En Haïti, la technologie est mise au service de l'efficacité du système de santé

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Rebekah Mintzer
« Mieux reconstruire », tel est le mot d’ordre en Haïti à l’heure où le pays peine à se remettre du tremblement de terre dévastateur de janvier dernier. En Haïti, ce mot d’ordre vise tout particulièrement le système de santé, qui était chancelant même avant la catastrophe. En matière de santé, l’une des grandes faiblesses du pays est l’absence de la cybersanté, c’est-à-dire de systèmes faisant appel aux technologies électroniques et de l’information et aux dossiers médicaux électroniques (DME). L’interopérabilité, ou la partageabilité, des DME facilite l’accès aux dossiers des malades et permet de suivre avec précision l’acheminement des médicaments et des fournitures médicales en provenance d’autres endroits.
 
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Le CRDI en Haïti
Par suite de la crise politique qui a abouti à l’intervention de la force de maintien de la paix de l’ONU en Haïti en 2004, le CRDI cherche à accroître son soutien aux chercheurs et aux établissements de la région afin de les aider à trouver des solutions durables aux problèmes de développement.

Partners in Health

Y a-t-il quelqu’un qui écoute les Haïtiens ?
Une équipe de recherche associée à l’Université du Michigan et à l’organisme Small Arms Survey, et financée par le Centre de recherches pour le développement international, organisme canadien, tente de faire entendre les préoccupations du peuple haïtien.

À l’heure actuelle, Partners in Health (PIH), avec l’appui du Centre de recherches pour le développement international (CRDI), organisme canadien, et du programme I-TECH de l’Université de Washington, collabore avec le ministère de la Santé d’Haïti pour accroître l’interopérabilité des DME en Haïti. La recherche menée dans le cadre du projet ainsi que les enseignements qu’on en tirera permettront de « mieux reconstruire » le système de santé et d’améliorer la santé de la population non seulement en Haïti, mais aussi dans l’ensemble des pays en développement.

Chaitali Sinha, administratrice de programme au CRDI, a expliqué à MediaGlobal qu’en Haïti, avant le tremblement de terre, la plupart des DME étaient axés sur certaines maladies bien précises et n’existaient que dans quelques hôpitaux et cliniques.

Selon Mme Sinha, une telle situation pose des difficultés considérables lorsqu’il s’agit d’assurer la continuité des services, la non-interopérabilité empêchant tout échange de données relatives aux malades entre différents établissements du système de santé. Elle cite à titre d’exemple le cas d’une patiente séropositive traitée à un endroit et qui, si elle devait déménager, ne pourrait pas de poursuivre son traitement antirétroviral.

Ce manque d’interopérabilité s’est avéré un énorme problème après le tremblement de terre, car les Haïtiens ont non seulement été déplacés, mais ils ont également eu besoin de soins médicaux.

Au fur et à mesure que s’est détériorée l’infrastructure des services de santé, la faiblesse de la chaîne d’approvisionnement s’est accentuée. La distribution de fournitures médicales et de médicaments essentiels au traitement des victimes est devenue à toutes fins utiles impossible. L’absence de dossiers électroniques sur les fournitures arrivant en Haïti n’a fait qu’exacerber le cauchemar logistique que provoque inévitablement toute catastrophe naturelle. Des fournitures essentielles ont été abandonnées sur le tarmac et dans des entrepôts parce qu’il était impossible d’assurer le suivi de tout ce qui arrivait de l’étranger.

Améliorer les DME pourrait aider à résoudre ce problème. Comme l’a écrit le Dr Hamish Fraser, chargé du projet chez PIH, dans un courriel adressé à MediaGlobal, la plupart, voire la totalité, des organismes de secours ont eu tôt fait de constater à quel point il était crucial de pouvoir retracer les stocks de fournitures, prévoir les besoins, transmettre les commandes et faire le suivi des livraisons. Selon lui, de nombreux groupes ont estimé que les récentes percées en téléphonie mobile et en santé mobile (les systèmes d’information sur la santé accessibles au moyen d’appareils téléphoniques mobiles) pourraient apporter des solutions à ces problèmes. À ce propos, il rappelle que PIH travaille actuellement à la mise au point d’une nouvelle version de son système de traitement des données pharmaceutiques qui fonctionnera mieux hors ligne, en raison de la piètre qualité des connexions Internet, ainsi qu’à la conception d’outils qui permettront d’assurer le suivi du processus d’expédition.

La mise à niveau des DME en Haïti comporte un autre avantage : elle permet de regrouper les dossiers pour cartographier les problèmes de santé récurrents. Le Dr Fraser est d’avis que le fait de pouvoir suivre les flambées de maladies et acheminer le personnel et les fournitures aux endroits où l’on en a besoin devrait améliorer la capacité de réaction du système de santé. Si l’on dépiste davantage de cas de diabète ou d’hépatite, indique-t-il à titre d’exemple, il sera alors possible de déployer davantage de ressources adaptées à ces maladies et d’ainsi améliorer la situation des malades.

Les organismes qui participent au projet de cybersanté en Haïti profiteront de l’occasion non seulement pour faire fond sur l’interconnectivité dans le système de santé du pays, mais aussi pour faire part à d’autres pays de leurs observations et de leurs constatations de recherche sur les pratiques exemplaires. Comme l’a indiqué Mme Sinha, la volonté du CRDI d’appuyer des travaux de recherche axés sur des besoins réels et qui donneront lieu à des utilisations concrètes est un élément fondamental de cette « meilleure reconstruction ». Selon elle, c’est la raison pour laquelle ce mot d’ordre, « mieux reconstruire », a pris la forme d’un projet de recherche-action et d’évaluation visant à contribuer à la reconstruction du système de santé en Haïti et peut-être aussi dans d’autres pays qui pourraient avoir à se remettre de catastrophes semblables.

 
Cet article a d’abord paru, en version originale anglaise, dans MediaGlobal, un organe de presse international indépendant établi au sein des Nations Unies qui s’emploie à sensibiliser les médias du monde entier à la justice sociale et aux enjeux du développement dans les pays les moins développés.