Enterrer la hache de guerre : le CRDI appuie un processus de paix inédit

19 octobre 2010
Gerd Schönwälder
La plupart des gens pensent que la paix est un état dans lequel soit il « ne se produit rien de mauvais », soit il « ne se passe pas grand-chose ». Pourtant, si la paix règne et nous fait don de la sérénité et du bien-être, il faut que cela corresponde à « quelque chose de bon qui se produit ».
— E.B. White [TRADUCTION LIBRE]

Trop souvent, le fait de mettre fin à une guerre ou à des troubles de l’ordre public ne permet pas de véritablement rétablir la paix. À l’issue de nombreux conflits, une armistice n’entraîne pas la « sérénité et le bien-être », mais plutôt une fragilité institutionnelle, de l’insécurité physique, une absence de justice et de réconciliation, des bouleversements financiers, un développement bancal et — dans trop de cas malheureusement — la reprise des hostilités. Parmi les endroits où subsistent des conflits chroniques, notons Haïti, le Timor-Leste, le Sri Lanka et des territoires situés dans l’ouest, le centre et l’est de l’Afrique, au Moyen-Orient et dans les Balkans.

À LIRE ÉGALEMENT

Le programme Paix, conflits et développement

Commission de consolidation de la paix des Nations Unies

Carnegie Corporation of New York

Depuis sa création, l’Organisation des Nations Unies (ONU) a entrepris plusieurs dizaines de missions de maintien de la paix. Ces opérations — habituellement menées par des soldats — portent principalement sur la surveillance d’anciens belligérants, la supervision d’élections et le suivi de la distribution de l’aide humanitaire. Elles ont pour raison d’être de littéralement maintenir la paix afin que des activités plus vastes de relèvement puissent démarrer dans un climat de sécurité.

L’ONU coordonne ces activités de relèvement depuis un certain temps déjà, mais l’expression « consolidation de la paix  » ne fait partie de son plan d’action élargi que depuis le début des années 1990, moment de la publication du rapport Agenda pour la paix du Secrétaire général. Et même si l’appareil de maintien de la paix de l’ONU est bien établi, jusqu’à tout récemment l’organisation ne s’était pas dotée de la structure institutionnelle nécessaire en matière de consolidation de la paix.

Rattraper le temps perdu

On remédie actuellement à cette lacune. À la suite d’une série de rapports, de sommets et de discussions aux paliers supérieurs de l’ONU, un nouvel organe consultatif intergouvernemental est né en 2005, la Commission de consolidation de la paix (CCP).

La CCP a pour but la reconstruction, le renforcement des institutions et le développement durable dans les pays sortant d’un conflit. La commission mobilise les ressources des bailleurs de fonds internationaux, des institutions financières internationales, des gouvernements et des pays qui fournissent des contingents et propose des stratégies de redressement. La CCP est le point d’ancrage d’une « architecture de consolidation de la paix » qui comprend un fonds d’affectation spéciale et un bureau d’appui.

Le travail de fond de la commission est exécuté par des comités traitant de questions qui intéressent spécifiquement un pays; les pays actuellement dans sa mire comprennent le Burundi, la Guinée-Bissau, la Sierra Leone et la République centrafricaine. Le Comité d’organisation de la CCP établit le programme de travail de la Commission, oriente cette dernière et coordonne ses relations avec les autres instances.

 
Une orientation fondée sur des données probantes
 
Le Conseil de sécurité de l’ONU a demandé au Secrétaire général de recommander un plan d’action à long terme pour la CCP. Dans le cadre du processus de consultation mis en place, le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), organisme canadien, de concert avec le Bureau d’appui à la consolidation de la paix et la Carnegie Corporation of New York, a organisé une table ronde de deux jours, en décembre 2008.

