Des outils novateurs pour lutter contre les maladies chroniques au Liban

29 janvier 2018

Profitant d’un fort soutien communautaire, le projet e-Sahha a changé la donne en améliorant l’accès aux soins de santé.

Photo : William Proby

Parmi les multiples défis auxquels font face les populations rurales et les réfugiés au Liban, on note le taux élevé de maladies non transmissibles (MNT) chroniques, comme le diabète et l’hypertension. Parmi ces populations, les MNT sont à l’origine de 80% des décès, tandis qu’un réfugié sur trois souffre d’une maladie chronique.

Il s’agit d’un problème très préoccupant, car l’afflux de réfugiés syriens a fait augmenter de 30% la population du Liban de 2011 à 2013. Les réfugiés palestiniens, forcés à l’exil après la Guerre de 1948, et leurs descendants comptent pour 10% de la population.

Au Liban, les réfugiés n’ont pas accès à plusieurs services essentiels et ne sont pas pris en charge par le système de santé national. Les services de santé du secteur privé étant trop coûteux pour la majorité, les réfugiés palestiniens dépendent entièrement des centres médicaux et hôpitaux tenus par l’Office de secours et de travaux des Nations Unies (UNWRA). Les populations rurales du Liban ont, quant à elles, accès au système de santé national, mais n’ont souvent pas accès aux moyens de transport ou autres moyens nécessaires pour se rendre aux points de service.

Favoriser l’accès aux soins de santé

En dépit des conditions qui compliquent la gestion des MNT, le dépistage et la détection précoces sont d’une grande importance, particulièrement chez les femmes enceintes. Les cas de diabète et d’hypertension, s’ils ne sont pas diagnostiqués et traités, peuvent avoir des effets désastreux pour la mère et son enfant. L’amélioration du dépistage et du traitement des MNT dépend autant des efforts des fournisseurs de soins que des patients et des travailleurs en santé communautaire. Pour les populations pauvres, déplacées ou marginalisées, les travailleurs en santé communautaire constituent souvent le seul moyen d’accès aux fournisseurs de soins.

Or, un système de cybersanté axé sur les collectivités, mis au point par l’Université américaine de Beyrouth et financé par le CRDI, montre comment il est possible de dépister et de traiter efficacement les MNT chez les populations rurales et déplacées. Mis à l’essai dans des régions rurales (en collaboration avec le ministère de la Santé publique) et dans des camps de réfugiés palestiniens (en collaboration avec l’UNWRA), il a permis d’accroître la détection du diabète et de l’hypertension, de réduire les taux d’hypertension et d’améliorer le contrôle du diabète.

Ce faisant, le système de cybersanté a montré comment les technologies numériques telles que les miniportatifs et les téléphones cellulaires peuvent aider les travailleurs de la santé à accroître l’accès aux services de santé ainsi qu’à améliorer la qualité des services offerts aux Palestiniens dans les camps de réfugiés et à d’autres populations difficiles à atteindre.

Un système de cybersanté intégré

Mis en oeuvre par l’Université américaine de Beyrouth, le projet e-Sahha (sahha signifie « santé » en arabe) vise à offrir des soins de meilleure qualité aux populations mal desservies, notamment en utilisant des téléphones cellulaires pour fournir de l’information utile, de la formation et du soutien., Tous les outils et le contenu du système de cybersanté ont été créés en collaboration avec des experts du ministère de la Santé publique. Des travailleurs de la santé et des utilisateurs des centres de soins de santé primaire ont aussi été consultés relativement à la conception et à la mise en oeuvre du projet.

Cette consultation a permis de concevoir des outils et du contenu ciblant les fournisseurs de soins, les patients et les travailleurs en santé communautaire. Puisque ces outils ont été conçus avec l’aide des utilisateurs pour répondre à des besoins réels, on s’attend à ce qu’ils soient toujours utilisés bien après la fin du projet.

Les fournisseurs de soins de santé, majoritairement du personnel infirmier, ont suivi une formation en ligne sur les directives cliniques relatives au diabète, au diabète gestationnel et à l’hypertension. Des plateformes en ligne visaient à favoriser leur sentiment d’appartenance, et à les inviter à échanger des renseignements et des expériences.

Fournir une trousse d’outils intégrée

Chaque semaine, des messages texte éducatifs ont été envoyés à près de 1 390 patients. Ces messages, dont 52 concernaient le diabète, 52 l’hypertension et 36 le diabète gestationnel, avaient pour but d’aider les patients à mieux gérer leur maladie. Tous les messages avaient été rédigés par des nutritionnistes et approuvés par un médecin. Des rappels de rendez-vous étaient envoyés aux patients par téléphone cellulaire.

Deux semaines après la prise d’un rendez-vous, on leur téléphonait pour vérifier s’ils s’y étaient présentés, ou connaître la raison de leur absence. Puisque les MNT exigent des soins continus, il est essentiel de s’assurer du respect du traitement et de cerner les obstacles à l’accès aux soins.

Les travailleurs en santé communautaire qui visitent les collectivités comptent sur une nouvelle trousse de détection du diabète et de l’hypertension, et sur un nouveau manuel clinique au sujet de ces maladies chroniques. Une application conçue pour les miniportatifs facilite la saisie des résultats, tandis qu’un système en ligne permet de fixer à distance un rendez-vous pour des patients dans les centres de santé.

La mise à l’essai du projet e-Sahha dans 3 des 28 centres de santé de l’UNRWA a donné lieu à une demande accrue et à un plus grand accès à de meilleurs services de santé. Fait tout aussi important, les services liés à e-Sahha sont appréciés tant par les fournisseurs que par les patients, et les travailleurs et responsables de la santé.

Une meilleure santé et un meilleur accès aux soins de santé

Un meilleur accès aux soins s’est traduit par une amélioration de la santé des patients. Après un an, les patients qui recevaient des messages texte présentaient des améliorations touchant le contrôle de la tension artérielle ou de la glycémie. Dans plusieurs cas, les messages texte les avaient aidés à modifier leurs comportements. Par exemple, certains ont diminué leur consommation de sucre ou de sel, amélioré d’autres aspects de leur alimentation ou fait plus d’exercice. Dans les camps de réfugiés, près de 33% des patients ont mentionné avoir modifié certaines habitudes. Ces réussites et d’autres réalisations connexes ont montré l’efficacité des messages texte pour combattre les maladies chroniques et favoriser l’équité en matière d’accès aux soins de santé.

Par ailleurs, les fournisseurs de soins de santé ont mentionné que les outils de cybersanté leur avaient permis de modifier certains aspects de leur pratique. Environ 90% d’entre eux recommanderaient le programme à leurs homologues. Ces outils, accessibles au moyen d’un téléphone intelligent ou dans les centres de santé, leur permettaient d’avoir un meilleur accès aux renseignements les plus à jour sur le traitement des maladies chroniques, réduisant ainsi leur isolement professionnel.

Dans l’ensemble, le projet montre que des innovations à l’échelle locale ainsi qu’une forte participation communautaire peuvent améliorer les services de santé au sein des populations mal desservies. Il montre également comment des stratégies de cybersanté peuvent facilement être intégrées à un système de soins de santé primaire et adaptées aux besoins des patients.

infographie : Plus de 2 500 femmes et hommes en zones rurales sensibilisés
infographie : 900 réfugié au liban en bénéficient
infographie : Plus de 72 000 messages (SMS) d’alertes envoyés aux agents de santé

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