Des recherches sur le mercure portent fruit en Amazonie

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Kelly Haggart

Les femmes jouent un rôle fondamental dans la protection des villageois contre le mercure qui contamine le río Tapajós, au Brésil. Elles s’apprêtent maintenant à lutter contre un nouvel ennemi : la maladie de Chagas.

Dans un petit village situé sur les rives d’un cours d'eau au coeur de l’Amazonie brésilienne, 26 femmes notent soigneusement, pendant un an, tous les aliments consommés au quotidien; elles se laissent aussi pousser les cheveux. À la fin de l’année, elles remettent leurs carnets et de longues mèches de cheveux aux chercheurs brésiliens et canadiens qui étudient les taux élevés de mercure toxique dans la région.

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Collaborative Mercury Research Network
(COMERN)

Centre de recherche interdisciplinaire sur la biologie, la santé, la société et l’environnement
(CINBIOSE)

Les données consignées avec enthousiasme par les femmes et celles contenues dans leurs cheveux sont si abondantes qu’il faut six mois à Carlos Passos, étudiant au doctorat brésilien, pour les intégrer à une base de données. En analysant les résultats, les chercheurs s’étonnent d’une constatation qui pourrait s’avérer d’une grande importance : la consommation de fruits a eu une incidence sur les taux de mercure mesurés dans les cheveux des femmes. Se pourrait-il que les fruits offrent une protection contre le mercure qui contamine les poissons dont elles se nourrissent ?

Les cheveux poussent d’environ un centimètre par mois, explique la biologiste Donna Mergler, professeure émérite à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), qui étudie les toxines telles le mercure depuis 40 ans. Les mèches ont donc été coupées par centimètre afin d’y analyser le rapport entre les concentrations de mercure et les aliments consommés par les femmes. Les chercheurs ont alors découvert que celles qui avaient mangé davantage de fruits, sans toutefois modifier leur consommation de poisson, étaient moins contaminées.

Donna Mergler souligne que cette découverte prometteuse n’aurait pas été possible sans la participation des villageoises. Un chercheur ne peut obtenir de telles données d’aucune autre façon. Il est clair qu’il s’agit d’une découverte très importante, non seulement pour l’Amazonie, mais pour partout ailleurs, à condition de découvrir les raisons de ce phénomène.

Son collègue Marc Lucotte, biogéochimiste et directeur de l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM, attribue également le succès de l’étude aux femmes qui ne se sont jamais lassées de noter ce qu’elles consommaient.

Il qualifie d’absolument extraordinaire la base de données ainsi constituée, qui leur a permis de tirer de telles conclusions. En effet, il leur aurait coûté très cher d’aller eux-mêmes d’une famille à l’autre vérifier ce que les gens mangeaient.

À mi-parcours, Elizete Gaspar, une étudiante au doctorat brésilienne qui collaborait avec Donna Mergler, a demandé aux femmes si cette tâche les fatiguait. Elles lui ont assuré que cela leur plaisait beaucoup au contraire, qu’elles trouvaient très agréable de se rencontrer tous les jours à 16 h à la clinique. Là, elles cochaient des éléments sur une liste de contrôle, puis fournissaient des détails, par exemple, lesquelles des 40 espèces de poisson locales elles avaient mangées au cours des dernières 24 heures. La sage-femme du village discutait avec elles de leurs données et aidait celles qui éprouvaient de la difficulté à écrire à remplir le formulaire.

Donna Mergler se rappelle que les femmes ont déclaré à Elizete que cette activité leur faisait prendre conscience des liens entre l’alimentation et leur santé et qu’elles souhaitaient vivement la poursuivre.

Sur la trace du mercure

C’est d’abord le lien entre l’alimentation, la santé et l’environnement qui a amené les chercheurs au village de Brasília Legal au début des années 1990. Des scientifiques de l’UQAM et de l’Universidade Federal do Pará ont fait équipe afin de découvrir la source de contamination au mercure du río Tapajós, un important affluent de l’Amazone dans le nord du Brésil.

On croyait que l’extraction aurifère pratiquée par les centaines de milliers de chercheurs d’or qui ont convergé dans la région lorsque s’est amorcée une ruée vers l’or à la fin des années 1970 était la cause de la contamination. Les garimpeiros utilisent du mercure, qui s’allie facilement à d’autres métaux, pour extraire l’or des sédiments de la rivière. On estime que, pour chaque kilogramme d’or obtenu, un kilogramme de mercure (l’une des substances naturelles les plus toxiques sur terre) se répand dans l’environnement.

Les scientifiques ont sillonné la rivière dans des bateaux qui leur servaient à la fois de résidence et de laboratoire et ont mesuré les taux de mercure dans le sol, les sédiments de la rivière, l’eau et les poissons. À leur grande surprise, les taux restaient relativement stables tout le long de la rivière, même à des centaines de kilomètres en aval des principaux chantiers d’extraction à la batée.

