Essor de la croissance et de l’innovation en Afrique : des occasions à saisir

Naser Faruqui
Commentaire
L’Afrique est le nouvel Eldorado du commerce. Il n’y a là rien d’étonnant. Les perspectives économiques des pays industrialisés étant plutôt ternes, la croissance mondiale sera désormais tributaire du commerce avec les pays en développement. C’est en Asie de l’Est que l’on observe la croissance économique la plus rapide; vient ensuite l’Afrique.

Les échanges commerciaux entre l’Afrique et la Chine sont passés de 10 à 170 milliards de dollars au cours des dix dernières années, et les marchés boursiers d’Afrique subsaharienne occupent le premier rang dans le monde depuis cinq ans. Les gestionnaires de fonds de capital-investissement sont davantage emballés par l’Afrique que par les économies émergentes que sont le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine. Le Fonds monétaire international prévoit qu’entre 2010 et 2020, dix des vingt économies qui connaîtront la croissance la plus rapide dans le monde seront africaines.

Ce n’est peut-être pas aussi surprenant que cela peut le sembler au premier abord. Quinze pour cent de la population de la planète vit en Afrique, où l’on trouve 20 % des ressources naturelles mondiales, et le continent, qui ne représente que 3 % du PIB mondial, n’est plus limité, comme ce fut le cas auparavant, à l’exportation de ses nombreuses ressources naturelles.

À mesure que l’Afrique augmente ses investissements dans la science et l’innovation, les possibilités se multiplient. Vingt ans seulement après une guerre civile sans merci, le Rwanda faisait partie des dix pays dont l’économie avait connu la croissance la plus rapide de 2000 à 2010. Il est plus facile d’y lancer une entreprise qu’en Suisse ou à Singapour. Par ailleurs, de concert avec l’Australie, un consortium africain est en train de construire le plus grand radiotélescope du monde—un mégaprojet scientifique. L’Afrique du Sud, le Ghana, le Kenya, l’Ouganda et le Sénégal viennent d’obtenir de bons résultats en ce qui concerne leur indice de l’innovation. M-pesa, plateforme novatrice pionnière des services bancaires mobiles, a été inventée au Kenya et compte plus de 21 millions d’usagers au Kenya et en Tanzanie.

On voit apparaître de nouvelles agences qui financent l’innovation ou jouent un rôle catalyseur à cet égard. iHub, incubateur de technologies établi à Nairobi que soutient en partie le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), organisme canadien, a donné naissance à 150 entreprises en trois ans. Selon le magazine Fast Company, il s’agit de l’une des 50 entreprises les plus novatrices dans le monde. Autre exemple : l’Institut Africain des Sciences Mathématiques, financé en partie par un investissement de 20 millions de dollars du gouvernement du Canada que le CRDI est chargé d’administrer, offre une formation de premier ordre aux meilleurs étudiants du continent. Son but : trouver le prochain Einstein en Afrique et combler le fossé des compétences en fournissant à l’Afrique celles qu’il lui faut pour s’assurer d’une croissance durable et accéder à l’économie du savoir.

Les multinationales sont à l’affût. Les maladies chroniques étant maintenant plus courantes au sein d’une classe moyenne de plus en plus nombreuse en Afrique, GlaxoSmithKlein vient d’annoncer un investissement de 200 millions de dollars pour l’établissement d’entreprises productrices de médicaments un peu partout sur le continent. Elle compte également ouvrir le premier laboratoire de R-D au monde qui se penchera sur les maladies non transmissibles en Afrique, créer 25 chaires dans des universités africaines et former 10 000 travailleurs de la santé communautaires. Il est évident que GlaxoSmithKlein n’entretient aucun doute quant au potentiel du marché africain à long terme. D’autres éléments prometteurs se sont ajoutés quand IBM a établi un gros laboratoire d’analyse de données, et Royal Philips, une plaque tournante de l’innovation, tous deux à Nairobi.

Ce sont certes des signes encourageants. Mais certains obstacles demeurent, notamment la faiblesse des capacités en science et en technologie et le manque de collaboration entre les pays africains. Et on connaît mal les besoins locaux. Un exemple : les médicaments contre le VIH mis au point en Occident ne traitent pas la souche de VIH qui prédomine en Afrique.

Le milieu universitaire africain constitue aussi un obstacle. Pas une seule université d’Afrique de l’Ouest ou d’Afrique centrale ne figure dans le classement des 500 meilleures universités du monde. Bon nombre de pays africains n’ont pas d’organismes de financement de la recherche. Dans d’autres, la réglementation en matière d’éthique de la recherche est faible. Il y a même un pays dans lequel 75 % des fonds destinés à la recherche ont été attribués à un seul institut.

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l est par ailleurs indubitable que certains pays africains font face à de grave problèmes en matière de gouvernance. Mais il n’est pas nécessaire d’attendre que tous les problèmes soient réglés pour qu’il y ait croissance économique et innovation. Cela peut se produire simultanément. S’il y a un enseignement à tirer de ce qui s’est produit au Rwanda, c’est qu’un pays peut, et va, se sortir d’une période noire. Investir dans la science et dans l’innovation pour créer des emplois et de la croissance permet de réduire les inégalités économiques et joue un rôle important pour ce qui est de relever une bonne partie des défis qui se posent sur le plan de la gouvernance.

La croissance moyenne observée sur le continent atteint 5 % jusqu’à maintenant en 2014, et elle est prévue à hauteur de 6 % en 2015. Il y aura très certainement des hauts et des bas à court terme, mais les perspectives de croissance à long terme sont bonnes, surtout si le développement peut s’appuyer sur des investissements faits par le continent africain lui-même en science et en innovation. Les pays industrialisés voudront soutenir cette croissance, dans leur propre intérêt autant que dans celui de l’Afrique. La transformation qui est en cours fournit aux universités, aux conseils subventionnaires et au secteur privé des pays industrialisés des occasions de collaborer avec les pays africains. Le Canada et d’autres pays ont ainsi la possibilité d’assurer leur prospérité en contribuant au développement de solides partenaires avec lesquels ils pourront innover et avoir des activités commerciales.
 
Naser Faruqui est directeur, Science et innovation, au Centre de recherches pour le développement international, organisme canadien.