaire uninominal alors qu’au Brésil, le système électoral est à représentation proportionnelle et le vote est désormais électronique.

Dans un pays comme dans l’autre, cependant, les jeunes votent peu, et ce, en dépit du vote obligatoire au Brésil (au risque d’être mis à l’amende) et malgré les résultats serrés des deux dernières élections fédérales au Canada.

De plus, si le groupe des 15 à 30 ans représente environ 30 % de la population brésilienne, il ne compte que pour 20 % de l’ensemble des Canadiens. Selon Élections Canada, en 2004, le taux de participation des jeunes de 18 à 21 ans exerçant leur droit de vote pour la première fois a été de 38,7 %, comparativement à 60,9 % pour l’ensemble des électeurs.

« Nous avons tous intérêt à ce que les jeunes électeurs canadiens s’intéressent à la chose publique. Ils sont très attachés à la démocratie et ont beaucoup de choses à dire », a déclaré Mary Pat MacKinnon, directrice du Réseau de la participation publique aux RCRPP.

« Les partis politiques et leurs candidats doivent rejoindre les jeunes adultes en créant des occasions de s’entretenir avec eux de ce qui les intéresse vraiment, à savoir les études, le travail, la santé, l’environnement. »

Le CRDI a contribué au financement des dialogues entre jeunes du Brésil et les RCRPP ont fourni à ses organisateurs leur assistance technique en lien avec la méthodologie des dialogues et de la recherche.

L’Institut brésilien d’analyse sociale et économique (IBASE), qui a assuré la coordination des dialogues brésiliens de concert avec l’Institut Pólis, a présenté son rapport final en novembre 2005.
Le rapport final sur le dialogue tenu au Canada, intitulé Vers un plan d’action pour le Canada : Notre vision, nos valeurs et nos actions, est paru, quant à lui, à la fin de mars 2006. Il expose la vision commune des participants au dialogue canadien de même que des recommandations visant les mesures à prendre et les responsabilités de chacun.

Dans leur site Web, de vive voix et dans les médias, les RCRPP continueront de faire connaître les résultats du dialogue canadien à la population et aux décideurs du pays, et ils veilleront à tenir compte des résultats des dialogues et du sommet dans la planification de leurs prochaines activités de recherche sur les politiques.

Nadine Robitaille est rédactrice à la Division des communications du CRDI