Des travaux de recherche visent à cerner et à abolir les obstacles que doivent affronter les entrepreneures

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BANQUE MONDIALE/ A. HOEL

Une femme travaillant dansun petit magasin au Ghana

James Heintz

Partout sur le continent africain, un nombre croissant d’hommes et de femmes lancent leur petite entreprise, offrant ainsi toute une gamme de biens et de services. Or, ces petits entrepreneurs se heurtent souvent à des contraintes qui les empêchent de croître, d’améliorer leur rendement et d’accroître leurs profits. Cela est particulièrement vrai des femmes entrepreneures.

Savoir quels sont ces obstacles et trouver des façons de les surmonter : voilà l’idée derrière un projet de recherche interpays financé par le CRDI intitulé Sexospécificités et développement de l’entreprise en Afrique : étude interpays comparative (Gender and Enterprise Development in Africa : A Cross-Country Comparative Study – GENDA). Les données probantes générées par ce projet éclaireront l’élaboration de politiques en vue de l’amélioration des perspectives d’affaires pour les femmes au Ghana, au Kenya et en Ouganda. Selon le coordonnateur du projet, Charles Ackah, senior research fellow à l’Institute of Statistical, Social, and Economic Research de l’Université du Ghana, le projet vise à « cerner précisément la façon dont les gouvernements des pays d’Afrique pourraient remédier à la situation en proposant des solutions pratiques qui accroîtront les débouchés pour les femmes entrepreneures.

Afrique : le paradoxe de la croissance

En Afrique subsaharienne, la plupart des gens sont des travailleurs autonomes et travaillent seuls ou avec des membres de leur famille au sein d’une petite entreprise. La taille de ces entreprises va des échoppes de fruits au bord de la route aux porteurs transportant presque n’importe quoi à travers la ville, en passant par les coiffeurs qui travaillent à la maison ou dans une échoppe ambulante. Ces entreprises existent en marge d’entreprises relevant du secteur structuré, telles que les épiceries « du coin », les ateliers de réparation et les petits fabricants de meubles. Ensemble, ces activités englobent la majorité des emplois en Afrique subsaharienne.

Pourtant, bien que les économies d’Afrique affichent de forts taux de croissance, les profits générés par ces activités stagnent. C’est là le paradoxe du développement en Afrique : pour une grande partie de la population, la croissance économique ne se traduit pas nécessairement par de meilleurs débouchés.

Plus d’obstacles pour les femmes

Les petits entrepreneurs sont souvent confrontés à des obstacles qui les empêchent de croître, d’améliorer leur rendement et d’accroître leurs profits. Cela est particulièrement vrai des femmes entrepreneures. Les femmes sont souvent contraintes d’assumer les responsabilités relatives à leur ménage ou « tâches féminines », comme élever les enfants et prendre soin des personnes malades et des aînés. Le fardeau que constitue ce travail non rémunéré accable les femmes de façon disproportionnée et limite leurs occasions de travailler à l’extérieur du foyer.

De plus, les femmes ont en général moins accès aux terres, à de l’équipement et à d’autres actifs de production. Pour elles, il peut aussi être difficile, voire impossible, d’obtenir du crédit, et certains lieux d’exploitation ne sont pas sûrs pour les femmes. En conséquence, si l’on compte de nombreuses micro et petites entreprises exploitées par des femmes, ces entreprises luttent essentiellement pour leur survie et ont un potentiel de croissance limité.

L’élaboration de politiques efficaces

Les chercheurs du projet GENDA s’attacheront à trouver des façons de rendre la croissance plus inclusive et à concevoir des interventions qui amélioreront les moyens de subsistance des populations. Le projet étudie de nouvelles avenues en palliant des lacunes existantes au chapitre de la recherche et en explorant des rapports qui sont rarement pris en compte dans les études sur le développement de l’entreprise. Comme il intégrera une perspective sexospécifique, le projet examinera des aspects encore peu étudiés de l’économie.

Le projet créera un nouveau modèle de recherche sur le développement de l’entreprise. Ce modèle servira à éclairer les politiques en vue d’une croissance économique inclusive qui favorise une augmentation du bien-être des populations africaines.

Les constatations tirées de la recherche contribueront aussi à l’élaboration de politiques efficaces visant à abolir les obstacles qui empêchent les entrepreneurs, plus particulièrement les femmes, d’améliorer leur situation économique. Les chercheurs interagiront avec les gouvernements et d’autres parties prenantes pour s’assurer que leurs constatations seront communiquées aux intervenants qui sont les mieux placés pour les utiliser. La démarche de recherche et les connaissances acquises pourraient aussi aider les petits entrepreneurs ailleurs en Afrique et dans d’autres régions.

Cet article a été rédigé à partir de dossiers préparés par l’équipe de Croissance pour tous par James Heintz, administrateur adjoint et professeur de recherche au Political Economy Research Institute (PERI) de l’Université du Massachusetts. Il agit en outre comme conseiller technique auprès de l’équipe du projet GENDA.​