Faire la chose « la plus sensée » pour le Canada et pour le monde

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Jean Lebel
Le président du CRDI revient sur son récent voyage au Chili et en Colombie au sein de la délégation qui a accompagné le gouverneur général du Canada.
 
Nul pays ne peut affronter seul les énormes défis d’aujourd’hui. Et aucun pays ne devrait s’y voir contraint. Un récent voyage en Amérique latine m’a rappelé que le Canada a beaucoup à apporter aux collaborations internationales ayant pour but de s’attaquer à des problèmes planétaires et d’atteindre des objectifs communs, et qu’il peut en retirer énormément.

Je faisais partie de la délégation qui a accompagné dernièrement le gouverneur général du Canada, Son Excellence le très honorable David Johnston, et Son Excellence Sharon Johnston au Chili et en Colombie. Cette délégation se composait de deux députés et de chefs de file des milieux canadiens de l’éducation, des sciences et des affaires. Chacun souhaitait faire connaître les meilleures idées de son organisme, mais aussi écouter et apprendre.

Dans un discours prononcé devant des professeurs de diverses universités de Santiago, le gouverneur général a abordé « la diplomatie du savoir », c’est-à-dire la transmission des connaissances par-delà les frontières et les disciplines en vue d’améliorer la condition humaine.

« Dans le monde d’aujourd’hui, ce type d’échange s’avère essentiel », a-t-il déclaré. « De plus, aucun argument ne milite contre la collaboration. »

 
Pour que le Canada demeure bien au fait
 
C’est un message qui a toute sa portée au CRDI, dont le soutien à la recherche et à l’innovation aide le Canada à demeurer au fait de ce qui se passe hors de ses frontières depuis près de 45 ans.

Un protocole d’entente signé le 1er décembre à Santiago en est un exemple patent. Aux termes de ce protocole, le Conseil des sciences, de la technologie et de l’innovation (CSTI) du Canada et le Consejo Nacional de Innovación para la Competitividad (CNIC) du Chili s’engagent à soutenir les capacités des conseils consultatifs qui aident les gouvernements à favoriser la croissance économique et le développement social.

Le CRDI et les deux conseils de l’innovation nationaux travailleront ensemble à établir la toute première plateforme de collaboration internationale dans le domaine. Une rencontre sera organisée en septembre 2015 pour amorcer le processus par lequel on aidera les conseils de l’innovation de pays en développement à rendre leurs travaux de recherche en science et technologie plus digestibles et plus utiles pour les décideurs.

Cette initiative témoigne du fait que le Canada et le Chili sont tous deux tournés vers le reste du monde. En outre, elle fait fond sur de solides liens noués il y a des décennies de cela, alors que le CRDI a financé la recherche en sciences sociales au Chili pendant la dictature, qui a duré 17 ans.

 
Permettre aux idées de vivre au Chili       
                                                           
Ce soutien a été apprécié, et cette appréciation continue de produire des liens intéressants pour le Canada. Ma rencontre avec Sergio Bitar – un éminent intellectuel qui a servi dans trois gouvernements chiliens, à titre de ministre des Mines, de ministre de l’Éducation et de ministre des Travaux publics – alors que j’étais à Santiago, me l’a rappelé.

Après le coup d’État de 1973, M. Bitar a été emprisonné pendant un an, avant d’être forcé à un exil de dix ans. Plus tard, il a fait partie du gouvernement du président Ricardo Lagos. Durant les années sombres, ce dernier avait reçu des subventions du CRDI. Il avait ensuite a déclaré que ce que le CRDI a fait au Chili, c’est qu’il a permis aux idées de continuer de vivre.

M. Bitar m’a parlé d’entrevues fascinantes qu’il a réalisées avec d’anciens chefs d’État qui ont orchestré, ces 30 dernières années, des transitions démocratiques dans neuf pays. Dans l’ouvrage à paraître qui en découlera, ces artisans du changement livrent leurs réflexions sur cette expérience bien particulière et présentent des leçons pouvant être utiles aux transitions à venir. Le lancement de cet important livre se fera au CRDI l’an prochain.

 
Soutien au processus de paix en Colombie
Je n’étais jamais allé en Colombie, un pays riche en ressources et fort d’une tradition d’excellence en recherche qui tente aujourd’hui de se relever d’un conflit désastreux qui a duré 50 ans. Depuis fort longtemps, le CRDI appuie des recherches qui soutiennent les efforts déployés en Colombie pour obtenir une paix durable et augmenter les revenus et le bien-être des habitants des régions rurales pauvres.

Une initiative que le Canada finance à l’heure actuelle en matière de sécurité alimentaire aide à combattre la pauvreté et la malnutrition dans le département de Nariño, dans le sud-ouest du pays. Des chercheurs canadiens et colombiens ont mis au point des variétés de pomme de terre à rendement élevé qui contiennent deux fois plus de protéines et ont une teneur en fer et en zinc plus élevée que les variétés indigènes.

Ces nouvelles variétés sont plus résistantes au mildiou, qui peut facilement faire perdre toute une récolte. Les collectivités constatent déjà une baisse de la malnutrition et des retards de croissance chez les enfants, et les profits des agriculteurs ont augmenté de 18 %.

 
Des avantages pour les deux pays
 
J’ai eu le plaisir de présenter ces résultats de recherche prometteurs à leurs Excellences ainsi qu’au vice-ministre du développement rural du ministère de l’Agriculture de la Colombie, Aníbal Fernández de Soto, et à la ministre d’État (Diversification de l’économie de l’Ouest) du Canada, l’honorable Michelle Rempel.

