Insuffler une énergie nouvelle : donner une voix et une visibilité aux jeunes

Division des communications, CRDI
L’Instituto Brasileiro de Análises Sociais e Econômicas (Ibase) est l’un des organismes ayant réalisé l’étude sur la jeunesse et la démocratie au Brésil subventionnée par le CRDI et décrite dans divers articles et autres documents connexes. Le directeur général de l’Ibase, Cândido Grzybowski, s’entretient avec le CRDI de ce projet de recherche novateur.

CRDI Pourquoi avoir réalisé cette étude ? Qu’aviez-vous besoin de savoir au sujet des jeunes et de la démocratie au Brésil ?

À LIRE ÉGALEMENT

Mobiliser les jeunes, enraciner la démocratie
Grâce au soutien du CRDI, une démarche de recherche originale aide le gouvernement du Brésil à inciter les jeunes à une plus grande participation citoyenne.

Grzybowski Pour deux grandes raisons.

Tout d’abord, pour vérifier l’idée reçue selon laquelle les jeunes ne s’intéressent pas à la politique. Bien des gens croient qu’ils sont démotivés, mais il peut s’agir d’une fausse perception. Le Forum social mondial, par exemple, suscite une très forte participation des jeunes Brésiliens. Il semble en effet que ces derniers s’engagent dans certaines formes d’action politique, par des moyens différents de ceux utilisés par notre génération et par les politiciens. C’est donc une question qu’il fallait examiner et clarifier.

La deuxième raison tient au fait que le gouvernement du Brésil a établi un processus de consultation sur les politiques publiques et les politiques sociales, mais il n’apparaissait pas évident que les jeunes puissent y participer – et ces derniers n’étaient pas non plus organisés en ce sens. Le gouvernement a décidé de consulter les organismes de la société civile, les syndicats, les mouvements sociaux, les organisations non gouvernementales, les églises, les universités, etc. Mais les jeunes ne figuraient pas sur sa liste – ils n’avaient aucune voix au chapitre, aucune visibilité.

L’Ibase a donc cru bon d’écouter ce que les jeunes avaient à dire sur le Brésil en général, et non seulement sur les politiques pour les jeunes qu’ils souhaitent voir adopter par le gouvernement. C’est ainsi que j’ai entrepris des discussions avec le CRDI; ce dernier a alors proposé de recourir à la méthode du dialogue délibératif. J’ai accepté, car cette méthode nous permettait de tenir une véritable consultation auprès des jeunes du Brésil.

CRDI Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste cette méthode ?

Grzybowski – Les sondages d’opinion sont importants, mais c’est un peu comme si on tâtait le pouls d’un patient. De même que les battements ne suffisent pas à indiquer clairement l’état de santé général, un sondage ne permet pas d’aller au fond de la pensée des gens. Il révèle plutôt ce que les gens ressentent à un moment donné. D’ailleurs, ces derniers sont souvent influencés par ce que leur groupe social a à dire à ce moment précis, ou par ce qu’ils viennent de voir à la télévision, etc.

Bien sûr, je ne dis pas que ce genre d’information ne compte pas. Elle est très importante, mais insuffisante. Le dialogue délibératif, quant à lui, a pour point de départ les résultats de la première étape de la recherche – soit le sondage d’opinion – dont on approfondit les constatations pour en savoir plus et ainsi acquérir de nouvelles connaissances.

Les jeunes se disent eux-mêmes « propriétaires » de la recherche, et ils produisent de nouvelles connaissances ensemble. Tous, nous possédons des connaissances. Certains connaissent certaines choses, d’autres en connaissent d’autres. Tous ensemble, nous pouvons édifier un nouveau type de savoir. C’est l’idée que sous-tend la méthode.

CRDI Qu’est-ce que l’étude vous a permis de découvrir ? Qu’est-ce que les constatations indiquent quant à la nature réelle de la participation des jeunes à la vie politique au Brésil ?

Grzybowski – La première étape, celle du sondage d’opinion, n’en a donné qu’une idée partielle. Les dialogues nous ont permis d’approfondir les mêmes questions. Ils ont aidé à clarifier les constatations initiales, à en extraire l’essence.

À cet égard, l’engagement politique de bon nombre de jeunes qui participaient à cette étude s’est révélé une « constatation » importante. Les jeunes ont en effet affirmé que le processus politique était fondamental à leurs yeux. Ils se méfient des politiciens, mais ils croient à la politique. Ils souhaitent voir une pratique différente de la politique au Brésil, l’avènement d’une nouvelle culture de la participation qui tienne compte de leurs préoccupations, qui leur permette de prendre part au processus à titre de partenaires. C’est ce qu’ils aimeraient voir se produire.

Pour pousser plus avant ces idées, les participants ont proposé, entre autres, le moyen suivant. Il existe au Brésil des établissements pour les jeunes que ces derniers n’utilisent pas pleinement, les écoles notamment. Quand les cours se terminent, l’école ferme habituellement ses portes. Pourquoi alors ne pas en faire un espace civique ? Et de fait, cette constatation issue des dialogues a incité le gouvernement de l’État de Rio de Janeiro à ouvrir les établissements scolaires les samedis, dimanches et jours fériés, afin que les jeunes puissent y tenir leurs propres activités. Comme les dépenses se limitent aux coûts de l’eau et de l’électricité, la décision était simple à prendre.

Il est intéressant de constater qu’ils utilisent cet espace pour s’adonner à des activités telles que le hip hop. Ce n’est pas une activité très scolaire, mais elle les aide à construire leur identité. C’est par le hip hop que les jeunes critiquent le système et les politiciens, et qu’ils revendiquent des mesures visant à remédier aux problèmes dont ils sont témoin, la corruption notamment. Ils affirment que les politiciens ne viennent les voir que pour obtenir leur vote et qu’au lendemain des élections, ils ne reviennent pas pour discuter avec eux des gestes qu’ils poseront au conseil local ou au parlement fédéral. C’est ce genre de préoccupations que les jeunes expriment dans leur musique.

CRDI Le projet a-t-il eu une incidence sur les politiques gouvernementales destinées aux jeunes du Brésil ?

Grzybowski – Le gouvernement a créé un nouveau programme dans la cadre duquel il accorde des subventions afin que les jeunes poursuivent des études universitaires. Quelque 200 000 jeunes en bénéficient. Il y a également eu création d’un conseil national de la jeunesse, composé de 40 membres dont la moitié sont des jeunes et des représentants de la société civile, et l’autre moitié, des représentants du gouvernement. En outre, une conférence sur la jeunesse s’est tenue en avril 2008. Ainsi, les gens se réunissent pour discuter des politiques ayant trait à la jeunesse.

Mais nous faisons maintenant bien plus. Une fois l’étude terminée au Brésil, nous avons établi un programme de recherche et de dialogue semblable ailleurs en Amérique latine. D’autres gouvernements ont en effet dit souhaiter discuter du projet avec nous, car ils veulent obtenir le même genre de données, les mêmes points de repère pour l’élaboration de leur politique jeunesse.