En Afrique, l'avenir est mobile

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Division des communications, CRDI
La recherche bien appliquée
Dans les pays industrialisés, les assistants numériques personnels (ANP) servent souvent à la gestion d’agenda, mais des chercheurs financés par le CRDI démontrent que les ANP sans fil peuvent contribuer à améliorer la prestation des soins en Afrique.

« Commençons à considérer les ANP comme des ordinateurs. Ils sont dotés d’une capacité informatique supérieure à celle dont disposait le premier vaisseau spatial à se poser sur la lune. »
— Holly Ladd, directrice générale, SATELLIFE

Le défi sur le plan du développement : améliorer l’accès aux renseignements médicaux


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En Ouganda, comme ailleurs en Afrique, les médecins et les travailleurs de la santé n’ont pas toujours accès à l’information la plus récente dont ils ont besoin pour traiter les patients efficacement. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne les professionnels qui travaillent dans des régions reculées sans électricité ni service de téléphonie fixe. Il peut être extrêmement difficile pour eux de connaître les toutes dernières directives pour le traitement de maladies comme le VIH/sida ou la liste des médicaments essentiels approuvés dans le pays. La saisie des données des enquêtes épidémiologiques, qui sont sur support papier, dans un terminal de Kampala, la capitale, peut prendre des mois. Cela influe sur le temps de réaction du système de santé quand une épidémie se déclenche. SATELLIFE, une organisation non gouvernementale, a pensé que les ANP avaient la capacité de faire profiter les régions sans électricité des bienfaits de l’informatique, surtout s’il s’agit d’ANP sans fil.

L’idée : la puissance du sans fil

Les réseaux de téléphonie mobile de type GSM (Global System for Mobile Communications) sont bien implantés en Ouganda. En fait, la télédensité nationale a grimpé de 350 % depuis la mise en place du premier réseau au début de 1995, si bien que de nombreux villages en région rurale dépourvus d’électricité disposent toutefois d’une capacité cellulaire. SATELLIFE et l’Uganda Chartered HealthNet (UCH) ont décidé d’en tirer profit en entreprenant de mettre à l’essai un système de communication électronique bilatérale peu coûteux et durable, reposant sur le réseau de téléphonie GSM.

La recherche : mise à l’essai d’un nouveau réseau

On a décidé d’avoir recours à des ANP pour envoyer et transmettre de l’information et des données. Ce transfert se fait au moyen d’un « jack », un dispositif à pile créé par la société californienne WideRay, Inc. et doté d’un émetteur-récepteur cellulaire GSM et d’une mémoire cache; chaque jack peut accepter jusqu’à mille appareils de poche. Le jack communique avec un serveur situé au bureau d’UCH à Kampala en faisant un appel en téléphonie cellulaire, et avec les appareils de poche par rayon infrarouge. Lorsque l’ANP envoie un rayon infrarouge au jack, l’information est téléchargée en amont et en aval. On a installé vingt jacks à des emplacements stratégiques dans les deux districts pilotes, ceux de Mbale et de Rakai. Les travailleurs de la santé y ont recours pour recevoir de l’information (en pharmacovigilance ou des lignes directrices, par exemple) ou en transmettre (comme les résultats d’enquête ou les données de consultation avec des collègues par courriel).

On a par ailleurs chargé dans les ANP des données qui ne se trouvent habituellement que dans des bibliothèques médicales de référence, afin que les médecins en région éloignée puissent s’en servir pour établir des diagnostics, déterminer le traitement approprié et prescrire des médicaments. SATELLIFE et l’UCH ont assuré la distribution de 200 ANP Palm m130 munis de tous les accessoires et de l’équipement nécessaires. Le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) a consenti 962 731 $ à la phase pilote, qui s’est déroulée de 2003 à 2004. La deuxième phase, qui verra la distribution de 150 autres ANP, est en cours; elle bénéficie également d’un financement de la part du CRDI.

Sur le terrain : à tâtons vers une meilleure façon de faire

Les jacks étaient installés dans les établissements de santé mêmes. On a vite constaté des problèmes avec le modèle original, à savoir des appels interrompus et un temps de connexion anormalement long. On a donc mis au point le WideRay SP320; ce modèle amélioré ne présentait plus aucun des problèmes associés au modèle précédent.

Par ailleurs, dans de nombreux établissements de santé, le manque d’électricité pour recharger les piles des ANP posait un sérieux problème; il fut réglé par l’installation de chargeurs fonctionnant à l’énergie solaire.

On a formé 206 travailleurs de la santé à l’utilisation des ANP dans le district de Rakai, 140 dans le district de Mbale, et 40 à l’organisme Marie Stope Uganda (MSU) et au Joint Clinical Research Centre.

« Nous avons pu agir sans tarder [lorsque nous avons été mis au courant d’une flambée de thyphoïde grâce à nos ANP] – nous avons renseigné les gens sur la maladie, leur avons demandé de faire bouillir leur eau. »
Gulabla Katumba, médecin-chef, hôpital de Kalisizo, district de Rakai
 
Le résultat : un nouveau réseau sans fil pour les travailleurs de la santé de l’Ouganda

La technologie mise en place s’est avérée robuste et facile à adopter pour l’UCH et les usagers, a permis de réaliser des économies considérables et a amélioré de façon appréciable la qualité et l’accessibilité des données. Les responsables des districts visés et les usagers d’ANP ont constaté que des données plus exactes leur parviennent plus rapidement, et les usagers demandent qu’on amplifie encore le contenu et les services (courriel et alimentation en électricité). Selon une équipe d’experts de l’Université Makerere, le réseau est plus économique que le système classique de collecte de données par la prise de notes sur papier, et ce, d’environ 25 %. Le ministère de la Santé de l’Ouganda est maintenant intéressé à déployer des ANP dans l’ensemble du secteur de la santé.

Prochain défi : faire des ANP un outil courant et élargir le réseau

Si l’Afrique s’est révélée un marché rentable pour les téléphones mobiles, on n’a pas encore testé les eaux en ce qui concerne les ANP. De nombreux travailleurs de la santé sont maintenant convaincus de leur utilité, mais il est difficile de se procurer cette technologie à un prix raisonnable en Afrique. L’établissement d’un point de vente au détail en Ouganda permettrait de tester le marché. Les chercheurs sont à discuter de cette possibilité avec les fabricants. Ils ont également entrepris de concevoir un dispositif appelé à remplacer les jacks, dans l’espoir de réduire les coûts d’équipement et d’ainsi permettre l’élargissement du réseau à un coût moindre.

 
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