Des recherches exécutées avec les aquaculteurs sri-lankais sensibilisent aux bonnes pratiques

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Agriculture et sécurité alimentaire
Un projet appuyé par le Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale (FCRSAI) aide les petits crevetticulteurs du Sri Lanka à adapter les bonnes pratiques de l’industrie aux besoins locaux. Les pratiques d’aquaculture durable en résultant pourraient entraîner une diminution des flambées de maladies, une augmentation de la taille des crevettes et de la rentabilité de leur élevage, ainsi qu’une réduction des impacts sur l’environnement.

La possibilité : la réduction de la malnutrition et l’amélioration des conditions de vie

L’aquaculture, c’est-à-dire l’élevage d’animaux aquatiques comme les poissons, les huîtres, les crevettes et les moules, pourrait améliorer considérablement la nutrition et réduire la pauvreté rurale au Sri Lanka. Le gouvernement compte sur cette industrie pour réaliser son plan visant à faire passer la consommation de poisson de 11 à 22 kilos par habitant pour éliminer la malnutrition dans le pays.

L’aquaculture offre également des perspectives d’activités économiques aux Sri-Lankais les plus démunis vivant en milieu rural, y compris aux femmes et aux populations déplacées par suite de la guerre civile.

Pourtant, les organismes de développement n’ont pas toujours soutenu l’aquaculture en raison des différends relatifs à l’utilisation de l’eau et des terres, des pertes de stocks importantes attribuables aux maladies et de la contamination de l’environnement.

Ce projet, mené par des chercheurs de l’Université de Calgary au Canada et de la Wayamba University au Sri Lanka, démontre que toutes les formes d’aquaculture, dont la crevetticulture, peuvent être pratiquées de façon durable si les aquaculteurs mettent au point de bonnes pratiques d’élevage, les font connaître et les utilisent.

Selon Craig Stephen, professeur à la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Calgary, l’aquaculture peut être un outil viable pour réduire la pauvreté et accroître la sécurité alimentaire si l’on réussit à éliminer les disparités dans la manière dont les aquaculteurs reçoivent les connaissances susceptibles d’améliorer les pratiques d’aquaculture, se les transmettent et les mettent en application.

Le défi : la communication de bonnes pratiques aux aquaculteurs

Les maladies, une mauvaise communication de l’information et l’absence d’objectifs mesurables pour la production durable entravent les efforts faits pour réduire la pauvreté au moyen de l’aquaculture. Il existe en effet de bonnes pratiques de gestion visant à réduire les flambées de maladies et à améliorer la durabilité et la productivité. Le problème, c’est que peu d’aquaculteurs les ont adoptées.

Les chercheurs ont constaté que de nombreux facteurs entrent en jeu. Ainsi, les aquaculteurs doutent parfois de l’exactitude de l’information transmise par les fournisseurs sur la santé des poissons. Il se peut par ailleurs qu’ils ne comprennent pas les raisons pour lesquelles le gouvernement recommande certaines pratiques d’aquaculture ou qu’ils ne saisissent pas en quoi ces pratiques conviennent au contexte local. Ils peuvent aussi manquer d’argent ou de temps pour mettre en application les bonnes pratiques. En outre, les forces du marché vont parfois à l’encontre de l’adoption de ces pratiques. Par exemple, certaines écloseries vendent à prix réduit des larves de moindre qualité, qui sont davantage vulnérables aux maladies.

Certes, si le plus grand défi consiste sans doute à faire en sorte que les aquaculteurs avalisent les bonnes pratiques et les utilisent, force est de constater que le projet s’avère efficace à cet égard. Il fallait trouver un moyen facile de communiquer rapidement et en temps utile l’information pertinente aux aquaculteurs.

Le gouvernement a investi beaucoup d’argent pour veiller à la stabilité des retombées économiques de l’aquaculture. Or, il est raisonnable d’investir un peu plus dans l’efficacité des moyens de communication si l’on veut avoir un impact à long terme, fait valoir Sevvandi Jayakody, professeure au département des pêches et de l’aquaculture de la Wayamba University.