Par le truchement de son programme Paix, conflits et développement, le CRDI appuie la recherche axée sur la consolidation de la paix et favorisant la consolidation de la paix depuis 1996. Cette table ronde avait pour but de recueillir des constatations issues de la recherche afin qu’elles servent à étayer le travail de consolidation de la paix de l’ONU — en d’autres termes, il s’agit d’établir une orientation à partir de données probantes.

La table ronde a permis de rassembler plus de 60 universitaires, chercheurs et experts des Amériques, de l’Europe et de l’Afrique subsaharienne. Afin de favoriser de franches discussions, les participants ont parlé en leur propre nom et de façon non officielle.

Ces spécialistes ont tenté de poser les jalons théoriques et pratiques de la consolidation de la paix et d’établir les grandes lignes d’un programme de recherche suivi auquel seront appelées à participer des personnes de pays en développement, surtout de pays touchés par un conflit. C’est par son expertise dans la coordination de la recherche pour le développement et par son réseau mondial de scientifiques et de spécialistes que le CRDI y a contribué.

 
Pour une paix durable
 
Une grande partie des délibérations ont porté sur la clarification de la terminologie. En premier lieu, les participants ont défini la consolidation de la paix comme le renforcement de la capacité d’une société de résoudre les conflits de façon non violente et durable – c’est-à-dire d’une manière qui n’aboutit pas à la violence.

Le débat a certes permis d’aborder un vaste éventail de questions complexes, mais il a sans cesse été ramené à une poignée de sujets qui se chevauchaient, tels que le rôle ambigu de l’État, la nécessité de consultations locales en matière de consolidation de la paix et l’importance de suivre des voies « souples » ou non militaires pour parvenir à la cohésion sociale.

L’État résilient

Masaru Goto / Banque Mondiale

Les conférenciers ont contesté le postulat selon lequel la consolidation de la paix devait passer par la consolidation de l’État. Dans bon nombre de pays, après tout, les citoyens vivent dans la peur de l’État — alors pourquoi le reconstruire ? La réponse : pour assurer la sécurité publique, nous n’avons pas trouvé d’autre moyen que le concept d’État-nation.

La viabilité de l’État dépend de sa « légitimité », qui lui est en partie conférée par la communauté internationale. Des États limitrophes, par exemple, peuvent reconnaître ou non les frontières. Une partie de l’autorité d’un État découle de sa possibilité d’utiliser la violence en dernier recours; toutefois, la violence seule ne peut suffire à conférer une véritable légitimité. Les concessions mutuelles que se font les citoyens et l’État dans le cadre de négociations continues — autrement dit le processus politique— s’avèrent essentielles.

Selon l’un des conférenciers, le processus doit comprendre la participation, l’inclusion et l’ouverture, sans quoi on ne pourra réaliser cette résilience si importante. Il a aussi affirmé que c’est en communiquant avec ses citoyens et en incluant tous les groupes que l’État peut composer avec le changement. En période de crise, le citoyen aura davantage tendance à faire confiance à l’État qu’à chercher d’autres sources d’appui.

 
L’appropriation locale
 
Comme l’État est là pour rester, cela signifie que le processus de consolidation de la paix doit être pris en charge et mis en oeuvre à l’échelle locale. Les intervenants du pays devraient coordonner la reconstruction, tandis que les intervenants de l’extérieur ne devraient jouer qu’un rôle de soutien. Comme l’a dit l’un des spécialistes, l’essence du problème réside dans une souveraineté amoindrie : ce serait très inquiétant si la communauté internationale trouvait facile de coordonner l’aide extérieure dans un pays, car cela voudrait dire que ce pays n’est guère souverain.

Plusieurs participants ont réclamé que le milieu international de la consolidation de la paix noue un dialogue plus approfondi avec les chercheurs et les praticiens des pays touchés par un conflit. Il faut que tous les intervenants locaux pertinents — et pas seulement ceux avec lesquels il est facile de traiter — participent et voient leurs capacités renforcées.

