Inde : Quand les villes grandissent trop vite

April 08, 2016

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Local residents of the suburb of Gwaltoli, in Uttar Pradesh State, India

Des residants de Gwaltoli, dans l’État d’Uttar Pradesh, en Inde.

Bouchra Ouatik

Avec plus de 1,2 milliard d’habitants, la population de l’Inde ne cesse de croître et, par le fait même, de transformer le pays. « Ici, le climat n’est pas la seule chose qui change. Tout change! » explique Veena Srinivasan, sociohydrologiste au Ashoka Trust for Research in Ecology and the Environment (ATREE), basé à Bangalore, une ville de 4 millions d’habitants, dans le sud de l’Inde. L’équipe de la chercheuse étudie comment diffé­rents facteurs – climat, surpopulation, pollution – affectent ici l’accès à l’eau, tirée du bassin de la rivière Arkavathy. 

« Si vous vous promenez dans Bangalore, poursuit-elle, la première chose que vous remar­quez, c’est à quel point tout prend de l’expansion; les routes, les bâtiments, tout. » Par conséquent, les habitants doivent changer peu à peu leur mode de vie. « Personne ne veut rester en agriculture, car c’est plus facile de se trouver un travail en ville, explique Srinivasan. Ceux qui persévèrent se tournent vers la culture de l’eucalyptus qui nécessite cependant de creuser des puits de plus en plus profondément. » 

Problème: à la ville comme à la campagne, la demande d’eau augmentant sans cesse, la nappe phréatique s’épuise. Pour parvenir à maîtriser la situation, les chercheurs se sont donné comme objectif de sensibiliser les agriculteurs à la gestion de l’eau. « Par exemple, nous leur apprenons comment mesurer les niveaux d’eau souterraine », explique Srinivasan.

Il n’y a pas que ça. La région de Bangalore abrite aussi plusieurs usines de construction automobile, de textile et d’électronique, qui non seulement utilisent de grandes quantités d’eau, mais déversent leurs eaux usées, contenant des métaux lourds, dans les bassins servant à la production agricole. « Il y a des règlements, mais ils ne sont pas appliqués », se désole Srinivasan.

En étudiant les différentes menaces qui pèsent sur les réserves d’eau potable, l’équipe de chercheurs d’ATREE compte fournir des données précises aux gouvernements locaux, afin de les amener à mieux réglementer l’utilisation de l’eau. « La situation actuelle est inquiétante, dit Srinivasan. Ce qui risque surtout d’arriver, c’est que nous épuisions nos réserves d’eaux souterraines. » La chercheuse insiste sur le fait que les changements climatiques ne doivent pas être étudiés de manière isolée, puisqu’ils ne constituent qu’une pièce dans un casse-tête géant.

Cet article a été publié initialement dans l’édition de décembre 2015 du magazine Québec Science.