Cette constatation a amené les chercheurs à découvrir un autre facteur, beaucoup plus significatif : la culture sur brûlis, qui a entraîné une vaste érosion. En effet, les colons affluant dans la région déboisaient les forêts pluviales à un rythme accéléré afin de dégager des aires de pâturage et des terres agricoles. Les pluies diluviennes ont alors lessivé le sol des terres nouvellement déboisées dans les rivières, érodé les berges et libéré massivement le mercure contenu dans le sol.

Ce mercure est habituellement inoffensif, car la plupart des plantes ne peuvent l’absorber, mais une fois qu’il pénètre dans les systèmes aquatiques il devient source de danger. Marc Lucotte explique que les sols tropicaux contiennent naturellement des taux élevés de mercure, mais l’abattage des forêts transporte ce mercure dans les cours d’eau. Une bactérie le transforme alors en contaminant biodisponible, c’est-à-dire qui entre dans la chaîne alimentaire.

Les poissons absorbent une partie de ce méthylmercure, la forme de mercure la plus toxique, en mangeant du plancton. Ce sont les poissons prédateurs, ceux qui se nourrissent d’autres poissons, qui sont les plus contaminés; la contamination augmente à mesure que le mercure remonte la chaîne alimentaire.

Le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), une société d’État canadienne qui appuie la recherche dans les pays en développement, finance les études sur le mercure dans la région du río Tapajós depuis 1994. C’est ainsi qu’un projet de longue durée, le projet Caruso, s’est étendu au-delà de Brasilía Legal et s’est beaucoup ramifié au fil des ans. Le projet a mis à contribution des chercheurs spécialisés dans des disciplines variées, et associés à d’autres établissements, notamment le Biodôme de Montréal et l’Universidade do Rio de Janeiro. Il a également permis à un bon nombre d’étudiants diplômés brésiliens et canadiens, dont plus de la moitié étaient des femmes, d’enrichir leur formation.

Les gens sont sensés

Aucun des habitants de Brasília Legal ne montrait de signe d’empoisonnement au mercure grave; le mercure attaque le système nerveux et le cerveau et peut être mortel. Toutefois, les chercheurs ont été étonnés de découvrir que les villageois dont les cheveux contenaient des taux de mercure de 15 parties par million (ppm) présentaient des symptômes précoces d’empoisonnement au mercure tels des problèmes de coordination, de dextérité manuelle et des troubles de la vue. Cette concentration étant très inférieure au seuil des 50 ppm jugé sûr par l’Organisation mondiale de la santé, cela laissait supposer que le mercure pouvait nuire à la santé même en deçà du seuil accepté à l’échelle internationale.

En étudiant la concentration de mercure dans les poissons locaux, les chercheurs ont découvert que les espèces prédatrices étaient davantage contaminées que les espèces herbivores. Les villageois ont participé à la recherche de solutions dès le début du projet. Lors d’un atelier communautaire, ils ont imaginé un slogan positif adapté à une population dont le régime alimentaire se compose principalement de poisson : « Mangez davantage de poissons qui ne mangent pas d’autres poissons. »

Ils ont conçu des affiches qui, selon eux, aideraient à la diffusion du message. Trois poissons blancs y étaient reproduits, chacun sur un fond de couleur différente, rouge, jaune et verte, représentant les risques en ordre décroissant. (Plus tard, une bande dessinée s’avérera également efficace pour transmettre le message.) Le poisson sur fond rouge symbolisait les prédateurs qu’il valait mieux ne pas trop consommer, alors que celui sur fond vert représentait les herbivores que l’on pouvait manger 10 fois plus souvent que les prédateurs.

Comme les poissons ne sont pas munis d’étiquettes indiquant la teneur en mercure, cette technique a permis de donner aux gens une bonne idée de la quantité qu’ils pouvaient consommer, explique Donna Mergler.

Les résultats ont été spectaculaires. En 1995, les chercheurs avaient mesuré les taux de mercure chez 47 personnes et noté la quantité de poisson consommée la semaine précédente. Lorsque ces mêmes personnes ont fait l’objet de tests cinq ans plus tard, elles mangeaient toujours la même quantité de poisson, mais les taux de mercure avaient chuté de 40 %.

Les gens sont sensés, affirme Donna Mergler. Lorsqu’ils sont parties prenantes à un projet de recherche, ils sont en mesure d’en assimiler les résultats.

