Ensemble pour apprendre à s'attaquer à de grandes questions de santé

Image
Stephen Dale
La création de nouvelles capacités et l’émergence d’idées novatrices comptent parmi les objectifs des projets Teasdale-Corti en santé mondiale, qui visent à étendre la sphère d’influence de la recherche dans des domaines fort diversifiés.

Lorsqu'un groupe de chercheurs en santé - dont les spécialisations sont aussi diverses que les régions qu'ils représentent - se rencontrent la toute première fois, de quoi est-il question ?

À LIRE ÉGALEMENT

Les répercussions de la santé animale sur la santé humaine 

Dans le cas des membres des 14 équipes de recherche soutenues par le Programme de partenariat Teasdale-Corti de recherche en santé mondiale qui se sont réunis à Ottawa, en novembre, la discussion a porté sur la façon de tirer parti de ce nouveau mode de collaboration et de surmonter les obstacles qui se dressent nécessairement lorsqu'on s'aventure en terrain inconnu.

Les participants avaient tous obtenu du financement au terme d'un concours lancé à la fin de 2005 par l'Initiative de recherche en santé mondiale (IRSM), un partenariat réunissant le CRDI, les Instituts de recherche en santé du Canada, Santé Canada et l'Agence canadienne de développement international.

L'IRSM désirait par là appuyer des travaux novateurs permettant de mettre à contribution le savoir-faire de chercheurs et de responsables des politiques, tant du Canada que de pays en développement, pour régler des problèmes de santé mondiale.

Un nouveau mode de collaboration

Ces collaborations plurinationales reposent sur l'idée que, comme l'a signalé Rohinton Medora, vice-président, Programmes, au CRDI, la santé fait fi des frontières - elle est véritablement un bien public mondial. Ce qui se passe ici touche des gens ailleurs, et vice versa, et c'est pourquoi les connaissances devraient circuler librement entre les pays.

On s'attend à ce que cette libre circulation des connaissances renforce les capacités de recherche dans le Sud. Bon nombre des projets portent sur la création de programmes de maîtrise dans les universités auxquelles sont affiliés les chercheurs - des programmes qui fourniront des nouvelles ressources pour de l'équipement et des salaires, et qui permettront de former des étudiants des cycles supérieurs afin qu'ils puissent participer aux recherches en cours et, espérons-le, contribuer à l'établissement des orientations de la recherche plus tard.

Le nom du programme témoigne de cet objectif de renforcement des capacités. Il rend hommage à la Dre Lucille Teasdale (une Canadienne) et au Dr Piero Corti (d'origine italienne), un couple qui, il y a plus d'un demi-siècle, a fondé un dispensaire dans le nord de l'Ouganda. Tous deux voulaient qu'à terme, leurs installations prennent racine dans le milieu; aujourd'hui, conformément à cette vision, l'hôpital Lacor est un important établissement dont le personnel et l'administration sont composés exclusivement d'Ougandais.

Dans le même ordre d'idées, le programme Teasdale-Corti (auquel a donné son aval la fille des docteurs Teasdale et Corti, la Dre Dominique Corti) aspire aujourd'hui à habiliter les chercheurs du Sud.

Transfert des connaissances bidirectionnel

Au cours de la rencontre, on a aussi donné des exemples de la façon dont les partenariats Teasdale-Corti produisent des idées prometteuses pour les Canadiens.

Par exemple, un projet Teasdale-Corti vise à appuyer le rôle que joue le personnel infirmier dans les soins prodigués aux personnes atteintes du VIH/sida dans cinq pays d'Afrique subsaharienne et des Caraïbes. Selon la coresponsable canadienne, Nancy Edwards, de l'Université d'Ottawa, le projet repose sur l'idée que, bien que le personnel infirmier soit le pilier des systèmes de santé, il ne joue pas un rôle de premier plan dans l'élaboration des politiques. Cela revêt une pertinence pour le Canada, où le personnel infirmier a un rôle décisif à jouer dans l'élaboration des politiques.

