Droit et accès des femmes à l’eau et aux systèmes d’assainissement à New Delhi

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Cecelia McGuire

Axe de recherche

Le projet vise à améliorer les services d’approvisionnement en eau et d’assainissement fournis aux femmes vivant dans les collectivités à faible revenu de New Delhi, de même qu’à favoriser de meilleurs rapports entre les habitants et les administrations locales.

Le défi

Les femmes et les filles pauvres qui ont été déplacées vers des zones à la périphérie de New Delhi vivent des affronts au quotidien, voire sont en danger physique lorsqu’elles vont à la toilette ou chercher de l’eau. Des infrastructures inadéquates, chose courante dans les collectivités à faible revenu, privent les résidents les plus pauvres d’un accès sûr à l’eau et à des installations sanitaires.

Cabinet de toilette sans porte dans l’un des complexes de toilettes publiques de Bawana, en Inde.La réalité de milliers de ces femmes et de ces filles est faite de toilettes publiques crasseuses, où elles ne peuvent pas se soustraire aux regards des autres ou sont sans protection contre les insultes ou les agressions. Chaque jour, elles font la queue pendant des heures pour remplir leurs seaux à des points d’eau, des bornes-fontaines, des puits ou des ruisseaux contaminés. Elles prennent soin des membres de leur famille que l’eau insalubre ou les conditions sanitaires déplorables ont rendus malades, et l’achat de médicaments absorbe une bonne partie de leurs maigres ressources. Le temps consacré à ces tâches liées à l’eau empêche les femmes de gagner de l’argent et les filles d’aller à l’école. De plus, les femmes sont fréquemment l’objet de harcèlement sexuel et d’agressions sexuelles aux toilettes publiques et dans les terrains vagues ou les champs où elles doivent souvent aller faire leurs besoins.

Le défi consiste à motiver les administrations locales à assurer l’accès à l’eau potable et à des installations sanitaires à tous les citadins, y compris ceux des collectivités à faible revenu, et à veiller à ce que la prestation de services d’approvisionnement en eau et d’assainissement réponde aux besoins de l’ensemble de la population.

La recherche

Les organismes Femmes et villes international, de Montréal, et Jagori, de New Delhi, ont lancé une initiative conjointe en 2009 pour examiner les installations d’eau et d’assainissement des femmes vivant dans les collectivités à faible revenu de la capitale de l’Inde. Le projet, financé par le CRDI, portait surtout sur la manière dont des services inadéquats exposent les femmes à des problèmes de santé et de sécurité.
 
Les chercheurs ont entrepris d’adapter et d’évaluer l’utilité des marches exploratoires, outil conçu il y a plus de 20 ans au Canada. Leur objectif était d’entamer un dialogue entre les femmes et les fonctionnaires de New Delhi afin d’améliorer les services d’approvisionnement en eau et d’assainissement. Les marches exploratoires, utilisées pour évaluer de façon critique les espaces urbains, ont été développées à Toronto par le Metropolitan Action Committee on Violence against Women and Children (comité d’action du Grand Toronto contre la violence envers les femmes et les enfants) afin d’établir le profil des risques auxquels sont exposées les femmes dans leur collectivité. C’est la première fois que l’outil servait à évaluer les problèmes de santé et de sécurité liés à une prestation inadéquate de services d’approvisionnement en eau et d’assainissement dans des collectivités à faible revenu.

L’équipe de recherche a mis l’accent sur deux zones, Bawana et Bhalswa, qui ont été établies au cours des dernières années lorsque les fonctionnaires de New Delhi ont déplacé les résidents de bidonvilles du centre-ville vers la périphérie. Au départ, les chercheurs ont fait une évaluation rapide et recensé les infrastructures, les installations et les services offerts dans ces collectivités. Ils se sont ensuite entretenus avec des groupes de femmes et des fournisseurs de services, ont organisé des groupes de discussion et eu des entretiens approfondis avec des habitants des lieux.
 
Par la suite, les chercheurs ont invité les femmes pauvres de ces collectivités, des fonctionnaires et des fournisseurs de services à faire des marches exploratoires dans divers quartiers. Pendant ces marches, les participants ont observé et noté les déficiences des systèmes locaux d’approvisionnement en eau et d’assainissement et les dangers qu’ils présentent; ils ont également observé et noté les déficiences des espaces environnants et les dangers que ces derniers comportent. 