Des conseils qui se révèlent utiles aux aquaculteurs

Grâce au soutien du gouvernement du Sri Lanka, les chercheurs ont établi des voies de communication entre les programmes gouvernementaux, les éleveurs de crevettes, les responsables des zones d’aquaculture et les experts universitaires. Non seulement le gouvernement diffuse-t-il de l’information aux aquaculteurs, mais les observations de ces derniers aident les chercheurs et le ministère des Pêches à transformer 26 bonnes pratiques de gestion en des politiques, des plans et des mesures destinés à des dizaines de petites zones d’aquaculture dans tout le pays. Les bonnes pratiques sont adaptées en tenant compte de la langue, de la culture et du sexe des aquaculteurs, ainsi que de la durée du cycle de production et des conditions locales.

C’est une façon de faire qui indique un net virage dans la manière de mettre au point et de faire adopter de bonnes pratiques. On constate que de bons moyens de communication et le soutien du gouvernement et d’autres intervenants incitent les aquaculteurs à les adopter, fait remarquer J.M.P.K. Jayasinghe, lui aussi professeur au département des pêches et de l’aquaculture de la Wayamba University.

Cette approche, ajoute-t-il, augmente la capacité d’une collectivité de prendre des décisions en ce qui a trait à l’aquaculture : puisqu’en dernière analyse ce sont les aquaculteurs qui décident des mesures à prendre à l’égard de leurs activités, il est important qu’ils comprennent les répercussions possibles de leurs décisions.

Des alertes environnementales en temps réel

Dans le cadre du projet, les chercheurs ont constaté qu’il est possible d’éviter ou de réduire au minimum les flambées de maladies et d’autres problèmes si l’on alerte rapidement les aquaculteurs. C’est pourquoi, depuis février 2012, ils procèdent à l’essai d’un système d’alerte par téléphone mobile auprès d’aquaculteurs des environs de Chilaw, le principal centre d’élevage de la crevette dans la province du Nord-Ouest.

Dès que les fonctionnaires apprennent qu’une maladie s’est déclarée ou que la qualité de l’eau a changé soudainement, ils envoient un texto aux aquaculteurs de la zone touchée les avisant des mesures à prendre sans tarder pour éviter, ou réduire le plus possible, les pertes et les répercussions sur l’environnement. Les aquaculteurs peuvent texter leurs questions et consulter un site Web pour en savoir plus.

Il s’agit d’informations névralgiques qui doivent être diffusées rapidement à un groupe ciblé d’aquaculteurs, afin que ces derniers puissent réagir sur-le-champ à la situation, explique Tim DeJager, de la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Calgary. S’ils savent qu’une maladie s’est déclarée dans une zone donnée, ils peuvent tout de suite prendre les précautions nécessaires pour en limiter la propagation.

Les résultats finals de l’essai seront analysés plus tard en 2012, mais, si l’on se fie aux résultats préliminaires, le système fonctionne. Les alertes par téléphone mobile ont permis aux aquaculteurs d’un district de déterminer qu’une écloserie était probablement la source d’une maladie qui se propageait dans leurs exploitations. En mettant fin à la distribution de postlarves de cette écloserie, il a été possible de limiter la propagation de la maladie.

Prochaine étape : mesurer pour améliorer la gestion

La difficulté qu’éprouve le gouvernement à mesurer les progrès réalisés par l’industrie à l’égard de la production durable présente elle aussi un défi. Le problème n’est pas propre au Sri Lanka : on compte plus de 2 000 articles scientifiques sur l’aquaculture, mais aucun ne propose une méthode pour évaluer les effets des politiques adoptées sur la durabilité sociale, économique et environnementale des fermes aquacoles, des petites exploitations surtout.

Les chercheurs s’emploient à changer les choses. Ils sont à concevoir le tout premier outil qui permettra aux fermes aquacoles du Sri Lanka de mesurer et de comparer la durabilité, lequel aidera les responsables des politiques à élaborer des pratiques de gestion optimales.
 


DONNÉES ESSENTIELLES

Chercheurs principaux 
Sunil Jayakody et Sam Daniel, Wayamba University, Sri Lanka
Craig Stephen, Université de Calgary, Canada

Pays :
Sri Lanka
Financement : 929 450 CAD
Période visée : d’août 2010 à janvier 2013

Pour plus de précisions sur ce projet, communiquer avec Sara Ahmed, spécialiste de programme principale, à New Delhi en Inde (sahmed@crdi.ca), ou avec Kevin Tiessen, spécialiste de programme principal, à Ottawa au Canada (ktiessen@crdi.ca).

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