La ministre Rempel a été fort intéressée d’apprendre que les technologies mises au point dans le cadre de ce projet sont maintenant utilisées au Canada. En effet, elles servent à protéger les céréales à paille contre la brûlure de l’épi causée par le fusarium, une maladie fongique ayant entraîné des pertes de revenus se chiffrant à 1,5 milliard de dollars depuis les années 1990 pour les cultivateurs de blé canadiens. 

D’autres chercheurs dont le chemin a déjà croisé celui du CRDI participent activement à l’ambitieux programme de développement rural du gouvernement de la Colombie, Misión Rural, qui est d’ailleurs dirigé par un ancien bénéficiaire de subvention du CRDI, José Ocampo. Misión Rural a été chargé d’établir une feuille de route en matière de politiques pour la campagne colombienne qui est considérée comme essentielle à la réussite du processus de paix.

Le président du pays, Juan Manuel Santos, a invité deux experts de l’étranger à siéger au conseil de Misión Rural, et ils ont tous deux des liens avec le CRDI : Julio Berdegué, chercheur principal au Centre latino-américain pour le développement rural (Rimisp), un organisme financé par le CRDI, et Albert Berry, professeur d’économie émérite de l’Université de Toronto.

 
Medellín : toute une transformation
 
En dépit des énormes défis qu’elle est appelée à relever, la Colombie fait des progrès impressionnants en ce qui concerne l’amélioration de la qualité de vie des citadins. J’ai été surpris par ce que j’ai observé à Medellín. L’ancienne « capitale mondiale des homicides » se fait remarquer à l’échelle internationale en raison d’un plan d’urbanisme audacieux qui permet de réduire l’exclusion sociale, la criminalité et la pauvreté.

En plus de pouvoir fréquenter de nouvelles bibliothèques et écoles et de nouveaux parcs, les habitants des bidonvilles accrochés aux collines de Medellín jouissent maintenant d’un accès rapide au centre-ville, grâce à un réseau de téléphériques efficace. Auparavant, il fallait mettre une heure ou deux et, ce, à flanc de montagne; aujourd’hui, cela ne prend que quelques minutes. Les habitants les plus désavantagés de Medellín peuvent donc désormais se rendre facilement au centre économique de la ville.

Ainsi, la deuxième ville du pays est devenue un exemple inspirant, illustrant le bien-fondé d’investir dans les parties les plus pauvres d’une ville. L’an dernier, Medellín a remporté le concours de la ville la plus innovante au monde lancé par Citi, le Wall Street Journal et l’Urban Land Institute. Plus tôt cette année, 22 000 chefs de file issus des secteurs public et privé et de la société civile se sont réunis à Medellín pour assister au 7e Forum urbain mondial, qui avait pour thème : « L’équité urbaine dans le développement – des villes pour la vie. »

 
« Une nation toujours plus avertie et bienveillante »
 
Pour améliorer les conditions de vie et les moyens de subsistance, des politiques éclairées fondées sur l’équité sont cruciales. Le gouverneur général du Canada en est bien conscient, lui qui consacre son mandat à édifier « une nation toujours plus avertie et bienveillante » et à créer « un monde averti, bienveillant et juste ».

À Medellín, à la Faculté des mines de l’Université nationale d’Antioquia, le gouverneur général a parlé d’une approche à l’égard de la mise en valeur des ressources qui permette l’atteinte d’un équilibre entre les besoins d’une économie prospère et ceux d’un environnement sain. « Il ne s’agit pas seulement de trouver la bonne chose à faire, mais bien la plus sensée », a-t-il affirmé.

Ailleurs au cours du voyage, le gouverneur général a fait l’éloge des partenariats entre des particuliers de premier ordre qui sont emblématiques des collaborations du Canada avec le Chili et la Colombie. Au CRDI, nous sommes fiers de faire partie intégrante de ces efforts en nous acquittant de notre mission, qui consiste à produire des connaissances qui sont source d’innovation et de solutions.

 

RIDEAU HALL | SGT RONALD DUCHESNE
Son Excellence le très honorable David Johnston et Son Excellence Sharon Johnston (au centre) et les membres de la délégation à Santiago le 30 novembre 2014. Jean Lebel est le septième à partir de la gauche.

Autres photos (à partir du haut à droite) :

RIDEAU HALL | SGT RONALD DUCHESNE
De gauche à droite (assis) : le président du CSTI, Howard Alper, Jean Lebel, David Johnston, la présidente du Chili, Son Excellence Michelle Bachelet, et le président du CNIC, Gonzalo Rivas Gómez.
MINISTERIO DE OBRAS PUBLICAS, CHILE
Sergio Bitar en compagnie de la présidente Michelle Bachelet en 2009, alors qu’il était ministre des Travaux publics dans son premier gouvernement.

RIDEAU HALL | SGT RONALD DUCHESNE
Jean Lebel (à droite) présente le projet de sécurité alimentaire mené en Colombie à ses Excellences ainsi qu’à l’honorable Michelle Rempel (à côté de Jean Lebel) et qu’au vice-ministre du développement rural du ministère de l’Agriculture de la Colombie, Aníbal Fernández de Soto.

DEUTSCHE WELLE | PATRICK BENNING
L’une des trois lignes du réseau de téléphérique qui rejoint le réseau de train urbain de Medellín.


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