Peu après, grâce aux 26 femmes qui avaient consigné leur consommation alimentaire pendant toute une année, on a découvert que les fruits pouvaient avoir leur importance. Carlos Passos en est d’ailleurs arrivé à la même constatation dans le cadre d’une étude à grande échelle réalisée dans la région. Le chercheur se penche actuellement sur les raisons possibles de ce phénomène dans le cadre de ses recherches postdoctorales. Toutefois, il faut pousser plus avant la recherche sur les fruits et le mercure, y compris ailleurs dans le monde, avant de pouvoir affirmer avec certitude que les fruits ont un effet protecteur et que ce phénomène est universellement valide.

L’invisible pouvoir des femmes

Les femmes ont joué un rôle fondamental dans la transmission du message clé, à savoir la nécessité de modifier les habitudes de consommation de poisson, tant au sein de leur propre famille qu’auprès des autres villageois. Et elles se sont montrées moins sceptiques que les hommes quant au danger que présentait le mercure.

Par ailleurs, les femmes prenaient la plupart des décisions concernant l’alimentation familiale et étaient au coeur de presque tous les réseaux sociaux établis dans le village. Les chercheurs ont constaté que les véritables interlocuteurs du village, les « leaders d’opinion » dont les points de vue sur les enjeux importants touchant à la santé et à la dégradation de l’environnement pesaient le plus, étaient souvent les femmes, et non le chef de village ou le prêtre local, comme on s’y serait attendu. Dans sa thèse de doctorat, Elizete Gaspar évoque « l’invisible pouvoir des femmes ».

Johanne Saint-Charles, professeure de communication à l’UQAM, et Frédéric Mertens, de l’Universidade de Brasília, ont collaboré à une étude exhaustive des réseaux de discussion villageois. Professeur de biologie, Frédéric Mertens était tellement fasciné par les réseaux sociaux qu’il a décidé d’en faire le thème de son second doctorat. Les chercheurs ont recensé les voies de communication liant les 158 habitants adultes de Brasília Legal, qui compte en tout 544 habitants. Ils ont ainsi décodé « qui parle à qui » de mercure, de poisson et de santé, puis réalisé la même étude dans cinq autres villages.

Les chercheurs ont constaté que les hommes abordaient ces questions surtout avec d’autres hommes et les femmes, avec d’autres femmes. Par contre, les hommes qui avaient réellement changé leurs habitudes de consommation de poisson étaient ceux qui avaient nommé leur épouse parmi leurs « partenaires de discussion ».

Ces épouses étaient aussi les plus instruites, indique Johanne Saint-Charles (en Amazonie, être instruite signifie avoir fait des études secondaires, en tout ou en partie). Elle ajoute qu’en ce qui concerne les femmes, presque partout dans le monde, il y a corrélation entre pouvoir et instruction, ce qui n’est pas nécessairement le cas pour les hommes.

Les chercheurs ont également remarqué que les femmes agissaient comme intermédiaires, facilitant ainsi la communication entre différents groupes, en particulier au sujet des habitudes alimentaires. Même s’il s’agissait d’une petite collectivité, des facteurs tels que le fait d’être travailleur ou chômeur, le statut socioéconomique, le lieu de résidence dans le village et l’appartenance religieuse avaient créé des « réseaux de discussion » distincts. Plus souvent qu’autrement, les femmes étaient les pivots de ces réseaux et servaient de liens avec les autres groupes.

Chez les hommes, les « leaders d’opinion » sur la question du mercure étaient ceux qui tiraient leur subsistance de la pêche. Chez les femmes, les enseignantes et les travailleuses de la santé étaient les plus influentes, en particulier la sage-femme du village. En effet, cette dernière connaissait toutes les femmes et avait accès à la plupart des foyers, souligne Mme Saint-Charles. Et comme les services médicaux étaient éloignés (la ville la plus près n’est pas facile d’accès), la sage-femme exerçait beaucoup d’influence.

On respectait beaucoup également l’opinion des femmes qui cultivaient des plantes médicinales. En effet, les villageois allaient chez elles leur demander des plantes; il s’en faisait tout un commerce dans la collectivité, explique Johanne Saint-Charles, qui a dirigé au cours de la dernière année le CINBIOSE, établi à l’UQAM. (Le Centre de recherche interdisciplinaire sur la biologie, la santé, la société et l’environnement, que Donna Mergler a confondé il y a 20 ans, se spécialise dans la formation des femmes scientifiques. Selon Mme Saint-Charles, si le Centre ne se penche pas précisément sur les sexospécificités, toutes les recherches en tiennent compte.)

De la science à l’action

Malgré ses succès éclatants, le projet Caruso avait aussi ses limites, fait observer Marc Lucotte.

Il explique en effet combien il trouvait décourageant d’investir tous ces efforts dans un village de 500 habitants pendant que le système s’écroulait partout autour. Depuis 15 ans qu’il travaille en Amazonie, il a été témoin de l’importante dégradation du milieu, de l’abattage des forêts vierges et de l’établissement de plus en plus de pauvres dans la région. Aussi trouvait-il navrant de voir qu’il était possible d’accomplir de grandes choses, mais que ses interventions ne touchaient qu’un petit nombre de personnes.

