Des villages au Népal se préparent à des conditions climatiques extrêmes

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Cecelia McGuire

Le Népal présentant une grande diversité écologique, les principales menaces posées par les changements climatiques varient. Des chercheurs collaborent avec les villageois pour identifier et résoudre les problèmes dans six collectivités népalaises

Axe de recherche

Le projet vise à évaluer la vulnérabilité des collectivités rurales dans les diverses zones écologiques du Népal afin de les aider à élaborer leur propre plan d’adaptation aux changements climatiques.

Le défi

La renommée du Népal en tant que destination pour les amateurs de trekking – il abrite certaines des montagnes les plus hautes du monde – occulte la véritable nature de ce petit pays enclavé. Celui-ci comporte 150 écosystèmes, 35 types de forêts et 75 autres types de végétation. Cette immense diversité écologique existe sur une distance de moins de 200 kilomètres, entre les montagnes de l’Himalaya près de la frontière avec le Tibet au nord du pays et les plaines tropicales, connues sous le nom de Teraï, au sud, le long de la frontière avec l’Inde.

Son économie reposant en grande partie sur l’agriculture et le tourisme, le Népal est particulièrement vulnérable aux aléas du climat. Compte tenu de l’augmentation des températures et des précipitations incertaines, des phénomènes climatiques très divergents et imprévisibles se produisent dans ses régions diverses.

En région montagneuse, l’été est plus chaud et, en hiver, il tombe moins de neige dans certaines zones, ce qui accélère la fonte des glaciers et épuise la source d’eau de la région, tout en augmentant le débit d’eau des rivières en contrebas. Dans les collines du centre du pays, l’augmentation des températures et la sécheresse ont causé des feux qui ont ravagé d’immenses étendues de forêt, dénudant le sol, ainsi rendu sujet à l’érosion. Des précipitations soudaines et intenses ont provoqué des glissements de terrain et la disparition des sédiments, emportés dans les cours d’eau. Les sédiments réduisent la qualité de l’eau et perturbent les écosystèmes aquatiques. En aval, cette augmentation du débit d’eau a provoqué des inondations dans le Teraï.

Compte tenu de ces phénomènes climatiques extrêmes et de ceux qui sont prévus, le Népal a un besoin urgent de données scientifiques pour élaborer des stratégies d’adaptation. La grande diversité ethnique, culturelle et linguistique, ainsi que l’inaccessibilité de nombreuses communautés rurales, particulièrement dans les régions montagneuses, font partie des facteurs venant compliquer les choses.

La recherche

En 2010, l’Institute for Social and Environmental Transition – Népal (ISET-N) a lancé un projet financé par le CRDI visant à recueillir des données scientifiques sur les effets des changements climatiques sur des collectivités rurales népalaises différentes les unes des autres. L’objectif était de recueillir des données qui à la fois aideraient les collectivités à se doter de leur propre plan d’adaptation et feraient avancer les connaissances au sujet des changements climatiques.

The village of Kagbeni on the northern slopes of the HimalayasL’équipe a choisi d’étudier la situation dans six villages qui sont tous situés dans le bassin hydrographique de la rivière Gandaki, à peu près au centre du pays, entre les montagnes de l’Himalaya et le Teraï. Chaque village représente une zone climatique différente.

L’un d’eux, Kagbeni, est perché sur le versant nord de l’Himalaya, dans le populaire trek de l’Annapurna. Cette communauté agricole isolée héberge les touristes et cultive des pommes, qu’elle sèche pour les vendre aux randonneurs. Jusqu’à tout récemment, le froid des montagnes offrait les conditions idéales pour cultiver des pommes de première qualité sans parasites. Les changements climatiques ont toutefois amené un temps plus doux… et l’apparition de parasites. La communauté a alors commencé à utiliser des produits agrochimiques, qui contaminent la rivière locale et les sources d’eau potable des communautés en aval. 

La pêche est le principal moyen de subsistance d’un autre site pilote, le village de Rupakot situé dans les collines du centre du Népal. Là, les sédiments en provenance des montagnes déplacent l’eau du lac et perturbent l’habitat du poisson.

