En direct des enfants

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Sarah McCans pose avec trois enfants ougandais
Sarah McCans

Sarah McCans a grandi à Montréal. Elle a obtenu un baccalauréat en géographie humaine de l’Université Queen’s, à Kingston, en Ontario, et une maîtrise en aménagement paysager de l’Université de Guelph. Dans le cadre de son premier emploi, elle a été chargée de projets de dessin assisté par ordinateur, notamment de concevoir des aires de stationnement pour des magasins à grande surface. « En y réfléchissant bien, je me suis dit que je ne faisais vraiment rien qui puisse faire de notre monde un monde meilleur », dit-elle.

 En 2006, Sarah McCans a bénéficié de l’aide financière accordée à l’Institut canadien des urbanistes (ICU) par le Programme de stages internationaux pour les jeunes de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) pour l’exécution d’un projet d’agriculture urbaine à Kampala, en Ouganda. Elle a ensuite fait une demande pour effectuer un stage de recherche auprès du programme Pauvreté urbaine et environnement du CRDI, et elle s’est ainsi rendue de nouveau à Kampala en septembre 2007.

Elle décrit le projet novateur qu’elle a mené auprès d’enfants de trois paroisses de la capitale ougandaise, qui lui ont communiqué, par le dessin, ce qu’ils savaient des problèmes environnementaux.

Je m’intéressais depuis longtemps au monde de l’enfance, surtout au jeu et au développement de la petite enfance en général, mais au cours du stage parrainé par l’ACDI et l’ICU à Kampala, je me suis tournée davantage vers les problèmes reliés à la pauvreté urbaine et à la salubrité de l’environnement auxquels font face les enfants. À force de travailler auprès de la collectivité, d’observer la vie au quotidien et d’en apprendre plus au sujet des problèmes locaux, je me suis rendu compte à quel point la qualité de l’environnement urbain élémentaire, en particulier celle de l’eau, de l’assainissement, de la gestion des déchets et du logement, a une incidence sur le bien-être et le développement des enfants.

CRDI / McCans
 

Les problèmes environnementaux qui touchent les établissements spontanés dans les pays du Sud ont des effets disproportionnés sur les enfants et les jeunes. Toutefois, on accorde rarement la parole à ces derniers au cours des processus de planification et de gestion urbaines qui influent sur leur vie. Il en résulte que l’on tient rarement compte de leurs besoins ou que l’on s’en fait une fausse idée. On risque ainsi de ne pas être en mesure de concevoir et de mettre en oeuvre des interventions adéquates.

Mon travail sur le terrain visait à démontrer qu’il est utile de faire participer les enfants à la recherche. Il ne s’agissait pas seulement d’en apprendre plus sur leur expérience, mais également de montrer ce dont ils sont capables lorsqu’on leur donne la chance de s’exprimer et à quel point ils comprennent les problèmes auxquels se heurtent leurs collectivités.

À Kampala, j’ai travaillé auprès de trois groupes d’enfants, âgés de 9 à 12 ans, répartis dans trois paroisses où se déroule le projet mené dans le cadre de l’initiative Villes ciblées du CRDI. Je souhaitais les voir échanger sur la façon dont ils vivent les problèmes environnementaux dans leurs collectivités respectives. Les enfants parlent franchement. Ils n’ont pas de motivations d’ordre politique et n’exercent aucune autocensure.

Les conditions socioéconomiques sont fort diverses dans les trois paroisses, et les problèmes environnementaux s’y posent avec plus ou moins d’acuité. La ville de Kampala est construite sur des collines. Ses habitants les plus pauvres occupent surtout le fond des vallées, au sol souvent marécageux, tandis que les habitants plus aisés vivent au sommet des collines, où la qualité du logement et les conditions environnementales sont nettement meilleures.

À Kampala et dans les environs, au sud de l’Ouganda, il y a habituellement deux saisons des pluies. En 2007, toutefois, il a plu sans cesse. Dans les terres basses, où vit la population à faible revenu, le sol était saturé, et des inondations importantes se sont produites à maintes reprises.