À Bawana et à Bhalswa, les chercheurs ont constaté des problèmes que l’on trouve dans toutes les collectivités à faible revenu des villes indiennes. Lorsque l’Administration a déplacé les habitants des bidonvilles, elle leur a accordé des baux à court terme à l’égard de petits lopins de terre (entre 12,5 et 18 m2). Elle leur a aussi garanti de meilleurs services, comme l’accès à l’eau et la gestion des déchets. 

Toutefois, le manque d’infrastructures dans les nouvelles collectivités s’est traduit par des égouts dysfonctionnels, voire inexistants et un approvisionnement en eau inadéquat. Certains habitants ont installé une toilette et une fosse septique sur leur terrain. D’autres, ayant moins de place, d’argent ou des droits fonciers incertains, doivent parcourir de longues distances à pied pour chercher de l’eau. Par ailleurs, ils n’ont pas d’autre choix que d’utiliser des toilettes publiques mal entretenues, souvent dégoûtantes et bouchées par les excréments, où il règne une promiscuité et qui n’offrent aucune sécurité.

Femmes et filles discutant des améliorations à demander aux services publics.Les résultats

Le projet, qui a pris fin en octobre 2011, a permis de définir trois secteurs dont les femmes peuvent discuter avec les administrations locales pour améliorer la prestation de services et créer des environnements urbains plus sûrs.
 
Les marches exploratoires ont constitué un bon point de départ pour discuter des services d’approvisionnement en eau et d’assainissement avec les fonctionnaires. En se fondant sur l’expérience de l’adaptation et de l’évaluation de cet outil, l’équipe de recherche a publié un livre, intitulé A Handbook on Women’s Safety Audits in Low-income Urban Neighbourhoods: A Focus on Essential Services, qui indique la marche à suivre pour effectuer des marches exploratoires dans d’autres collectivités.

Dans le cadre du projet, les chercheurs ont également invoqué la Loi sur le droit à l’information de l’Inde pour exiger des fonctionnaires qu’ils rendent compte de leurs actes quand l’attribution de fonds ne donne pas lieu à de meilleurs services. Les femmes de Bawana ont présenté quatre demandes d’information pour savoir qui est responsable de l’entretien des latrines et des égouts de leur collectivité. Elles ont également demandé l’accès aux registres des présences des nettoyeurs d’égouts et à d’autres documents de l’Administration. À l’été 2011, 300 habitants du quartier ont signé une pétition adressée à leur député de l’Assemblée législative.

Par ailleurs, les chercheurs ont analysé le budget municipal de New Delhi. Ils ont notamment comparé les coûts d’opportunité annuels, soit le manque à gagner des femmes dû au temps consacré à la collecte d’eau et au manque d’accès à des installations sanitaires, avec les montants annuels attribués par l’administration de New Delhi aux services d’approvisionnement en eau et d’assainissement. Ils ont ainsi constaté que l’Administration dépense respectivement à peine 0,66 $ et 1,78 $ par personne et par an en services d’approvisionnement en eau et en services d’assainissement. Or, pour les habitantes des collectivités à faible revenu, le manque de services se traduit par un manque à gagner de plus de 50 $ par an.
 
Grâce à ce projet, les femmes pauvres de ces collectivités se sont mises à comprendre qu’elles ont droit à de meilleurs services d’approvisionnement en eau et d’assainissement, et ont trouvé le courage d’exiger un changement. Il s’agit là de la première étape d’une longue lutte pour obtenir de meilleures conditions de vie. Les femmes ont aussi commencé à discuter d’autres besoins : sécurité alimentaire, transport, énergie, etc. L’approvisionnement en eau inadéquat n’est qu’une parmi les nombreuses privations dont souffrent les personnes à faible revenu dans les villes en expansion de l’Asie du Sud.
 
Ce projet illustre la complexité du travail à accomplir, explique Carrie Mitchell, administratrice de programme principale au CRDI. Il démontre aussi que les hommes et les femmes ont une expérience différente du milieu urbain; les solutions imaginées sans tenir compte des besoins de chacun peuvent causer des torts sérieux à certaines personnes, ajoute-t-elle.

Cecelia McGuire est rédactrice à Perth, en Ontario.

Photos : Femmes et villes international

Le présent article porte sur le projet Droits des femmes et accès à l’eau et aux systèmes d’assainissement dans les villes d’Asie, financé dans le cadre du programme Changements climatiques et eau du CRDI.

De plus amples renseignements sur les résultats du projet