Le Dr Craig Stephen, de l'Université de Calgary, affirme pour sa part qu'un projet visant à améliorer la surveillance de la santé animale au Sri Lanka, en partie dans le but de prévenir les pandémies, sert d'inspiration au Canada, qui se propose justement de renforcer le rôle des vétérinaires en santé publique. En effet, le Sri Lanka est depuis fort longtemps efficace pour ce qui est de transmettre l'information aux collectivités, et les Canadiens tirent des leçons de cet exemple.

Des symétries imprévues de ce genre sont l'un des avantages que procure le fait de privilégier les partenariats mondiaux. « Le Canada est un petit pays, et nous ne pouvons intervenir à la même échelle que d'autres initiatives », a fait observer Christina Zarowsky, gestionnaire du programme Recherche pour l'équité en santé du CRDI. « Mais nous avons ce levier formidable que sont les partenariats. » En effet, ces derniers permettent d'accroître la portée et l'influence des travaux de recherche en mettant en rapport étroit les chercheurs, les collectivités et les responsables des politiques.

Obstacles à surmonter

Les équipes plurinationales doivent toutefois surmonter des obstacles. Aux difficultés qu'engendre la multiplicité des langues et des fuseaux horaires s'ajoutent des défis particuliers, comme par exemple la multiplicité des niveaux d'approbation. Une des équipes, dont les membres étaient dispersés de par le monde, a dû faire approuver son programme par 22 comités d'éthique distincts.

Collectivement, les équipes cherchent à éliminer ce type d'obstacles. Individuellement, elles se penchent sur un éventail étonnant de thèmes - des grandes questions en matière de politiques aux nouveaux dossiers en matière de gestion de la santé, qu'on a parfois tendance à délaisser.

Une collaboration entre l'Université d'Ottawa et l'University of the Western Cape, en Afrique du Sud, par exemple, adopte un point de vue global de la santé mondiale en utilisant diverses études de cas nationales pour approfondir les répercussions éventuelles d'une remise en valeur des soins de santé primaires complets.

Les grandes maladies occupent une place importante. C'est le cas du VIH/sida : un des projets examine les facteurs sociaux qui font courir des risques d'infection aux travailleurs migrants en Chine, tandis qu'un autre cherche à mobiliser les écoles et les collectivités pour promouvoir la prévention du VIH auprès des jeunes des régions rurales au Nigéria. D'autres projets portent sur des questions moins connues, telles que l'accroissement des taux d'obésité infantile au Mexique ou l'absence de moyens appropriés pour soulager la douleur des enfants thaïlandais qui reçoivent des traitements pour des blessures, un cancer ou d'autres maladies.

Le projet plurinational portant sur les traumatismes occasionnés par la violence, les conflits et les catastrophes naturelles vient souligner, selon le Dr Duncan Pedersen, de l'Université McGill, que les problèmes de santé mentale constitueront une part importante de la charge mondiale de morbidité au cours des années à venir.

Une boîte à outils bien garnie

Les chercheurs font appel à toute une panoplie d'outils. Les plans visant à améliorer la salubrité des aliments et les essais toxicologiques dans les Caraïbes, par exemple, reposent en partie sur un laboratoire mobile appelé Atlantis. Ce laboratoire était auparavant fixe, dans le Haut Arctique; il circulera désormais continuellement dans les îles, un peu à l'instar d'un cirque itinérant, pour reprendre l'image de Martin Forde, de l'Université St. George, à la Grenade.

Pourtant, le renforcement des capacités ne se résume pas à de la brique et du mortier ni à des toiles de tente. Ana Sanchez, de l'Université Brock, en Ontario, souligne l'importance de l'élément humain lorsqu'elle décrit les buts qu'elle partage avec ses partenaires honduriens; leur but ultime, dit-elle, est d'instaurer une culture de recherche.

Stephen Dale est rédacteur à Ottawa.