Des variétés de manioc améliorées accroissent la sécurité alimentaire

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Division des communications, CRDI
DES EFFETS DURABLES
Les efforts déployés en vue d’améliorer l’un des aliments de base les plus robustes au monde, le manioc, ont porté leurs fruits, procurant des bienfaits durables et, dans certains cas, spectaculaires. L’amélioration génétique a permis d’augmenter la valeur nutritive et la résistance aux maladies de cette plante racine riche en amidon et, par conséquent, de sauver d’innombrables vies.

Le CRDI sait depuis longtemps que le manioc constitue une culture vivrière importante, mais dont on fait peu de cas. Résistant à la sécheresse et capable de se conserver dans des sols arides jusqu’au moment de la récolte, des mois voire une année plus tard, le manioc est essentiel à la survie de plus de 800 millions de personnes parmi les plus démunies de la planète. Productrices et consommatrices de manioc, elles lui doivent leur subsistance quotidienne.

 
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Le manioc, une plante résistante qui nourrit des millions des personnes
Diaporama avec son

 
Des décennies de recherche sur le manioc portent fruit
L'histoire de Nagib Nassar

Un regain d'espoir pour la production du manioc en Ouganda
Un article de la revue Le CRDI Explore tiré des archives du CRDI

 
Institut international d'agriculture tropicale (IITA)
La recherche agricole au service du développement en Afrique
 
Programme Agriculture et sécurité alimentaire
L’agriculture à petite échelle a un rôle essentiel à jouer pour ce qui est de réduire la pauvreté et d’accroître la sécurité alimentaire en milieu rural et urbain.
 
Bibliothèque numérique du CRDI
Extrants de recherche relatifs au manioc 

Au milieu des années 1970, le CRDI a financé les travaux d’un universitaire et phytogénéticien, Nagib Nassar, qui a prélevé des variétés sauvages de manioc, principalement dans le nord-est du Brésil. À l’époque, il était l’un des rares spécialistes du manioc pour qui les variétés sauvages pouvaient contribuer à l’amélioration génétique. Ces variétés sauvages, s’est-il dit, pouvaient constituer une bonne source de nouveaux gènes aptes à améliorer les caractéristiques des variétés cultivées.

 
Âgé de 72 ans et professeur émérite à l’Université de Brasília, M. Nagib Nassar affirme que la collection vivante qu’il a établie grâce à l’appui du CRDI continue, encore aujourd’hui, d’enrichir ses travaux sur l’amélioration génétique.
 
Teneur élevée en protéines
 
En croisant des variétés sauvages à teneur élevée en protéines avec des variétés cultivées, le professeur Nassar a réussi à obtenir des plantes hybrides plus riches en protéines.
 
Il a ainsi réalisé une avancée importante, car, contrairement à d’autres aliments de base comme le riz et le blé, le manioc est pauvre en protéines.
 

Le manioc est en effet avant tout un aliment à teneur élevée en glucides; c’est l’un de ses pires inconvénients, surtout lorsqu’il s’agit d’assurer la survie en période de sécheresse ou de disette, explique Joachim Voss, ancien directeur de programme au CRDI qui a par la suite dirigé le Centre international d’agriculture tropicale, dont le siège est en Colombie.

 
En Afrique de l’Ouest en particulier, quand il y a de graves sécheresses, les gens se nourrissent de manioc, de manioc et de manioc, ajoute-t-il.

Résistance aux maladies

Nagib Nassar a également utilisé les variétés sauvages qu’il avait récoltées pour produire des plantes hybrides pouvant résister à la mosaïque du manioc, causée par un virus transmis par la mouche blanche.

L’Institut international d’agriculture tropicale (IIAT), établi au Nigeria, a utilisé ces hybrides pour mettre au point la famille de cultivars MS, que des millions d’agriculteurs d’Afrique subsaharienne ont depuis adoptés et plantés.
Sans ces cultivars, le Nigeria, premier producteur mondial de manioc, aurait grandement souffert de la mosaïque.
 
Les agriculteurs du District fédéral, au Brésil, cultivent aussi certaines des variétés plus nutritives et résistant mieux à la sécheresse du professeur Nassar, et l’on s’emploie actuellement à distribuer des plants dans le centre du pays.
 
Des applications destinées à sauver des vies en Afrique
 
À la fin des années 1980, le manioc résistant aux maladies a contribué à sauver des vies en Ouganda alors qu’une forme très virulente du virus de la mosaïque a commencé à ravager les cultures sur près de 80 % des 500 000 hectares consacrés au manioc dans le pays. Au cours des années qui ont suivi, l’épidémie dévastatrice a entraîné de graves pénuries alimentaires et des difficultés économiques dans plusieurs parties du pays. La famine a causé la mort de milliers de personnes.
 
Grâce à l’appui du CRDI, et sous la houlette du programme de recherche sur le manioc instauré par le gouvernement de l’Ouganda à Namulonge, une équipe de scientifiques a lancé une initiative d’amélioration génétique audacieuse. Les chercheurs ont produit et diffusé de nouvelles variétés à haut rendement résistant à la souche ougandaise du virus de la mosaïque. L’intégration des caractéristiques de diverses lignées de manioc provenant de l’IITA qui résistaient au virus aux nouvelles variétés ougandaises a constitué un élément central de la stratégie d’amélioration génétique.
 
Ce fut une grande réussite. On a ainsi pu accroître la sécurité alimentaire dans le pays, rétablir l’équilibre économique dans les collectivités agricoles et freiner la propagation de la nouvelle souche du virus de la mosaïque dans d’autres pays producteurs de manioc de la région.
 
Récoltées il y a plus de 35 ans, les variétés sauvages du professeur Nassar ont toujours une incidence considérable sur la sécurité alimentaire.

 


 Je vis à Namulonge, dans le district de Wakiso, en Ouganda. Dans les années 1990, la mosaïque du manioc et des ravageurs ont attaqué les variétés locales à un point tel que nos potagers ne donnaient plus aucune récolte. On m’a choisi pour faire l’essai d’une nouvelle variété de manioc. Étonnamment, elle s’est bien comportée et a même mûri plus vite que nos variétés locales. Je la cultive maintenant sur plus de cinq acres sans que le virus de la mosaïque ou des ravageurs s’y attaquent. Mes revenus ont augmenté. Auparavant, j’habitais une petite maison de chaume. Je possède maintenant une maison de trois chambres que j’ai construite moi-même. Tous mes enfants vont à l’école et nous avons de la nourriture toute l’année, car nous pouvons constituer des réserves.

— Nsamba Setyabula, petit producteur de manioc de l’Ouganda


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