Emploi des jeunes Africains : Des faits révélateurs

April 27, 2016

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Le CRDI et la Fondation MasterCard collaborent à un projet de recherche visant à déterminer les interventions les plus prometteuses pour améliorer les moyens de subsistance des jeunes en Afrique subsaharienne.

Le CRDI et la Fondation MasterCard collaborent à un projet de recherche visant à déterminer les interventions les plus prometteuses pour améliorer les moyens de subsistance des jeunes en Afrique subsaharienne.

La création d’emplois de meilleure qualité et plus nombreux s’avère un besoin urgent en Afrique, voire dans le monde entier. C’est particulièrement le cas chez les jeunes, une population qui présente un taux de chômage considérablement élevé, souvent de deux à trois fois plus élevé que chez les adultes.

En Afrique, 70 % de la population a moins de 30 ans, ce qui en fait une région jeune. Contrairement au reste du monde, où la population des jeunes est en déclin, en Afrique, le nombre de jeunes continuera d’augmenter d’environ six millions par année au cours de la prochaine décennie, selon les estimations de l’ONU. On estime entre 10 et 12 millions le nombre de jeunes qui entrent sur le marché du travail chaque année.

Peu d’emplois présentant des perspectives raisonnables sont créés, malgré l’impressionnant bilan de croissance économique du continent dans les deux dernières décennies. Le manque de compétences utiles à l’emploi demeure un obstacle important à l’entrée des jeunes sur le marché du travail, et ce, malgré l’augmentation du niveau d’instruction. Beaucoup de jeunes sont forcés de migrer en raison des possibilités économiques limitées et se retrouvent souvent en position vulnérable.

Il faut de meilleurs emplois pour les jeunes en Afrique

Le faible taux de chômage chez les jeunes Africains est loin de rendre pleinement compte de la réalité. Le taux moyen de chômage de ces régions se situe à environ 12 %, ce qui est relativement bas. Ce taux est dans la moyenne mondiale et bien en deçà des niveaux européens (à l’exception du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord et de l’Afrique du Sud, qui affichent des taux de chômage élevés chez les jeunes). Cependant, 70 % des jeunes Africains, estime-t-on, sont sous-employés. Beaucoup trop pauvres pour attendre qu’on leur offre un emploi décent, ils se tournent vers le soi-disant secteur non structuré, acceptant des emplois à faible productivité, dont ils tirent un maigre revenu et qui les privent de toute forme de protection sociale. En Tanzanie, par exemple, neuf personnes sur dix sont des travailleurs autonomes.

Établis en 2015, les objectifs de développement durable reconnaissent que la création de bons emplois est une priorité importante en matière de développement. La majorité des gouvernements du monde entier savent qu’il s’agit d’un besoin urgent. Toutefois, on manque cruellement de données solides démontrant l’existence de moyens efficaces pour régler ce problème.

Le CRDI et la Fondation MasterCard ont amorcé un projet de recherche visant à déterminer les interventions les plus prometteuses pour améliorer les moyens de subsistance des jeunes.

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Des preuves pour orienter la création d’emplois

Les causes générales du problème de l’emploi chez les jeunes Africains sont bien connues : bons emplois en quantité insuffisante par rapport au nombre croissant de jeunes qui entrent sur le marché du travail, pénurie de compétences et sous-emploi persistant. Cependant, comme le souligne un document d’orientation financé par le CRDI et la Fondation MasterCard, on dispose de trop peu d’information pour élaborer des politiques ou concevoir des interventions en toute confiance.

D’abord, dans la plupart des pays d’Afrique, les données de base sur le marché du travail, s’il en est, sont désuètes ou ne sont pas fiables. Les chiffres sur le chômage ne reflètent pas bien le principal problème que vit l’Afrique en matière d’emploi et la nature du sous-emploi et du secteur informel est difficile à cerner. On n’obtient donc pas un portrait clair du potentiel de création d’emplois : les secteurs prometteurs, la nature et la taille des meilleures entreprises, ainsi que les compétences que l’on doit développer. Pourtant, pour trouver des solutions durables, il est primordial de connaître ces facteurs.

Ensuite, les gouvernements et les organismes internationaux ont élaboré diverses initiatives en matière d’emploi. C’est le cas, par exemple au Rwanda ou en Côte d’Ivoire, après le conflit qu’a connu ce dernier pays. Cependant, il est difficile d’obtenir des données sur ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, ce qui peut être appliqué à grande échelle et ce qui n’est pas facilement accessible. Nous pouvons difficilement savoir si l’acquisition de nouvelles compétences donne de meilleurs résultats sur le marché du travail, en quoi le soutien aux petites entreprises peut contribuer à créer plus d’emplois et comment nous pouvons outiller les jeunes le mieux possible pour qu’ils soient aptes à occuper des emplois plus productifs, y compris au sein des chaînes de valeur agricoles. Les interventions profitent-elles autant aux jeunes femmes qu’aux jeunes hommes ? Comment peut-on supprimer les obstacles fondés sur le sexe ? Les jeunes et les problèmes qu’ils vivent en particulier ne sont pas bien représentés ni documentés. Il est également nécessaire de mieux coordonner les différentes initiatives des gouvernements et de la société civile.

Enfin, on doit avoir accès à de meilleures données sur le rôle que doit jouer le secteur privé auprès des jeunes et sur les types de partenariats public-privé qu’on doit établir pour rendre ces derniers aptes à occuper des emplois au XXIe siècle. Bien qu’il soit probable que le travail autonome demeure un moyen de subsistance important chez les jeunes, il ne suffit pas à lui seul à régler les problèmes de l’emploi chez cette population. On doit accroître les possibilités d’emploi à des salaires plus élevés. De plus en plus d’entreprises privées mettent en place des initiatives visant à permettre aux jeunes d’acquérir l’expérience dont ils ont besoin dans le cadre de programmes de stages, de mentorat et d’apprentissage. Nous devons nous renseigner sur ces programmes afin d’en connaître les répercussions et de déterminer s’il est possible de les reproduire ou de les appliquer à grande échelle. Les systèmes d’éducation doivent être mieux adaptés aux exigences du marché du travail pour que les jeunes, comme cela a été souligné dans les consultations auprès des intervenants tenues en Tanzanie, au Rwanda et en Zambie​, acquièrent les compétences exigées par les employeurs.

Afin de régler le problème de l’emploi chez les jeunes Africains, on doit s’appuyer sur de solides données empiriques pouvant contribuer à déterminer et à formuler les solutions que les pays peuvent mettre en place. L’obtention de données locales fiables est essentielle, car elle permettra de concevoir des interventions adéquates susceptibles d’améliorer les moyens de subsistance des jeunes, d’accroître l’efficacité des programmes de formation et d’apprentissage, d’offrir de nouvelles possibilités sur le marché du travail, d’aider les jeunes à tirer parti de celles qui existent déjà et d’appliquer à grande échelle les programmes qui fonctionnent.

Télécharger le document d’orientation intitulé « Youth employment in sub Saharan Africa Taking stock of the evidence and knowledge gaps » (L’emploi des jeunes en Afrique subsaharienne : bilan des lacunes dans les données et les connaissances – PDF 0,8 MB en anglais)

Lire d’autres articles sur les possibilités d’emploi pour les jeunes en Côte d’Ivoire, en Tanzanie, en Zambie​ et au Rwanda.

En apprendre davantage sur les consultations auprès des intervenants tenues en Tanzanieau Rwanda et en Zambie​.