La paroisse de Bwaise, située au creux d’une vallée, est toujours la plus durement touchée. Enfants et adultes y circulent dans l’eau contaminée par les eaux d’égout non traitées. Ils souffrent de lésions cutanées, et il y a des épidémies de choléra. Les enfants sont particulièrement vulnérables, car leur système immunitaire n’est pas encore entièrement développé.

CRDI / McCans
 

Les inondations touchent moins la paroisse de Makerere II, mais comme elle est voisine de celle de Bwaise, la population est au courant des problèmes. Par ailleurs, la troisième paroisse, celle de Kasubi, n’est jamais inondée.

Chaque groupe avec lequel j’ai travaillé était composé de cinq filles et de cinq garçons. Ils ont tous fait deux séries de dessins, l’une illustrant les problèmes environnementaux près de leur foyer et l’autre, les problèmes touchant leur collectivité. Les enfants ont ainsi réalisé une soixantaine de dessins.

Les dessins sont très convaincants. Ils regorgent d’information, et chacun a son histoire. Après chacune des séances de dessin, nous nous asseyions en cercle par terre, et chaque enfant présentait ses dessins en en racontant l’histoire. Il s’agissait d’une activité très importante pour préserver le sens du message car, par-delà les différences d’ordre culturel, un adulte peut voir dans les dessins tout autre chose que ce que les enfants veulent y exprimer.

Sauf dans la paroisse de Kasubi, la moins touchée par de graves problèmes environnementaux, les thèmes évoqués étaient très semblables : manque d’assainissement, eau de mauvaise qualité, troubles de santé, inondations, perte de ses biens personnels et de son foyer par suite d’une inondation. Dans la paroisse de Kasubi, les enfants étaient davantage préoccupés par les piètres conditions d’hygiène au marché local et par la vente de produits près des latrines et des toilettes à ciel ouvert. Fait intéressant, les adultes n’avaient jamais soulevé cette question lors des réunions communautaires.

Dans les deux autres paroisses, beaucoup de dessins illustraient une maison, ou les abords d’une maison, à la suite d’une inondation. Y figuraient souvent les mêmes éléments : les eaux d’égout remontant dans les toilettes, un cadavre, un enfant qui se noie.

Il est ressorti de tous les dessins que les enfants comprenaient très bien les liens existant entre l’activité humaine et les problèmes en matière d’environnement et de santé constatés dans la collectivité. Lors des inondations pendant la saison des pluies, les latrines sont bloquées et les eaux d’égout s’écoulent dans les eaux de crue, qui entrent ensuite dans les maisons et contaminent l’eau potable. Les enfants ont dessiné ces phénomènes dans leur enchaînement, pour conclure clairement : « Nous tombons malades. »

Les adultes ont été surpris, car ils ne pensaient pas que les enfants étaient conscients de ces liens. Pourtant, ils comprennent, du simple fait de subir ces problèmes au quotidien et grâce à l’éducation en matière d’hygiène et de santé qu’ils reçoivent en bas âge à l’école.

Les enfants tirent sur ​​un véranda
CRDI / McCans
 

Les planificateurs, qui sont des adultes, émettent souvent des hypothèses au sujet des besoins et des souhaits des enfants. L’expérience que j’ai vécue à Kampala a mis en évidence l’importance de consulter les enfants directement. Il devrait aller de soi qu’ils prennent part au développement participatif, mais on les met souvent de côté, tout comme on laissait les femmes à l’écart il y a 25 ou 30 ans.

À voir ègalement

VIDÉO: En direct des enfants — Diaporama audio - Diaporama sur le travail de Sarah McCans en Ouganda (avec commentaire en anglais)

Le projet de Sarah McCans à Kampala s’inscrivait dans l’initiative Villes ciblées du CRDI. Dans le cadre du programme Pauvreté urbaine et environnement, le CRDI appuie la collaboration entre les autorités locales, les établissements de recherche et les organismes communautaires aux fins de l’exécution de projets novateurs favorisant l’établissement de liens entre l’atténuation de la pauvreté, la gestion de l’environnement et l’utilisation des ressources naturelles, en vue d’améliorer la sécurité en matière d’alimentation, d’approvisionnement en eau et de revenu dans huit villes du monde.