Des services en santé mentale accessibles aux Kényans vivant en milieu rural

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Des membres de l’AMHF en compagnie d’employés du Ngwata Health Centre, à Ngwata, au Kenya

Esmé Lanktree
En Afrique subsaharienne, l’accès à des soins en psychiatrie n’est pas toujours possible. Souvent, les personnes aux prises avec des troubles de santé mentale ne reçoivent ni diagnostic ni traitement au cours de leur vie.
 
Une nouvelle étude de l’Africa Mental Health Foundation (AMHF) financée par l’Initiative de recherche en santé mondiale (IRSM), un partenariat qui regroupe le CRDI, l’Agence canadienne de développement international et les Instituts de recherche en santé du Canada, pourrait aider un grand nombre de ces personnes à accéder à des soins auprès de guérisseurs et d’autres travailleurs de la santé déjà actifs dans leur collectivité.
 
Le professeur David Ndetei, fondateur de l’Africa Mental Health Foundation (AMHF) et psychiatre à l’Université de Nairobi, a formé la plupart des psychiatres qui exercent actuellement au Kenya. C’est notamment grâce à ses efforts que ce pays affiche aujourd’hui le ratio le plus élevé de psychiatres par habitant dans la région (après l’Afrique du Sud). Cet accomplissement ne l’a pas empêché de se rendre compte que la plupart des Kényans, particulièrement les plus vulnérables, n’ont pas accès à des services en santé mentale. C’est pour combler cette lacune qu’il a fondé l’AMHF en 2004. Depuis, cette dernière participe au mentorat de chercheurs en santé mentale afin de renforcer leur capacité de réaliser des travaux de recherche de grande qualité sur des questions qui touchent la région, de terminer des études de doctorat, d’obtenir des bourses de recherche et de mener leurs propres études en santé mentale. La Dre Victoria Mutiso, qui a reçu le mentorat de M. Ndetei, est aujourd’hui cochercheure principale de ce projet financé par l’IRSM.
 
De nouvelles façons d’accéder aux soins de santé

Comme il était impossible à court terme de former un nombre suffisant de psychiatres, l’équipe de l’AMHF a réfléchi à des moyens nouveaux de rendre les services de santé mentale plus accessibles au Kényan moyen.
 
Faute de professionnels de la santé mentale dûment formés, les Kényans ont trouvé d’autres moyens d’atténuer les symptômes psychologiques et physiques de la maladie mentale. L’AMHF a vu dans les guérisseurs spirituels, les guérisseurs traditionnels, les travailleurs de la santé communautaire et les membres du personnel des établissements de santé, qui sont déjà acceptés au sein de leur communauté, une façon de rejoindre les personnes souffrant de troubles de santé mentale.
 
Grâce à cette subvention de l’IRSM, l’équipe de l’AMHF peut investiguer dans le but de déterminer si le fait de former ces personnes-ressources dans les collectivités est une manière efficace d’étendre les soins de santé mentale aux populations vulnérables de l’ensemble du pays. L’équipe offre à des membres de ces groupes une formation leur permettant d’exécuter des tâches de base, comme l’identification des symptômes et l’établissement du diagnostic, et surtout, de diriger les patients vers des services en santé mentale.
 
L’équipe poursuit ses travaux de recherche dans une zone rurale et dans un établissement urbain spontané en vue de déterminer si cette stratégie de prestation des services en santé mentale fonctionne dans ces contextes particuliers. Des groupes d’intervention et des groupes témoins dans chaque lieu permettront de comparer les résultats.
 
Une amélioration considérable possible de l’accès

Si elle s’avère concluante, cette recherche pourrait avoir d’importantes retombées sur la santé et la qualité de vie des personnes souffrant de troubles de santé mentale au Kenya. En déléguant certaines tâches de psychiatrie à des guérisseurs spirituels, à des guérisseurs traditionnels, à des patients experts et à du personnel infirmier et clinique, présents partout au pays, on pourrait étendre considérablement la portée des services en santé mentale.
 
Ces principes sont applicables non seulement au Kenya, mais aussi à d’autres pays à faible revenu qui souhaitent améliorer l’accès aux services en santé mentale.
 
Cet article a été rédigé par Esmé Lanktree, agente de gestion de programme à l’IRSM, et révisé par Gyde Shepherd et Marie-Danielle Smith.

 
 
Photo de droite : CRDI/E. Lanktree
Victoria Mutiso, Chercheure principale, AMHF