Il déplorait également de ne pas pouvoir s’attaquer aux problèmes de mercure qui se posent ici au Canada avec la même approche exhaustive et interdisciplinaire. Mais la chance lui en a enfin été donnée lorsqu’il a reçu du financement pour étudier la contamination au mercure dans quatre collectivités du Québec, du Nouveau-Brunswick et du Labrador. Ce projet, qui s’est étalé sur cinq ans et est maintenant terminé, a été réalisé sous les auspices du Réseau collaboratif de recherche sur le mercure (COMERN), que dirige Marc Lucotte, et a mis à profit les enseignements tirés du projet mené en Amazonie.

Marc Lucotte précise que dans trois des quatre études de cas effectuées au Canada, les chercheurs ont été heureux de ne relever pour ainsi dire aucun problème lié au mercure. Cependant, il conseille aux adeptes de la pêche sportive en Abitibi, au Québec, de consommer avec modération les gros poissons prédateurs qu’ils aiment pêcher l’été et qui les exposent tout de même à des taux élevés de mercure.

Plus tôt cette année, les chercheurs ont appris qu’ils pourront poursuivre leurs travaux en Amazonie, grâce à un nouveau fonds canadien de soutien à la recherche en santé mondiale, administré par le CRDI. Marc Lucotte est le chercheur canadien principal au sein d’une équipe brésilo-canadienne ayant obtenu l’une des premières subventions du Programme de partenariat Teasdale-Corti, d’une valeur de 1,6 million de dollars sur une période de qu
tre ans. Dans le cadre du projet PLUPH (acronyme de Poor Land Use, Poor Health, ce qui signifie mauvaise utilisation des terres et mauvaise santé), les chercheurs collaboreront avec les collectivités de l’ensemble du bassin versant du río Tapajós en vue de favoriser le reboisement et d’ainsi attaquer le mal à la racine.

Marc Lucotte est ravi de cette occasion qui lui est offerte de passer de la science à l’action. Grâce à ce nouveau projet en effet, il pourra faire davantage que d’assister à la dégradation des terres et d’expliquer aux gens que l’abattage des forêts contribue à la contamination des poissons. Il pourra désormais leur proposer de mettre en oeuvre des mesures concrètes, notamment planter des arbres utiles qui contribueront du même coup à maintenir le mercure dans le sol et à l’empêcher de se répandre dans le système aquatique.

Le nouveau projet vise également à combattre la maladie de Chagas, une maladie débilitante et parfois mortelle qui affecte de 16 à 18 millions de personnes en Amérique latine. La maladie est transmise par un insecte qui se reproduit dans les palmiers, une des premières espèces d’arbre à reparaître après le déboisement des forêts tropicales par brûlis. Bien que les palmiers soient utiles à maints égards (ils fournissent notamment de l’huile de cuisson et des matériaux pour les toits), il vaut mieux qu’ils se trouvent loin des habitations. En outre, on peut planter sans danger près des demeures d’autres espèces qui donnent des fruits, des noix, ou du bois pour construire les canots.

Il s’agit en fait de donner aux gens de bonnes raisons de ne pas détruire la forêt, explique Marc Lucotte. Cette intervention devrait procurer des avantages sur tous les plans : une meilleure santé, la chute des taux de mercure et des incidences de la maladie de Chagas, et un apport de richesse grâce aux arbres utiles que les gens auront plantés. Les chercheurs et les villageois ont d’ailleurs un vaste choix d’espèces, car cette région présente une grande biodiversité. À cet égard, l’ingá sera peut-être le favori. Le fruit de cette espèce indigène figurait en effet de manière prédominante dans les carnets que les 26 volontaires infatigables de Brasília Legal ont tenus sur leur alimentation.

La prochaine étape consiste à choisir non seulement les collectivités avec lesquelles travailler, mais aussi les personnes qui y sont les plus influentes et qui agiront aussi comme intermédiaires avec les autres collectivités, indique Marc Lucotte. Il ajoute qu’au risque de donner dans la caricature, il est vrai que les femmes parlent plus que les hommes. Il constate avec intérêt que dans tous les réseaux sociaux, il y a davantage de femmes leaders d’opinion que d’hommes. Il y a donc fort à parier qu’elles joueront encore une fois un rôle très important dans ce projet.

Cet article a d’abord paru, en version originale anglaise, dans le numéro du magazine international Women & Environments (www.weimag.com) consacré à la question des femmes et des toxines.

Photos : Jean Lebel (photo principale) ; Frédéric Mertens

Kelly Haggart est rédactrice principale au CRDI.