 
La recherche du pouvoir discret
 
Tout cela laisse entendre qu’on devrait revoir les marqueurs ou indicateurs de réussite des efforts de consolidation de la paix, de façon à privilégier les éléments « souples » de la cohésion sociale — ceux qui favorisent le travail d’équipe, le partage et un sens communautaire — plutôt que les instruments « fermes » que sont la coercition et la violence.

Un participant a soutenu que l’objectif premier de toute initiative visant la consolidation de la paix devrait, en fait, consister à réaliser ce type de cohésion. Selon lui, les éléments cruciaux de la consolidation de la paix sont la confiance en l’autre et en soi, la légitimité, la collaboration et la capacité de travailler ensemble. Bien que moins tangibles, ces éléments forment véritablement le liant qui permet à une société de travailler à l’unisson. Il importe donc de s’efforcer de bien comprendre de quoi est fait ce liant.

 
Prochaines étapes
 
La table ronde a permis de formuler des recommandations que le Bureau d’appui à la consolidation de la paix polira et incorporera dans le rapport du Secrétaire général au Conseil de sécurité en mai 2009.

Les participants à la table ronde ont convenu que l’on disposait déjà de beaucoup de connaissances précieuses au sujet de la consolidation de la paix. Outre de nouvelles études, on devrait mettre la priorité sur la façon d’améliorer l’accès à cette somme de connaissances et sur les moyens de relier plus solidement la recherche à la conception de politiques. Certains participants ont d’ailleurs proposé la création d’un nouveau « consortium mondial » sur la recherche en matière de consolidation de la paix. Ce réseau permettrait de renforcer la capacité de recherche et d’analyse dans les pays en guerre tout en reliant les chercheurs et les praticiens en vue de consolider et de mettre en application les enseignements tirés de travaux antérieurs.

 
Le Canada donne l’exemple
 
Depuis plus de 60 ans, les Canadiens tirent une grande fierté de la contribution de leur pays au maintien de la paix dans le monde. Le personnel militaire canadien a su favoriser la stabilité, fournir de l’aide et aider à rebâtir les infrastructures dans des endroits secoués par un conflit.

Fort de son expérience, le Canada est devenu l’un des premiers pays à faire la promotion du concept de consolidation de la paix. Ce rôle de premier plan tenu par le pays constitue de nouveau une grande source de fierté pour les Canadiens. Voici quelques exemples. 

En 1996, le Canada met en place sa propre initiative de consolidation de la paix, et, en 1998, instaure son Fonds de consolidation de la paix, administré par l’Agence canadienne de développement international (ACDI).

  • À l’intérieur des structures de l’ONU, le Canada appuie en 2005 la création de la Commission de consolidation de la paix (CCP), du Bureau d’appui à la consolidation de la paix (BACP) et du Fonds pour la consolidation de la paix de l’ONU.
  • La première Sous-Secrétaire générale à l’appui à la consolidation de la paix et chef du BACP était une Canadienne, Carolyn McAskie, ancienne vice-présidente de l’ACDI.
  • Jusqu’en novembre 2008, le Canada avait consenti 20 millions de dollars canadiens au Fonds pour la consolidation de la paix de l’ONU dans le but d’aider les gouvernements à mener à bien leurs initiatives de façon durable après un conflit.
  • En juin 2008, le Canada amorce un mandat de deux ans au sein du puissant Comité d’organisation de la CCP — une occasion unique pour le pays d’orienter les travaux de la CCP et de jouer un rôle important en ce qui a trait à la paix dans le monde.
  • En décembre 2008 — avec l’aide d’Affaires étrangères Canada et de l’ACDI —, le CRDI s’allie au BACP et à la Carnegie Corporation of New York pour l’organisation d’une table ronde internationale visant à formuler des recommandations en matière de politiques au Secrétaire général des Nations Unies et au Conseil de sécurité en vue de l’établissement d’une orientation mondiale cohérente en matière de consolidation de la paix pour les années à venir.