Gérer l’eau, l’essence de la vie

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Yehia El Gammal
Négligé durant des années, le système de traitement et de distribution d’eau du Liban fait désormais l’objet d’un ambitieux programme de modernisation. 

En l’an 2000, le gouvernement libanais a adopté une nouvelle loi sur l’eau, qui regroupe les 21 conseils responsables de l’eau en quatre bureaux placés sous l’autorité du ministère fédéral de l’Énergie et de l’Eau. Chaque bureau est chargé de planifier, de gérer et d’entretenir le système d’eau, en plus de mettre en place un programme de recouvrement des coûts qui permettra d’y investir de nouvelles ressources. Le gouvernement s’est également engagé à bâtir des usines de traitement des eaux usées.

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« Récemment encore, nous n’avions pas d’usine de traitement des eaux, explique Bassam Jaber, responsable du programme de régie de l’eau. Cela a changé avec une entente récente entre pays méditerranéens prévoyant que toute ville de plus de 100 000 habitants doit avoir une usine pour traiter ses eaux avant de les déverser dans la mer. »

En outre, sur le plan interne, l’eau est devenue un enjeu capital au Liban. Comme le pays n’a que 1 % des ressources en eau douce de la planète   et que la saison sèche s’étend sur sept mois  , les pénuries d’eau ont sérieusement handicapé le développement du pays. Et avec une population de 4,5 millions d’habitants qui augmente chaque année de 2 %, le pays devra faire face à une demande à la hausse qui mettra à mal ses maigres ressources en eau.

Des réformes graduelles

Comme d’autres pays de la région, le Liban a décidé de tenter de ralentir la hausse de sa demande en adoptant le principe de l’utilisateur payeur, afin de lutter contre le gaspillage de l’eau. « C’est une notion qui nous était inconnue, de dire Jaber. Les coûts des projets étaient couverts par le budget national, et il n’était pas question de recouvrement des coûts. » Mais ce vétéran de la gestion de l’eau   il a passé 42 ans sur le terrain  , croit que ce n’est que graduellement que les pays doivent adopter un système de tarifs conformes aux prix du marché. « Il nous faut tenir compte des réalités socioéconomiques, dit-il. Il n’est pas question de doubler ou de tripler les tarifs du jour au lendemain. Le coût véritable de la consommation d’eau doit être instauré progressivement, en s’appuyant sur une campagne de sensibilisation afin d’amener les gens à comprendre le principe de l’utilisateur payeur. »

Dans une communication au Forum sur la gestion de la demande en eau qui s’est tenu à Beyrouth, Jaber a expliqué comment le Liban avait réformé son financement de la consommation d’eau. Ces rencontres sont d’excellentes occasions pour les pays de comparer leurs propres expériences, « car ce qui se passe sur le terrain ne correspond jamais tout à fait à la théorie », d’ajouter Jaber.

Après plus de quarante ans à s’occuper de problèmes d’eau, Jaber croit qu’on a encore beaucoup à apprendre sur cet enjeu vital. Et c’est un sujet qu’il trouve aussi passionnant qu’au début de sa carrière. « L’eau est l’essence de la vie, dit-il. C’est par elle que la vie passe. »

Agent de terrain du Centre de recherches pour le développement international, Yehia Le Gammal travaille au Caire.