Étude des obstacles au traitement du VIH et à la santé maternelle en Afrique du Sud

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De concert avec des chercheurs canadiens et sudafricains, Helen Schneider, de l’University of the Western Cape, étudie les facteurs qui entravent l’accès à des soins de santé en Afrique du Sud.

Stephen Dale
Plus de 200 chercheurs en santé mondiale se sont réunis à Ottawa pour échanger sur les résultats de recherche du Programme de partenariat Teasdale-Corti de recherche en santé mondiale, qui s’est échelonné sur sept ans. Des chercheurs canadiens et sudafricains ont déterminé les facteurs qui rendent l’accès à des services de santé financés par le secteur public difficile pour les pauvres.

L’engagement de l’Afrique du Sud à offrir une couverture santé universelle s’est traduit par une impressionnante amélioration de la santé des Sudafricains. Parmi les progrès réalisés, notons un élargissement spectaculaire de la prestation de services de thérapie antirétrovirale, un traitement très efficace destiné aux personnes vivant avec le VIH/sida.

 

Il reste cependant des gens, surtout dans les couches les plus pauvres de la population sudafricaine, qui n’ont que peu bénéficié des services de santé du pays. Pour certains, la thérapie antirétrovirale s’avère inefficace, car ils ne peuvent recevoir le traitement régulièrement. Les résultats de cet engagement sur le plan de la santé maternelle et infantile demeurent également décevants.

 

Une équipe de chercheurs canadiens et sudafricains a étudié ce paradoxe. Avec l’appui du Programme de partenariat Teasdale-Corti de recherche en santé mondiale, des chercheurs de l’University of the Witwatersrand, de l’University of the Western Cape et de l’Université du Cap, en Afrique du Sud, ainsi que de l’Université McMaster, au Canada, ont tenté de déterminer les facteurs non apparents qui maintiennent certains groupes de la population en mauvaise santé en dépit de l’engagement officiel du gouvernement à fournir des services de santé accessibles à tous.

 

Le Programme de partenariat Teasdale-Corti est financé par l’Initiative de recherche en santé mondiale (IRSM) du Canada, un partenariat regroupant le CRDI, l’Agence canadienne de développement international et les Instituts de recherche en santé du Canada.

Des facteurs abstraits aux conséquences bien concrètes

 

Helen Schneider, chef de projet et professeure à l’University of the Western Cape, explique que le projet Recherche sur l’égalité de l’accès aux soins de santé (REACH) a permis d’examiner les facteurs abstraits qui ont des conséquences bien concrètes en matière de santé.

 

Selon elle, il ne suffit pas de rendre les services disponibles. Ces services doivent être d’une qualité raisonnable et les gens doivent pouvoir s’y fier. Mme Schneider ajoute que les chercheurs vont au-delà des facteurs apparents et se demandent si d’autres aspects du problème, comme les relations ou les « règles du jeu », n’entravent pas l’accès aux services de santé.

 

Pour ce faire, les chercheurs ont réalisé une enquête auprès d’un grand nombre d’utilisateurs des services de santé dans deux districts pauvres, l’un rural et l’autre urbain.

Des facteurs qui influent sur la mortalité maternelle

 

Une étude fondée sur des entrevues menées auprès de femmes qui ont utilisé des services de santé maternelle a montré que les femmes tendent à reporter leurs visites à l’hôpital en raison des coûts du transport. Ce constat revêt une grande importance, car on estime que 50 % des décès maternels en Afrique du Sud sont attribuables à des causes qui auraient pu être évitées, comme le fait de se présenter trop tard à l’hôpital.

 

Loveday Penn-Kekana, du Centre for Health Policy de l’University of the Witwatersrand, à Johannesburg, affirme que la vie de certaines femmes est si difficile que le simple fait d’accéder à des services de santé relève du défi. Beaucoup de femmes ont déclaré que le manque de services de transport en commun et le refus des chauffeurs d’ambulance de se rendre dans leur quartier pendant la nuit les obligeaient à louer une voiture pour se rendre à l’hôpital. Le coût du transport n’est qu’un des aspects qui ont forcé beaucoup de femmes à emprunter de l’argent ou à vendre des biens afin de couvrir les dépenses relatives à leur grossesse.

 

L’enquête a aussi révélé que le manque de respect de la part du personnel hospitalier dissuadait les femmes d’utiliser les services des hôpitaux. Dans un cas extrême, une femme à qui l’on avait refusé des services et demandé de revenir le lendemain a donné naissance à son bébé sous un arbre.

 

Les constatations tirées du projet REACH ont alimenté un débat public animé au sujet du taux de mortalité maternelle et des façons de le réduire, celui-ci excédant le niveau escompté pour un pays à revenu intermédiaire. Alors que certains proposent de réformer le système de santé, d’autres pointent du doigt les inégalités sociales croissantes dans le pays, qui entravent l’accès des femmes pauvres aux services de santé. Une « subvention de grossesse », proposée comme solution, donnerait aux femmes les moyens nécessaires pour couvrir les coûts supplémentaires liés à l’arrivée d’un bébé.

Une thérapie qui change des vies

La prestation de services de santé aux personnes vivant avec le VIH/sida est elle aussi rendue difficile en raison de « facteurs abstraits » dans le système de santé.

 

De manière générale, le passage à grande échelle des services de thérapie antirétrovirale s’est avéré un franc succès en Afrique du Sud. En 2004, seulement 4 % des personnes atteintes avaient accès à ce traitement qui transforme le syndrome, mortel, en une condition chronique gérable; en 2010, ce pourcentage s’élevait à 55 %.

 

Selon Jana Fried, de l’Université McMaster, à Hamilton, au Canada, un sondage effectué auprès de patients recevant le traitement indique que la thérapie antirétrovirale change radicalement la vie des personnes atteintes et leur permet de vivre une vie normale en dépit des grandes épreuves qu’elles ont traversées.

 

Des complications sont toutefois survenues. Si le passage d’un programme entièrement administré par les hôpitaux à un programme administré par des cliniques communautaires s’avère pratique pour les patients, il amène aussi nombre de patients à vouloir payer des frais supplémentaires pour voir un médecin, notamment parce qu’ils ne se sentent pas totalement en confiance entre les mains du personnel infirmier exclusivement. Selon Mosha Moshabella, de l’University of the Witwatersrand, ces frais supplémentaire peuvent constituer un lourd fardeau financier.

 

Selon Mme Schneider, des changements mineurs feraient en sorte que les patients se fieraient davantage aux soins de santé communautaires et les libéreraient de leur fardeau financier. Mme Penn-Kekana ajoute que de plus en plus, la transition vers des soins de santé administrés par du personnel infirmier représente un défi de taille à l’échelle mondiale. En effet, partout dans le monde, des systèmes de santé à court de ressources se tournent vers les infirmiers pour ce qui est d'administrer les soins associés à des maladies non transmissibles telles que l’asthme et l’hypertension.

Stephen Dale est rédacteur à Ottawa.