Et le gagnant est... Brendan Baker en entrevue

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Kate Harper

Brendan Baker est l'un des trois gagnants du concours de photos « Zoom sur les solutions urbaines ! » lancé par le CRDI dans la période menant au troisième Forum urbain mondial. Ce concours invitait les photographes à exposer les moyens créatifs que prennent les citadins aux quatre coins du globe pour relever les défis de la vie urbaine.

L'intérêt de M. Baker pour les pays développement remonte à ses études universitaires. Étudiant au baccalauréat en génie à l'Université de la Colombie-Britannique (UBC), il avait rejoint les rangs d'Ingénieurs sans frontières, un organisme non gouvernemental international voué à la promotion du développement par l'accès aux technologies. M. Baker a compris l'importance des répercussions du génie sur les plans social et environnemental. Lorsqu'il n'est pas en train de faire des clichés dans les pays en développement, il travaille comme expert-conseil en génie à Vancouver.
 


 
CRDI

Comment vous êtes-vous retrouvé au Sénégal ?

Brendan Baker

Après avoir obtenu mon diplôme universitaire, je me suis engagé pour une affectation de longue durée avec Ingénieurs sans frontières, qui m'a envoyé au Sénégal afin de participer à un projet de transformation des noix de cajou. L'objectif était de mettre au point des technologies qui permettent aux Sénégalais de transformer leurs noix de cajou pour les vendre au marché local, et de créer ainsi des emplois. J'ai également travaillé à un projet d'eau potable, où j'ai aidé à concevoir des pompes assurant l'accès à une eau potable plus propre. J'ai aussi contribué à trouver des méthodes pour le creusage de puits à partir de techniques et de matériaux locaux.

CRDI

Quelle est l'anecdote qui se cache derrière cette femme, sur votre photo ?

BB

Oulymata est une technicienne qui a collaboré au projet d'eau potable. Les pompes dont nous nous sommes servis sont des roues à aubes. La partie que l'on tourne est confectionnée à partir de pneus et de pièces de métal. L'eau est amenée du fonds du puits au moyen d'un tube de plastique — dans le tube se trouve une corde qui passe à travers des pistons, lesquels agissent comme des seaux qui font remonter l'eau à la surface. Nous voulions fabriquer ces pistons sur place (afin de réduire les coûts d'entretien). Il fallait donc trouver une façon de produire une pièce d'une forme plutôt compliquée sans que cela ne coûte trop cher.

Nous avons conçu un moule et fait venir de la matière plastique brute en vrac de Dakar, située à un ou deux jours de la localité où nous nous trouvions. Nous avons ensuite fabriqué une presse à injection et demandé aux travailleurs du métal locaux, dont Oulymata, de s'exercer à fabriquer des pistons au moyen du plastique en vrac. À notre retour, le lundi suivant, 300 pistons étaient déjà prêts. Ils avaient tous la précision voulue, mais aucun n'était blanc, la couleur du plastique en vrac. Ils étaient de différentes couleurs. Nous étions étonnés, et nous leur avons demandé comment ils s'y étaient pris. Ils nous ont expliqué qu'ils avaient décidé de réutiliser les seaux en plastique brisés pour fabriquer les pistons. Nous avons été pas mal impressionnés qu'ils aient réussi à maîtriser un processus plutôt complexe pour en tirer parti rapidement et à bas coût.

CRDI

Votre expérience sénégalaise a-t-elle modifié votre optique des pays en développement ?

BB

Avant mon départ, je savais déjà que nos idées préconçues à propos des pays en développement étaient souvent fausses ou injustes. Mais je ne me doutais pas à quel point la réalité pouvait être différente de celle que nous montrent les médias. Les gens travaillent incroyablement fort, ils sont ingénieux, très cordiaux et accueillants. Après ce que j'ai vu, je suis revenu vraiment emballé au Canada. Les Canadiens ne voient pas ce qui se passe réellement dans les pays en développement. Ces pays regorgent de promesses et de possibilités.

CRDI

D'après vous, qu'est-ce qui pourrait inciter les Canadiens à changer d'attitude à l'égard des pays en développement ?

BB

Je pense que cette attitude est en train de changer. Je constate des changements prometteurs, comme la campagne Abolissons la pauvreté, menée l'an dernier. L'appui du grand public à cette campagne a été tel qu'il a réussi à convaincre les dirigeants mondiaux réunis au sommet du G8 d'effacer des milliards de dollars de dettes. C'est absolument essentiel pour aider les peuples à se libérer de la pauvreté. Plus les Canadiens verront d'exemples positifs, plus ils comprendront les difficultés que doivent surmonter les populations des pays en développement, et plus ils éprouveront du souci et de l'empathie à leur égard. Si le piège de la pauvreté persiste encore, c'est entre autres parce que les gens d'ici ignorent ce qui se passe là-bas. C'est ce qui m'a encouragé à participer au concours de photos, parce que c'est exactement ce qu'il fait : il montre des exemples exceptionnels de mesures positives que prennent les gens pour améliorer leur sort.

Les opinions exprimées dans cette entrevue sont celles de Brendan Baker et ne sont pas nécessairement celles du Centre de recherches pour le développement international.