Des municipalités côtières du río de la Plata accroissent leur résilience à l’égard des changements climatiques

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IIED-AL

José Alberto Gonçalves Pereira
Entretien avec
Florencia Almansi est la coordonnatrice d’une initiative binationale financée par le CRDI visant à accroître la résilience à l’égard des inondations dans quatre municipalités côtières du río de la Plata : Tigre et San Fernando, à Buenos Aires, en Argentine, et Carmelo et Juan Lacaze, dans le département de Colonia, en Uruguay. Les chercheurs ont découvert que les changements survenus au chapitre des régimes météorologiques et l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes causaient de l’érosion dans les basses terres, entraînant ainsi des inondations et des dommages aux immeubles et aux infrastructures dans la région frontalière bordant l’estuaire du río de la Plata.

Le rédacteur José Alberto Gonçalves Pereira s’est entretenu avec Mme Almansi au sujet du projet et de la meilleure façon d’en arriver à des politiques efficaces d’adaptation aux changements climatiques. 

José Alberto Gonçalves Pereira. Vous avez dit que votre équipe avait travaillé dès le départ avec les autorités, le milieu scientifique et la population. Pourquoi était-ce important dans le cadre du projet Riberas ?

Florencia Almansi. L’une des principales hypothèses sur lesquelles nous nous appuyons est que l’efficacité des politiques d’adaptation aux changements climatiques est tributaire de la capacité d’un gouvernement de comprendre les risques existants, d’ajuster sa planification en conséquence et de collaborer avec un large éventail d’intervenants. La participation et l’intervention directes de la collectivité sont cruciales à cet égard. Les plans d’action relatifs aux changements climatiques ne doivent pas être le résultat du travail de scientifiques exclusivement, mais plutôt le fruit d’efforts concertés. La gouvernance multipalier, tant verticale qu’horizontale, permet de construire de solides plans d’adaptation locale.

J.A.G.P. Comment interagissez-vous avec les différents intervenants ? Cette interaction a-t-elle apporté quelque chose de nouveau à la planification en matière d’adaptation ?

F.A. La vulnérabilité peut prendre des formes très différentes d’un endroit à l’autre, qu’il s’agisse de l’exposition, de la susceptibilité ou de la capacité à s’adapter. À San Fernando, par exemple, nous avons travaillé dans l’arrondissement de San José, où nous avons évalué la situation tous ensemble, préparé une carte présentant les risques de catastrophe à l’échelle locale, amélioré le système d’alertes rapides et créé des plans d’adaptation de concert avec la population. À Tigre, nous avons travaillé à Parque Alegre, un arrondissement isolé. Comme à San José, nous sommes parvenus à renforcer le degré d’organisation.

À Carmelo, même si nous avons travaillé avec l’administration municipale, les organismes communautaires et les résidents des zones les plus vulnérables, nous avons mené la plupart de nos activités dans des écoles secondaires publiques et avec le concours d’élèves et d’enseignants, et avons pris en compte leurs intérêts et les travaux antérieurs sur les problèmes environnementaux. À Juan Lacaze, des élèves du secondaire ont été désignés pour documenter les antécédents en matière d’inondations et leurs répercussions sur l’arrondissement.

J.A.G.P. Je présume qu’il est parfois difficile de traduire des images satellites, des cartes géographiques, des graphiques climatiques et d’autres données scientifiques en une langue facile à comprendre. Pourriez-vous nous dire comment vous avez abordé cette difficulté ?

F.A. On sent qu’il existe de graves problèmes de communication et de coordination, non seulement entre la population et les autorités, mais aussi entre les institutions publiques et au sein même des municipalités. Les résidents ne reçoivent pas d’alertes ou d’avertissements rapides lorsque le niveau du fleuve monte. C’est ce dont on se plaint le plus fréquemment –les gens ont besoin d’une marge pour mettre leurs effets personnels à l’abri. Ils disent qu’ils reçoivent l’information sur les tempêtes alors que ces dernières ont déjà commencé. Ce manque de communication et d’information fait en sorte que les gens ignorent les différents rôles joués par les organismes officiels qui interviennent en cas d’inondation.

J.A.G.P. Comment se déroule le projet ? Comment les plans d’adaptation sont-ils mis en oeuvre ?

F.A. Nous poursuivons nos travaux – certaines composantes avancent beaucoup plus rapidement que d’autres, et chaque municipalité suit sa propre voie. Nous nous attendons à obtenir plus de résultats vers la fin du projet. Une initiative de microfinancement aux fins de l’adaptation est en cours, et l’on commence à déterminer qui seraient les emprunteurs admissibles.

J.A.G.P. Concrètement, qu’est-ce que vous vous attendez à avoir accompli lorsque le projet se terminera, en 2014 ?

F.A. [Nous nous attendons] à engager un dialogue sur la manière dont on pourrait intégrer les problèmes liés aux changements climatiques et les facteurs de risque aux politiques publiques et aux priorités municipales. [Nous avons également l’intention] d’établir de nouvelles formes de communication entre l’administration municipale et la population, de sensibiliser les résidents et les décideurs aux liens entre l’urbanisation et la planification en matière d’infrastructure et à trouver les dirigeants communautaires capables de veiller à la poursuite des travaux. Enfin, nous mettrons à l’essai un fonds d’adaptation pour le logement afin de voir s’il pourrait s’avérer utile dans le futur.

José Alberto Gonçalves Pereira est rédacteur au Brésil.

Cette entrevue fait partie du cycle Entretien avec. Le projet Répercussions de la variabilité du climat sur les régions côtières de l'Argentine et de l'Uruguay dans l'estuaire du río de la Plataest financé par le programme Changements climatiques et eau du CRDI et est codirigé par l’Institut international pour l’environnement et le développement – Amérique latine (IIED-AL), en Argentine, et la Sociedad Amigos del Viento (SAV), en Uruguay

Pour obtenir des détails additionnels sur le projet, consulter le site Web du projet (en espagnol).

Entrevue vidéo avec la chercheuse Florencia Almansi

video interview with Florencia Almansi