Entretien avec Shafika Isaacs sur la transformation de l'éducation en Afrique

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Lisa Waldick

Shafika Isaacs est directrice générale de SchoolNet Africa, organisation non gouvernementale (ONG) africaine qui utilise les technologies de l'information et de la communication (TIC) dans les écoles pour améliorer la qualité, l'accessibilité et l'efficacité de l'éducation. SchoolNet Africa travaille en collaboration avec les apprenants, les enseignants, les décideurs et les intervenants, principalement par le biais d'organismes nationaux rattachés au réseau scolaire. Isaacs a expliqué au magazine Explore sa vision de l'utilisation des TIC au service de la transformation radicale du système éducatif africain. L'Afrique connaît une crise de l'éducation due au fait que beaucoup d'enfants n'ont pas accès à un bon enseignement de base.

 



Vous dites que les TIC ne sont pas une panacée aux problèmes auxquels est confrontée l'Afrique en matière d'éducation. Pouvez-vous être plus précise ?

Certains partisans des TIC les considèrent comme la panacée. Autrement dit, ils y voient un outil qui permettra de résoudre la crise de l'éducation en Afrique, mais les technologies ne sont pas des solutions en elles-mêmes. En fait, ce sont des mécanismes habilitants.

L'Afrique est confrontée à une crise de l'éducation complexe, à une crise qui prolifère, c'est-à-dire qui n'est pas statique parce qu'elle est alimentée par la pandémie de VIH/sida, par exemple. De plus, divers facteurs économiques, politiques et sociaux sont en jeu, comme la réduction des budgets de l'éducation, le fait que celle-ci est partout transformée en produit, l'exode massif des cerveaux, et ainsi de suite. Or, introduire les TIC et les intégrer ne résoudra pas la crise lorsqu'elle se manifeste. En fait, nous devrions y voir des catalyseurs de changement systémique.

Quel type de changements aimeriez-vous encourager ?

Nous assistons, partout dans le monde, à une transformation révolutionnaire de l'éducation. Il fut un temps où l'éducation était essentiellement l'affaire de l'école, où l'enseignant jouait un rôle tout à fait central. Le paradigme tout entier évolue pour ce qui est de la relation entre l'école et la maison. De plus, l'enseignant devient un tuteur qui suit les élèves un à un, et l'on s'aperçoit de plus en plus que l'on peut apprendre partout et tout le temps.

Comment peut-on utiliser les TIC comme catalyseurs du changement dans l'éducation ?

Aujourd'hui, beaucoup de gouvernements parlent de stratégies macroéconomiques ainsi que de stratégies de l'éducation et du perfectionnement des ressources humaines. Nous pensons qu'il faut tenir compte, dans l'élaboration de ces stratégies, du rôle que peuvent jouer les TIC dans l'amélioration de l'éducation, car elles peuvent en améliorer la gestion, notamment en renforçant les possibilités d'enseignement et d'apprentissage et, ce qui est très important, en contribuant à la formation et au développement professionnel des enseignants. Nous avons besoin de stratégies nationales auxquels participent le gouvernement et le secteur privé. Autrement, nous n'avancerons pas et nous en resterons à des petits projets pilotes financés pour l'essentiel par des donateurs.

En quoi les TIC peuvent-ils améliorer la formation des enseignants ?

À l'heure actuelle, nous nous demandons, entre autres, comment faire pour systématiser une stratégie autour de la formation des enseignants et de leur développement professionnel. Par exemple, l'Afrique compte quelque 512 centres de formation des enseignants. Si nous réussissons à les relier entre eux, nous pourrons peut-être adopter une approche systématique de la formation.

La production active de contenu est un autre problème. Nous ne voulons pas nous contenter d'être des consommateurs passifs du contenu d'Internet. Nous trouverons des moyens de produire nous aussi un contenu. Les enseignants travaillent dans la langue vernaculaire, autrement dit locale. Nous devons réussir à diffuser sur Internet des programmes d'enseignement en langue locale dont le contenu peut donc être partagé.

Selon vous, les élèves participeront-ils à la production de contenu avec les enseignants ?

Tout à fait, parce qu'il s'agit d'un processus interactif. Les apprenants disposent de toutes sortes de mécanismes pour participer. Ainsi, il y a le concept d'apprentissage en réseau, autrement dit d'apprentissage dans le cadre d'un réseautage communautaire, que facilitent les technologies. De jeunes Mozambicains parlent à de jeunes Portugais parce qu'ils parlent la même langue. Cette expérience d'apprentissage est fantastique parce qu'ils sont de cultures différentes, qu'ils échangent des idées et des informations. La contribution au processus d'apprentissage est énorme.

Quelle est la vision idéale de SchoolNet Africa ?

La vision idéale est que tout enfant africain ait accès à l'éducation. Et que tout enfant sur ce continent ait accès aux TIC et ait donc des chances égales de devenir citoyen du monde.

Lisa Waldick est rédactrice à la Division des communications du CRDI et éditrice du magazine Explore.