Les chercheurs ont effectué plusieurs analyses scientifiques dans chacune des six collectivités pour évaluer les effets des changements climatiques. Par ailleurs, ils ont analysé des données provenant de recensements nationaux et municipaux, et se sont entretenus avec les autorités locales, des enseignants et des dirigeants communautaires. Ils ont également organisé des groupes de discussion et réalisé des entrevues structurées. Grâce à des échanges suivis avec chacune des collectivités, l’équipe a produit des cartes numériques sur lesquelles figurent notamment les sources et les cours d’eau, les routes, les frontières administratives, les temples et les circuits de trekking.

Un élément essentiel de l’étude consistait à évaluer la vulnérabilité de chacune des collectivités aux changements climatiques et sa capacité d’y réagir. Les chercheurs ont utilisé une matrice pour classer les risques liés aux changements climatiques et les mesures que la collectivité pourrait prendre à leur égard. Un système de notation numérique indique la vulnérabilité globale de chaque collectivité.

Retombées attendues

Les résultats de recherche de l’équipe d’ISET-N ont grandement amélioré la compréhension des effets actuels et potentiels des changements climatiques. L’équipe a présenté des cartes détaillées à chaque collectivité et tenu des réunions pour expliquer les résultats. Les conclusions relatives à la vulnérabilité ainsi que les solutions possibles ont fait l’objet de discussions. Les villageois ont appris que d’autres collectivités connaissent des changements similaires, et qu’ils ne sont pas seuls.

Par ailleurs, les chercheurs ont constaté que toutes les collectivités dépendent dans une certaine mesure de l’agriculture. Il y avait toutefois une grande divergence dans l’étendue et l’intensité des activités agricoles, qui allaient de l’agriculture de subsistance à la culture maraichère commerciale, explique Marco Rondon, administrateur de programme au CRDI.

On a observé que les collectivités disposant de moyens de subsistance autres que l’agriculture étaient moins vulnérables aux changements climatiques. Parmi les autres sources de revenus figurent l’écotourisme, la pêche, l’artisanat, les plantes médicinales et les fonds envoyés par des parents travaillant à l’étranger. Les collectivités qui dépendent des fonds envoyés de l’étranger ou d’autres sources de revenus sont moins touchées par les changements climatiques locaux, souligne M. Rondon, à moins que ces activités autres qu’agricoles soient également touchées.

Rupa Lake in the fishing village of RupakotSelon les recherches, le village de Kagbeni est relativement peu vulnérable aux changements climatiques, le tourisme étant l’une de ses principales sources de revenus. Cependant, le déversement de produits agrochimiques et d’eaux usées dans la rivière, et les effets possibles de cette pollution sur l’industrie du tourisme pourraient accroître sa vulnérabilité. La collectivité a déjà commencé à chercher des solutions à ces problèmes, et à analyser régulièrement l’eau de la rivière.

À l’autre extrémité, le village de pêcheurs de Rupakot est considéré comme très vulnérable aux changements climatiques. Son lac a déjà perdu 40 % de son eau, et de nouvelles maladies menacent les poissons. Le village subit également la pression de l’urbanisation. Les habitants des villes voisines cherchent à acheter des propriétés sur le lac pour y bâtir des maisons de campagne, précise M. Rondon, ce qui exerce une pression sur les villageois pour qu’ils vendent leurs terres.

Les chercheurs ont transmis leurs constations à d’autres collectivités, notamment en offrant des cours aux enseignants dans 16 districts du bassin hydrographique de la rivière Gandaki et en publiant des articles dans une revue et des journaux locaux. Ils ont également préparé une dramatique sur les changements climatiques, laquelle a été diffusée par des stations de radio locales.

L’équipe continuera de collaborer avec les collectivités à l’élaboration de leur plan d’adaptation, et cherchera à persuader les autorités gouvernementales de soutenir ces stratégies. Comme le montre clairement ce projet, l’obtention de données concrètes est incontournable si l’on veut aider les collectivités vulnérables à s’adapter aux changements climatiques.

Cecelia McGuire est rédactrice à Perth, en Ontario

Le présent article porte sur le projet Gestion des forêts et des ressources hydriques pour l’atténuation des effets des changements climatiques dans les collines du centre du Népal, financé dans le cadre du programme Changements climatiques et eau du CRDI.

Photo du haut : CRDI/Marco Rondon

Photo de droite : CRDI/Marco Rondon
Les gagne-pain qui sont reliés au tourisme à Kagbeni, une destination populaire chez les randonneurs, sont moins touchés par les changements climatiques.

Photo de gauche : CRDI/Marco Rondon
À Rupakot, la pêche est menacée; le volume des prises a diminué de 40 %.