En Mongolie, la mort de millions de têtes de bétail incite à prendre des mesures afin d’exercer une meilleure gestion des ressources

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Rebekah Mintzer
Modifier les techniques de gestion des terres afin d’atténuer les répercussions des catastrophes climatiques

Dernièrement en Mongolie, une catastrophe climatique, appelée « dzud », a causé la mort de millions de têtes de bétail et compromis les moyens de subsistance des nombreux éleveurs nomades du pays. Des organismes de l’ONU, dont l’Organisation internationale du travail, et des ONG partenaires ont donc lancé un appel global afin de secourir les populations touchées. Des organismes voués au développement, comme le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), organisme canadien, ont fait un apport considérable en contribuant à modifier les techniques de gestion des terres en Mongolie afin d’atténuer les répercussions des dzuds.

Un dzud survient après une sécheresse estivale suivie d’un hiver très enneigé et de temps de gel. Cette vague de froid intense empêche la croissance des plantes et provoque par conséquent une pénurie de fourrage pour le bétail. Le dzud de 2009-2010 a touché 800 000 Mongols et fait périr 17 % du bétail, et l’on s’attend à d’autres pertes. Le gouvernement de la Mongolie a déclaré 15 des 21 provinces zones sinistrées.

La requête de l’appel global est de 18 150 794 CAD. Les fonds serviront à répondre aux besoins immédiats, à moyen et à long terme des éleveurs et de leurs familles. Il s’agit des besoins essentiels en matière de sécurité alimentaire, d’eau et d’assainissement, de même que de services de soutien en santé physiologique et psychologique. Ceux qui ont perdu leur maison pourraient également nécessiter une aide pour se réinstaller et trouver de nouveaux moyens de subsistance.

Il faut sans délai empêcher que davantage d’éleveurs perdent complètement leur gagne-pain. Dans un courriel envoyé à MediaGlobal, Rana Flowers, coordonnatrice résidente intérimaire de l’ONU en Mongolie, explique que les fonds serviront essentiellement à aider les éleveurs qui ont des troupeaux viables, mais qui auront besoin d’urgence de fourrage et de soins vétérinaires. L’aide accordée à ces éleveurs permettra d’éviter que d’autres groupes se trouvent dans le dénuement et nécessitent à leur tour une aide alimentaire accrue et d’autres formes d’appui, précise-t-elle.

L’appel global a également pour objectif de prévenir la migration vers les villes des familles d’éleveurs que le dzud a privées de leurs moyens de subsistance. Rana Flowers et l’ONU estiment qu’au moins 20 000 éleveurs migreront en quête d’emplois et de services essentiels, lesquels seront par ailleurs difficiles à obtenir. Selon Mme Flowers, le Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-HABITAT) observera les migrations, alors que les organismes de l’ONU pertinents veilleront à fournir des services d’appoint en matière de santé et d’éducation, à assurer l’accès à l’éducation préscolaire et primaire, à offrir des programmes d’emploi et de recyclage et à répondre aux besoins alimentaires et nutritionnels.

Si l’on ne peut empêcher les dzuds de se produire, on peut, par contre mieux préparer les populations à y faire face. Au cours des dix dernières années, le CRDI a mis en oeuvre un système de cogestion des ressources naturelles qui a contribué à rendre l’élevage et l’agriculture plus durables et plus aptes à résister aux dzuds. Ainsi, les éleveurs de la Mongolie ont créé des associations communautaires chargées de la gestion des ressources et ils ont collaboré avec l’administration locale afin de conclure des accords et d’élaborer des politiques sur l’utilisation des terres. La cogestion permet ainsi d’éviter le surpâturage et la surexploitation agricole.

 
Des éleveurs de Delüün, en Mongolie, ont offert, au nom de leur collectivité, un bébé chameau, nommé Happiness, et trois chevaux sauvages – Lightning, Québec et Harmony – à Ronnie Vernooy, du CRDI, en reconnaissance du travail qu’il a accompli auprès d’eux. Sur la photo, Ronnie Vernooy fait connaissance avec Québec et Harmony.

Hijaba Yhkanbai, du ministère de la Nature, de l’Environnement et du Tourisme de la Mongolie, dirige le projet. Dans un courriel envoyé à MediaGlobal, il explique que d’après les entrevues menées dans le cadre d’enquêtes récentes, beaucoup d’éleveurs sont désormais plus conscients de l’importance de la cogestion en ce qui concerne l’agriculture durable.

Ainsi, 63 % des répondants du district de Khotont (une région où le dzud a fait périr de 60 à 70 % de bêtes par troupeau) estiment que la cogestion est avantageuse, car elle permet notamment la transhumance et la rotation des pâturages. Ces pratiques réduisent la pression exercée sur les prairies. Toujours selon cette enquête, la cogestion a, dans une certaine mesure, empêché la perte de bétail dans les régions où le dzud a sévi.

Le projet du CRDI a incité les collectivités participantes à trouver des moyens de subsistance un peu moins vulnérables aux variations climatiques que l’est l’élevage. Il importe en effet que les éleveurs disposent d’autres sources de revenu afin d’améliorer leurs moyens de subsistance, de réduire la pauvreté et la dégradation des pâturages, et de résoudre de ce fait des problèmes environnementaux. C’est ce qu’explique Ronnie Vernooy, administrateur de programme principal au programme Pauvreté rurale et environnement du CRDI, qui dirige les travaux d’une équipe sur la gestion des ressources communautaires en Mongolie.

Ronnie Vernooy souligne également que les groupes communautaires avaient établi des fonds renouvelables afin d’aider les membres qui en ont besoin et de financer des activités rémunératrices pour les femmes. Ces dernières ont par ailleurs voix au chapitre au même titre que les hommes concernant la gestion des ressources et la prise de décisions en matière de cogestion, car elles subissent elles aussi les lourdes conséquences des dzuds.

Cet article a d’abord paru, en version originale anglaise, dans MediaGlobal, un organe de presse international indépendant établi au sein des Nations Unies qui s’emploie à sensibiliser les médias du monde entier à la justice sociale et aux enjeux du développement dans les pays les moins industrialisés.