Deux journalistes afghanes effectuent une tournée pancanadienne pour faire connaître la situation en Afghanistan

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Division des communications, CRDI
« C’est mon rôle, en tant que journaliste, de faire connaître, partout dans le monde, la situation qui règne en Afghanistan. »
— Najeeba Ayubi

À l’occasion de l a 17e Journée de soutien aux journalistes emprisonnés, le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) et Reporters sans frontières Canada ont invité deux journalistes afg hanes à faire une tournée dans cinq villes canadiennes pour y parler de la liberté de presse et du rôle de la femme en Afghanistan.

Du 17 au 23 novembre 2006, Mmes Najeeba Ayubi, directrice du groupe de presse indépendant Killid, une société de multimédia, d’information et de diffusion, et Mehria Azizi, camérawoman formée par l'organisation non gouvernementale Aïna, ont visité Halifax, Montréal, Toronto, Ottawa et Calgary, où elles ont décrit la condition de la femme et la situation actuelle des médias dans la société afghane.

Chaque conférence comportait la projection d'extraits du documentaire Afghanistan Unveiled (L’Afghanistan dévoilé), tourné en 2003 par la première équipe de femmes vidéojournalistes formées en Afghanistan. Ce groupe, qui comptait quatorze jeunes femmes et dont faisait partie Mme Azizi, a voyagé dans les zones rurales de l’Afghanistan pour filmer les répercussions qu’ont eues sur la femme afghane le régime des talibans et les bombardements de 2001.

Ce documentaire, bien que présenté dans le cadre de plusieurs festivals de films internationaux, n’avait jamais été diffusé auparavant au Canada et ne le sera sans doute jamais en Afghanistan. 

« C’est un film dangereux, qui ferait l’effet d’une bombe en Afghanistan », déclare Mme Azizi.

Une influence persistante

Le documentaire révèle l’influence que les talibans continuent d’exercer cinq ans après la chute de leur régime et montre notamment que bon nombre des politiques et des pratiques qui ont été adoptées pendant leurs cinq années au pouvoir prédominent encore aujourd’hui.

Sous le régime taliban, les femmes étaient tenues d’obéir à des règles strictes. Il leur était interdit de travailler, d’étudier et même de s’aventurer à l’extérieur de la maison sans être accompagnées d’un membre masculin de leur famille et s’être d’abord dissimulées sous la burqa, ce voile qui couvre le corps de la tête aux pieds.

Lorsque les talibans ont pris le pouvoir en 1996, Mme Ayubi travaillait déjà depuis plusieurs années dans les médias. Elle a néanmoins été forcée d’abandonner son travail et sa maison, dans la province de Parwan, pour rentrer à Kaboul. Trois mois plus tard, elle quittait l’Afghanistan pour s’installer à Téhéran, en Iran, où elle a ouvert une école pour les enfants afghans. Après la chute du régime taliban, elle est revenue en Afghanistan pour y occuper un poste de haut rang en gestion des médias.

« C’est mon rôle, en tant que journaliste, de dénoncer partout dans le monde la situation qui règne en Afghanistan, affirme résolument Mme Ayubi. Je continue d’exercer cette profession parce que je ressens le besoin de partager ce que je sais et parce que j’estime qu’il est très important de sensibiliser les gens. »

 
Kady O'Malley et Mehria Azizi à Ottawa.
Rêver, un exercice futile ?

Aujourd’hui dans la jeune vingtaine, Mehria Azizi a grandi sous la menace constante des talibans. Or, même si le fait d’être une femme ne lui offrait guère de possibilités, elle a continué de nourrir des ambitions.

« Tout le monde a un rêve, dans la vie – les garçons aussi bien que les filles.  Moi, à l’âge de cinq ou six ans, chaque fois que je voyais des caméramans à la télévision, je me disais : voilà ce que je veux faire plus tard. » 

En 2002, peu après le renversement du régime taliban, Mme Azizi participe au programme de formation des femmes offert par l'institut de formation multimédia qu'est Aïna. C'était la toute première fois, en dix ans, que des femmes afghanes étaient formées non seulement au maniement d’une caméra, mais également aux médias numériques. C'est d'ailleurs dans le cadre de ce programme qu’a été réalisé le documentaire projeté pendant les conférences.

« Dès que j’ai obtenu ma caméra, je suis partie filmer en province et, partout, les gens étaient ébahis lorsqu’ils constataient que j’étais une femme, déclare Mme Azizi.  D’ailleurs, aujourd’hui encore, certaines pesonnes s'opposent à la présence d’une femme derrière la caméra. »

Encore des obstacles à surmonter

Les deux journalistes affirment que, même si la situation des femmes a évolué en Afghanistan ces cinq dernières années, ce sont surtout celles qui vivent dans les villes qui jouissent d’une plus grande liberté, et non celles qui sont en milieu rural, où les améliorations, si tant est qu’il y en ait eu, sont minimes, voire négligeables.

Mmes Azizi et Ayubi n’hésitent donc pas à dire qu’il y a encore bien des obstacles à surmonter, même dans leur propre milieu de travail. « Les femmes qui oeuvrent dans les médias subissent des pressions exercées par la population, par des membres de leur propre famille et même par d’autres femmes qui s’objectent à leur présence dans ce domaine. »

« Les gens instruits apprécient mon travail, car ils savent que j’informe le reste du monde de la situation en Afghanistan », précise néanmoins Mme Azizi.

Au fil de ses cinq années d’expérience à titre de camérawoman, Mehria Azizi a tourné quatre documentaires, plusieurs messages publicitaires et quelques courts métrages. « Mon rêve s’est concrétisé », déclare-t-elle.

 
Ted Menzies, secrétaire parlementaire de la ministre de la Coopération internationale du Canada.
La journaliste Kady O'Malley, du magazine Maclean's, a fait office de modératrice lors de la conférence donnée à Ottawa, le 22 novembre. 

Le mot d’ouverture a été prononcé par M. Ted Menzies, secrétaire parlementaire de la ministre de la Coopération internationale du Canada. Dans son allocution, il a parlé de l’oppression des femmes en Afghanistan et des projets que le Canada appuie dans ce pays.

Fondé par le célèbre photojournaliste Reza Deghati et plusieurs journalistes français, Aïna appuie le processus de démocratisation en favorisant l’essor des médias et de l’expression culturelle. La formation offerte par Aïna aux auteures du film Afghanistan Unveiled a eu lieu de juillet 2002 à août 2003.