En Asie du Sud-Est, la recherche en écosanté contribue à la prévention du cancer du foie

July 02, 2014

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Campagne santé publique

Des bénévoles enseignent à des villageoises de la province de Khon Kaen, en Thaïlande, le cycle de transmission de la douve du foie.

C’est en Thaïlande que l’on observe la plus forte incidence de cholangiocarcinome, forme mortelle de cancer du foie notamment attribuable à une infection parasitaire par l’opisthorchiase (Opisthorchis viverrini). À certains endroits du nord-est de la Thaïlande, près de 85 % des habitants sont infectés par l'opisthorchiase. Pour s’attaquer à ce grave problème de santé publique, des chercheurs soutenus par le CRDI ont mis au point une stratégie d’intervention qui a contribué à réduire de moitié l’incidence du cancer du foie dans la région. 

Des préférences alimentaires favorisent la propagation d’un parasite mortel

Courante en Asie du Sud-Est, l’opisthorchiase est endémique dans la région du lac Lawa, dans la province de Khon Kaen, dans le nord-est de la Thaïlande. Elle est transmise aux humains et aux animaux par ingestion de poisson cru ou insuffisamment cuit. Les oeufs du parasite sont ensuite relâchés dans la nature lorsque des excréments contaminés atteignent les sources d’eau locales.

Les efforts déployés par le passé pour lutter contre le parasite avaient connu un certain succès ailleurs dans le pays, mais n’avaient pas entraîné une diminution des taux d’infection dans la région du lac Lawa, où le poisson cru est très prisé. S’appuyant sur une démarche écosanté, l’équipe de recherche a voulu comprendre comment les systèmes sociaux et écologiques contribuent à la propagation du parasite.

Au cours de la première phase du projet, l’équipe s’est intéressée à 11 villages de la région du lac Lawa dont les populations réunies comptent 5 600 habitants. Les chercheurs ont découvert que 40 % des villageois consomment du poisson cru ou insuffisamment cuit au moins une fois par mois, ce qui les expose à un risque élevé de contracter l’opisthorchiase.

L’éducation comme moyen d’améliorer la santé des collectivités

La phase d’intervention du projet s’est déroulée dans quatre villages. De concert avec des médecins praticiens, des travailleurs de la santé communautaire, des chefs de village, des enseignants et des fonctionnaires, l’équipe de recherche a mené deux interventions ciblées.

Pour freiner la transmission de l’opisthorchiase, le ministère de la Santé publique de la Thaïlande a mené une campagne visant à traiter les personnes et les animaux infectés. Parallèlement à ces efforts, l’hôpital communautaire du village de Lawa a offert à des travailleurs de la santé bénévoles une formation sur l’opisthorchiase, sur la façon dont cette dernière cause le cancer du foie et sur ce qui peut être fait pour prévenir l’infection. Les bénévoles ont mené une campagne de santé publique intensive et ont recouru à de la musique folklorique locale et à des rassemblements communautaires pour sensibiliser la population à l’importance des bonnes pratiques d’assainissement et aux risques associés à la consommation de poisson cru.

Cette démarche a permis de réduire de 50 % le taux d’infection parasitaire chez les villageois du lac Lawa.

Création de solutions à long terme

La démarche pluridimensionnelle privilégiée par l’équipe de recherche a aussi permis de réduire le nombre d’oeufs de l’opisthorchiase dans le lac Lawa, ce qui a entraîné une diminution du nombre de poissons porteurs du parasite. Puisqu’en général, les poissons ne vivent que deux ou trois ans, l’incidence de l’infection parasitaire à la douve du foie dans les villages participants a chuté rapidement. Cette diminution a, à son tour, entraîné une baisse de l’incidence de l’infection parasitaire chez les poissons du lac Lawa, qui est passée de 70 % à moins de 1 %. Appelée modèle Lawa, cette démarche de lutte contre l’opisthorchiase s’est attiré une reconnaissance aux échelles nationale et internationale et est aujourd’hui mise en application dans d’autres régions de la Thaïlande et dans des pays voisins de la région du Mékong.

Les travaux de recherche menés dans le cadre de ce projet sont financés par le truchement de l’Initiative de recherche en écosanté sur les maladies infectieuses émergentes (initiative éco-MIE), mise en oeuvre en Asie du Sud-Est. L’initiative éco-MIE est elle-même financée par Affaires mondiales Canada par l’entremise de l’Initiative de recherche en santé mondiale, de l’Australian Government Department of Foreign Affairs and Trade et du CRDI.

Regarder la vidéo sur la mise en oeuvre du modèle Lawa (en anglais)

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