Établir des liens entre la recherche et les politiques en matière de sécurité alimentaire dans la région MOAN

CRDI – Bureau du Caire
Hammou Laamrani travaille au CRDI à titre de spécialiste de l’agriculture, de l’eau et de la gestion des connaissances. Il estime que la sécurité alimentaire exige des recherches qui prennent en compte la complexité de la pauvreté rurale.

Comment en êtes-vous venu à travailler au CRDI ?

J’ai une formation en agriculture et en gestion de l’eau, axée sur le développement communautaire. Je suis titulaire d’un doctorat dans ce domaine de l’Université de Copenhague, au Danemark.

Avant d’entrer au CRDI, j’ai travaillé au Ghana pour l’Institut international de gestion des ressources en eau (IWMI), où j’ai utilisé la recherche pour comprendre la complexité de la pauvreté en milieu rural. La recherche peut aider à trouver des solutions concrètes à des problèmes particuliers auxquels sont confrontées des collectivités rurales partout dans le monde.

Au CRDI, j’ai tout d’abord participé aux efforts de réduction de la demande d’eau au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (région MOAN). Plus récemment, j’ai coordonné un programme régional de KariaNet visant à améliorer le développement agricole et rural par l’échange de connaissances entre les chercheurs, les agriculteurs et la société civile.

Quels sont les plus imposants défis sur le plan de la sécurité alimentaire dans la région MOAN ?

Dans la région MOAN, on importe la moitié des aliments dont on a besoin. La rareté de l’eau est le principal obstacle à la production alimentaire. En outre, il y a la façon dont les politiques relatives à l’eau sont élaborées, mises en oeuvre et évaluées. S’ajoute au besoin d’accroître l’efficacité de l’utilisation de l’eau dans divers secteurs, particulièrement en agriculture, la nécessité d’améliorer le processus d’élaboration des politiques relatives à l’eau et aux aliments pour assurer aux segments les plus pauvres de la population un accès équitable aux aliments. Les problèmes relatifs à la sécurité alimentaire découlent aussi du faible taux d’adoption des technologies pour optimiser la disponibilité et le stockage des aliments, réduire les pertes après les récoltes et améliorer la salubrité des aliments. À moins que les politiques en matière de sécurité alimentaire s’attaquent à ces problèmes, la région continuera de connaître de l’insécurité alimentaire. De plus, la manière dont les ressources foncières et hydriques sont utilisées à l’heure actuelle pour la production alimentaire dans la région n’est pas viable sur le plan environnemental.

Nous encourageons les chercheurs à collaborer avec le gouvernement et la société civile afin que chacun ait voix au chapitre lorsque se prennent les décisions. Nous encourageons aussi les chercheurs à déterminer précisément les effets de leurs recherches sur l’accès des pauvres (les femmes comme les hommes) aux ressources, sur l’utilisation qu’ils en font et sur la façon dont ils font face à la pauvreté.

Comment alors favoriser l’autonomisation des pauvres ? Comment la recherche peut-elle améliorer l’efficacité de cette démarche ?

La clé, c’est que la recherche vise dès le départ à relever les défis du développement – comme la sécurité alimentaire. Pour y arriver, il faut que les organismes de recherche travaillent en partenariat avec les éventuels bénéficiaires, tels que les agriculteurs et les producteurs ruraux, de même qu’avec la société civile et les organismes gouvernementaux. Par exemple, le CRDI s’est penché sur les pratiques d’exploitation forestière durable dans l’Atlas – comment, tout en protégeant les forêts, mieux gérer la demande de cette ressource qui sert de combustible, est source de revenus et comble des besoins fondamentaux des populations.

Qu’est-ce qui empêche l’application à plus grande échelle de telles innovations ?

Le problème vient peut-être de la recherche elle-même. Il arrive souvent qu’elle ne soit pas conçue de manière à résoudre de véritables problèmes dans le contexte local. La recherche à des fins de publication et pour des articles destinés à des revues internationales à comité de lecture est une bonne chose, mais à moins qu’on y tienne compte du volet développement, elle n’a aucune chance de passer à grande échelle et d’être adoptée par les responsables des politiques ou les collectivités.

Souvent aussi, l’élaboration des politiques est coupée de la recherche. L’utilisation des résultats des recherches se perd dans le fossé qui sépare les chercheurs et les responsables des politiques. Le mandat des chercheurs est de faire de la recherche; celui des responsables des politiques est d’élaborer et de mettre en oeuvre des politiques. Mais pour arriver à faire passer à grande échelle des projets de développement, il faut resserrer les liens entre la recherche et les politiques.

Les collectivités, les organismes, les ONG et la société civile en général doivent demander des comptes tant aux chercheurs qu’aux responsables des politiques. La société civile tente de combler cet écart, mais elle n’est pas assez puissante pour y arriver à elle seule.

Pour en savoir davantage au sujet de Hammou Laamrani et de son travail, veuillez consulter son profil sur le site Web du CRDI ou communiquer avec lui à hlaamrani@crdi.ca.

Pour de plus amples renseignements sur l’expérience du CRDI en matière d’établissement de liens entre la recherche et les politiques, lisez le (cyber)livre Des connaissances aux politiques, de Fred Carden. Hammou Laamrani et son équipe rédigent actuellement un livre qui documente la façon dont des collectivités au Maroc, en Tunisie et en Algérie ont adopté avec succès des projets de développement novateurs.