Des pratiques à revoir en gestion de l’eau

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Chantal Schryer

Pour éviter des pénuries catastrophiques dans les décennies à venir, il faudra trouver de nouvelles façons de réduire la demande en eau, cette ressource si précieuse.

C’est l’avis des participants au Forum sur la gestion de la demande en eau financé par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) qui a réuni des décideurs et des spécialistes de 11 pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. Les quatre rencontres régionales tenues jusqu’ici au Maroc, au Liban, en Jordanie et en Égypte visaient la mise en commun du savoir des experts régionaux dans le but d’encourager l’adoption de nouvelles pratiques d’utilisation de l’eau adaptées à la situation, et d’aider les décideurs à élaborer de meilleures politiques.

Ce regain d’intérêt s’explique par la menace d’une catastrophe annoncée par de nombreux observateurs. Selon les auteurs de Financing Water for All, le rapport 2003 du Panel mondial sur le financement des infrastructures dans le secteur de l’eau lancé au Troisième Forum mondial de l’eau, on peut déduire des projections des Nations Unies sur les populations médianes que 48 pays comptant ensemble 2,8 milliards d’habitants connaîtront d’ici à 2025 des problèmes de stress ou de pénurie en matière d’approvisionnement en eau.

Une planète assoiffée où l’eau abonde

Le manque d’accès à l’eau constitue déjà une réalité quotidienne dans de nombreux pays en développement. À l’heure actuelle, « plus d’une personne sur trois dans le monde vit dans l’indigence par manque d’eau », a fait observer le président du Forum, Michel Camdessus, ancien directeur général du Fonds monétaire international. Ce fardeau infligé d’abord et avant tout aux femmes se fait particulièrement sentir au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne, où sont situés 40 des 48 pays où une crise menace de se produire selon le Panel.

À première vue, on peut douter que des populations entières puissent manquer d’eau sur une planète couverte à 70 % d’eau. Or ce chiffre est trompeur car en réalité, seulement 3 % de cette eau est douce, et celle-ci est emprisonnée aux trois quarts dans les calottes glaciaires et les glaciers. C’est donc dire qu’à peine 1 % des ressources en eau de la planète se retrouvent dans les lacs, les rivières et les nappes souterraines peu profondes dont l’exploitation est abordable. Et seules ces sources d’eau douce accessibles sont jugées « durables » du fait qu’elles sont constamment renouvelées par la pluie et la fonte de la neige. 

La répartition géographique inégale de ces ressources vient par ailleurs compliquer la situation. Si les habitants de pays comme le Canada (où se trouvent au moins 20 % des ressources mondiales d’eau douce) craignent rarement de manquer d’eau, la conservation de l’eau a toujours constitué un sujet de préoccupation dans les pays secs. Or ces pays subissent maintenant de nouvelles pressions créées par la croissance de leur population et de leur économie, et par la migration vers les villes.

À cause de cette évolution sociale et économique, les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord où le CRDI finance des projets de recherche consomment déjà ou devraient en majorité consommer d’ici quelques années plus d’eau que les quantités renouvelables dont ils disposent annuellement. Il faut donc se demander quel est le meilleur moyen d’atténuer ce déséquilibre entre l’offre et la demande d’eau.

Le prix d’une augmentation de l’approvisionnement

Les solutions proposées jusqu’ici ont surtout consisté à augmenter l’approvisionnement en eau. Or des solutions telles que le dessalement de l’eau de mer ou l’exploitation d’aquifères en profondeur peuvent coûter cher à l’économie et parfois aussi à l’environnement.

Les spécialistes sont pour la plupart arrivés à la conclusion qu’il vaut mieux chercher à réduire la demande afin que les réserves existantes suffisent à répondre aux besoins des populations. L’agriculture, par exemple, est à la fois le principal consommateur d’eau douce et l’activité économique première des pays au sol desséché du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord.

La tarification, un moyen d’encourager la conservation

Parallèlement, en faisant payer l’eau à l’utilisateur, on peut favoriser un meilleur usage des réserves existantes en décourageant le gaspillage et en fournissant aux gouvernements des revenus qu’ils pourront investir dans l’entretien et l’amélioration des réseaux de distribution. Réutiliser les eaux usées est tout aussi avantageux : en utilisant ces eaux au lieu de les éliminer, on réduit d’autant le besoin de trouver de nouvelles sources d’eau. Réduire la pollution de sources industrielle, ménagère et agricole y contribue également.

Les quatre portraits suivants montrent ce qui motive les chercheurs et les décideurs de différents pays qui s’attaquent à des problèmes comme ceux dont nous venons de traiter. Ils constituent en quelque sorte un rapport d’étape sur les mesures prises dans certains pays. Les personnes présentées ont toutes connu des pénuries d’eau dans leur pays, ce qui les a amenées à choisir dans leur jeunesse de consacrer leur vie à chercher des solutions à ce problème afin que leurs enfants et leurs petits-enfants n’aient pas à en souffrir.

Chantal Schryer est chef des Affaires publiques et des Relations gouvernementales à la Direction des communications du Centre de recherches pour le développement international.