Ebola et autres crises : le Canada soutient les solutionneurs africains

October 10, 2014

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AIMS

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Jean Lebel
COMMENTAIRE

Dans la lutte contre le virus Ebola, les mathématiques sont l’arme de Martial Ndeffo. Cet épidémiologiste camerounais aide le ministère de la Santé du Liberia, engagé dans une course contre la montre pour mettre un frein à la propagation du virus, à prendre des décisions qui auront des incidences sur nous tous.

Dans leur quête de réponses à des questions cruciales, les autorités de ce pays d’Afrique de l’Ouest, le plus durement frappé par l’épidémie, se penchent sur les modèles mathématiques qu’il a conçus. Les questions suivantes, entre autres, se posent : de combien de lits d’hôpital aura-t-on besoin au cours des semaines à venir, et où ? Et quelle est la couverture vaccinale requise pour parvenir à endiguer l’épidémie ?

M. Ndeffo est diplômé de l’Institut Africain des Sciences Mathématiques (AIMS), qui fut créé par Neil Turok, directeur du Perimeter Institute. Il y a quelques années, il a suivi un cours rigoureux de dix mois au tout premier centre AIMS, sis en Afrique du Sud (puis a obtenu un doctorat de l’Université de Cambridge). Aujourd’hui, de concert avec des collègues de la Yale School of Public Health, il s’attaque à des problèmes mathématiques des plus pressants pour la population de la planète.

Au Centre for Global Public Health de l’Université du Manitoba, une autre diplômée d’AIMS, l’Éthiopienne Dessalegn Melesse, applique la modélisation mathématique au VIH/sida, à la tuberculose pharmacorésistante et à d’autres maladies infectieuses.

Compétences en mathématiques poussées

Leurs travaux illustrent la grande importance que les mathématiques revêtent maintenant dans le monde. La planification et les communications de haut niveau, si indispensables à des sociétés en santé et à des économies vigoureuses, reposent sur des compétences en mathématiques poussées. Le parcours de M. Ndeffo et de Mme Melesse rappelle aussi qu’il coûterait très cher de ne pas profiter de l’apport de personnes capables de solutions, où qu’elles se trouvent dans le monde.

Le Canada a été le premier grand bailleur de fonds de la Next Einstein Initiative, qui vise la création d’un réseau de 15 centres AIMS en Afrique d’ici 2021. Fort heureusement, tirer parti du potentiel humain en mathématiques appliquées de l’Afrique, largement inexploité, est désormais considéré comme un investissement avisé.

La somme de 20 millions de dollars consentie au départ par le Canada a attiré d’autres investissements, soit 70 millions de plus, dont 29 millions versés par la Grande-Bretagne et plusieurs millions provenant de gouvernements de pays d’Afrique, du secteur privé et de fondations. Un organisme canadien, le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), administre l’apport du Canada et celui de la Grande-Bretagne.

Lorsque j’ai accédé à la présidence du CRDI l’an dernier, j’avais déjà entendu de bien belles choses au sujet d’AIMS. Mais c’est lorsque j’ai accompagné le gouverneur général David Johnston à l’occasion d’une visite officielle en Afrique que j’ai pu constater de visu l’énorme potentiel d’AIMS, et ce, aussi bien pour les brillants jeunes Africains, à qui il offre une chance qui transforme leur vie, que pour le reste du monde.

En compagnie d’un autre membre de la délégation, le député de Kitchener-Waterloo Peter Braid, je me suis rendu à l’improviste au centre AIMS du Cap. Grand défenseur de la Next Einstein Initiative, M. Braid est celui qui a porté l’initiative à l’attention du premier ministre Stephen Harper.

Nous y avons trouvé un groupe d’étudiants encore au travail malgré l’heure tardive et avons eu une conversation fascinante avec une jeune Malgache qui se sert d’algorithmes complexes pour améliorer l’imagerie cérébrale.

Des postes de premier plan

Plus de 700 brillants mathématiciens comme elle sont diplômés d’AIMS; le tiers d’entre eux sont des femmes, et ils proviennent de 41 pays africains. Une fois diplômés, ils étudient à la maîtrise ou au doctorat, obtiennent des postes de premier plan dans l’industrie ou le milieu de la recherche ou redynamisent l’enseignement des sciences dans les universités africaines.

Près des trois quarts des diplômés d’AIMS sont demeurés en Afrique, et la plupart de ceux qui sont partis – à l’instar de Martial Ndeffo – mettent leur talent au service de questions qui sont d’une utilité évidente pour le continent.

Grâce aux fonds de la Next Einstein Initiative, un centre AIMS a vu le jour chaque année : au Sénégal en 2011, au Ghana en 2012 et au Cameroun en 2013. Un cinquième centre, en Tanzanie, accueillera ses premiers étudiants dans quelques semaines.

Les étudiants reçoivent une bourse qui couvre les droits de scolarité et les frais de subsistance. Le corps professoral est formé de sommités qui participent bénévolement à cette initiative inspirante; une vingtaine de ces chargés de cours ont été ou sont des Canadiens.

Six universités canadiennes offrent des bourses qui sont remises aux étudiants des centres AIMS. Par ailleurs, 38 diplômés d’AIMS ont choisi le Canada pour étudier aux cycles supérieurs ou encore pour faire un stage dans le cadre de l’AIMS Industry Initiative.

Le rêve d’un réseau panafricain de centres AIMS jouit d’un vaste soutien non partisan, comme en témoigne le fait que le président de la Chambre des communes a organisé une réception sur la colline du Parlement le 1er octobre afin de souligner les progrès réalisés jusqu’à maintenant, laquelle a été fort populaire.

En s’engageant à soutenir l’expansion d’AIMS, le Canada tisse des liens importants avec la prochaine génération de chefs de file africains. AIMS produit des solutionneurs très motivés possédant les compétences en mathématiques poussées dont on a besoin pour relever les énormes défis auxquels l’Afrique et le monde font face. Nous pouvons être fiers du leadership qu’exerce le Canada en ce qui a trait au soutien apporté à cette initiative des plus remarquables.

Jean Lebel est président du Centre de recherches pour le développement international.

La version originale anglaise de cette lettre éditoriale a été publiée dans theglobeandmail.com le 3 octobre 2014.

Photo: Teckles Photography
Martial Ndeffo est diplômé de l’Institut Africain des Sciences Mathématiques.