Des solutions ingénieuses à une crise de l’eau qui s’aggrave

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Stephen Dale
Des effets durables
Des politiques novatrices et des technologies nouvelles visant à réduire le gaspillage de l’eau permettent à des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord de s’attaquer au problème récurrent que représentent les pénuries d’eau.
 
Ces solutions sont nées de la simple idée selon laquelle prévenir le gaspillage revient en fait à fournir aux pays arides des sources d’eau qu’ils n’avaient pas. Cette vision a gagné en crédibilité et en popularité dans la foulée d’un projet de recherche financé par le CRDI conçu afin d’évaluer dans quelle mesure l’approche dite de « gestion de la demande d'eau » saurait apaiser la crise qui sévit dans la région.
 
Selon Lamia El-Fattal, ancienne administratrice de programme principale au CRDI, cette idée d’utiliser l’eau de façon plus judicieuse constitue à présent une priorité en matière de politiques au Moyen-Orient. Mme El-Fattal précise que les travaux réalisés ont généré les fondements intellectuels qui ont procuré aux gens l’assurance nécessaire pour orienter leurs efforts en ce sens.
 
Une approche ciblée
 
Au début, les gouvernements ont vu grand et imaginé des projets aux coûts considérables comme la mise en place de barrages, de canaux et d’usines de dessalement de l’eau afin de remédier au problème de rareté de l’eau. Vers le milieu des années 1990, on a compris que ces projets de grande envergure étaient des solutions inadaptées à la crise de l’eau, laquelle s’aggravait en raison de la croissance démographique et des effets des changements climatiques. Une solution de rechange consistait à gérer la demande d'eau, à savoir réduire la quantité d’eau utilisée et gaspillée par chacun (voire à réduire la quantité d’eau dont chacun a besoin) plutôt que de créer de nouvelles sources d’eau; cependant son efficacité n’était pas encore démontrée.
 
D’où l’utilité de l’Initiative régionale concernant la demande d’eau au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (WaDImena). De 2004 à 2009, ce programme financé par le CRDI a rassemblé des chercheurs, des responsables des politiques, des agriculteurs et des groupes communautaires afin qu’ils se communiquent leurs réussites et envisagent de nouvelles solutions.
 
Les travaux de recherche ont porté sur plusieurs aspects. Les participants à l’initiative ont su peaufiner le processus de traitement des eaux usées de sorte que les eaux grises, soit des eaux ne provenant pas des égouts, puissent servir en toute sécurité à certains types d’agriculture. Ils se sont aussi penchés sur la façon dont l’arrosage nocturne des cultures (afin de réduire au minimum l’évaporation de l’eau) et l’emploi de techniques telles que l’irrigation goutte à goutte aideraient à réduire la demande d'eau à des fins agricoles.
 
Efficacité et équité
 
Nombreuses étaient les enquêtes réalisées dans le cadre de WaDImena qui cherchaient des moyens de favoriser à la fois l’utilisation efficace des ressources en eau et la distribution durable et équitable de l’eau. Une délégation de Syriens s’est notamment rendue en Tunisie afin de mieux comprendre comment la Syrie pourrait reproduire le succès des associations d’utilisateurs d’eau de ce pays. Ces associations sont des groupes par lesquels les petits agriculteurs sont en mesure de faire appliquer leurs méthodes de distribution de l’eau, celles-ci étant plus équitables et engendrant moins de gaspillage. Leur action repose sur l’idée selon laquelle, comme le dit Mme El-Fattal, la meilleure façon de gérer l’eau est de confier les rênes aux personnes qui l’utilisent.
 
Des chercheurs se sont également demandé comment l’établissement d’un coût d’accès à l’eau pourrait inciter les populations à économiser l’eau tout en ne pénalisant pas les pauvres. Jusque-là, certains tabous culturels condamnaient l’idée de faire payer l’eau. Hammou Laamrani, administrateur de programme principal au CRDI et ancien coordonnateur du projet WaDImena, explique que le paradoxe de cette région, c’est que l’eau y est très rare, mais également peu chère.
 
Depuis, la solution adoptée dans plusieurs pays est de munir les puits de compteurs d’eau permettant qu’une certaine quantité d’eau soit puisée gratuitement, ce qui assure un accès à l’eau équitable aux agriculteurs pauvres. Par ailleurs, le fait de devoir payer pour puiser une quantité d’eau plus grande se veut une mesure incitative visant à encourager l’économie ou la bonne utilisation de l’eau.
 
Une influence sur les politiques
 
Ces nouvelles idées ont eu une influence sur les politiques à bien des égards. Le gouvernement de la Jordanie, par exemple, a intégré l’utilisation des eaux grises dans les dispositions de son code du bâtiment.
 
Le gouvernement du Maroc octroie quant à lui des subventions destinées à la mise en place de systèmes d’irrigation goutte à goutte efficaces afin d’encourager les agriculteurs à se tourner vers des cultures à valeur ajoutée qui favorisent une meilleure utilisation des ressources en eau, celles-ci étant limitées.
 
L’idée de gérer la demande d'eau a cheminé vers des solutions pratiques que les gens sont déterminés à instaurer, conclut Mme El-Fattal.
 
Stephen Dale est rédacteur à Ottawa.
 
Cet article fait partie des récits Des effets durables, qui mettent en évidence des façons dont les travaux financés par le CRDI ont amélioré les conditions de vie dans les pays en développement.

 

DES EFFETS DURABLES  > MOYEN-ORIENT ET AFRIQUE DU NORD