Des moustiquaires imprégnées d’insecticide pour lutter contre le paludisme

Image
Stephen Dale
Des effets durables
Le fait que les décès attribuables au paludisme ont chuté de 25 % de 2000 à 2010, pour s’établir à 655 000 par année, constitue l’une des meilleures nouvelles de ce siècle. Ces résultats procèdent du soutien que le CRDI et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont commencé à accorder dans les années 1990 aux travaux visant à déterminer la façon dont les moustiquaires imprégnées d’insecticide pourraient contribuer à réduire le nombre accablant de victimes du paludisme.  

Ces moustiquaires se sont révélées essentielles dans la campagne mondiale de lutte contre le paludisme, laquelle a été particulièrement efficace en Afrique. Ainsi, une étude publiée dans la revue Malaria, en mars 2012, conclut que les moustiquaires insecticides ont contribué dans une proportion de 99 % à la prévention des décès infantiles attribuables au paludisme en Afrique subsaharienne au cours des dernières années.

Ces résultats remarquables dépassent largement les attentes du départ. Don de Savigny évoque le peu d’intérêt que les organisations internationales du domaine de la santé portaient aux moustiquaires de lit au début des années 1990, époque où il était spécialiste en santé au CRDI. Mais, des recherches d’avant-garde ont vite contribué à leur donner de l’importance à l’échelle mondiale.

Études d’envergure

Depuis les années 1980, on savait que les insecticides pulvérisés sur les moustiquaires pouvaient éliminer les moustiques porteurs du paludisme. On savait également que ces moustiquaires pouvaient réduire les risques de contracter la maladie, explique Don de Savigny, aujourd’hui professeur d’épidémiologie à Bâle et conseiller de longue date auprès de l’OMS et du programme
Faire reculer le paludisme. En revanche, une question demeurait, à savoir si leur utilisation pouvait réellement réduire le taux de mortalité global.

C’est avec cette question en tête qu’au début des années 1990, le CRDI et l’OMS ont cofinancé des essais à grande échelle afin de vérifier l’efficacité des moustiquaires insecticides en Afrique et ont organisé, en 1994, une réunion d’experts en vue de déterminer la voie à suivre. En 1996, la publication du livre Un mur contre la malaria par le CRDI, qui fait état des constatations et recommandations ayant émané des travaux, a attiré l’attention de la planète sur les possibilités qu’offraient ces moustiquaires de sauver des vies.

Il eût été logique de ne pas poursuivre la recherche plus avant, mais les chercheurs financés par le CRDI étaient d’un autre avis. C’est ainsi qu’ils ont conçu un nouveau programme de recherche axé, cette fois, sur la façon de combattre paludisme au moyen des moustiquaires insecticides. En effet, il fallait encore résoudre d’importantes questions pratiques : comment inciter la population à se procurer des moustiquaires et à les utiliser, comment les distribuer à des millions de personnes, comment favoriser leur fabrication et comment financer le tout.

Une nouvelle industrie

La recherche financée par le CRDI a débouché sur tout un ensemble de solutions concrètes. En Tanzanie, on a conçu un programme de marketing social visant à convaincre les citoyens du bien-fondé d’acheter des moustiquaires insecticides, lesquelles étaient subventionnées de sorte qu’un plus grand nombre puisse en acquérir. En 2004, une aide financière accordée par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a permis aux autorités sanitaires de distribuer des coupons-rabais, d’une valeur appréciable, afin que davantage de pauvres puissent s’en procurer.

Les chercheurs ont également rencontré des propriétaires d’usine pour les convaincre des avantages économiques qu’ils retireraient de la production de moustiquaires de lit. Leur démarche a ainsi stimulé l’essor d’une importante industrie de fabrication de moustiquaires insecticides. Ils ont aussi conçu une trousse domestique afin que les gens puissent réimprégner d’insecticide leur moustiquaire eux-mêmes et ainsi prolonger son efficacité. (Les moustiquaires insecticides de longue durée ont depuis remplacé cette technique.)

Tout ce travail a donné une impulsion au mouvement, souligne Don de Savigny, en stimulant la demande au départ et en faisant entrevoir les résultats que donnerait une stratégie globale préconisant leur utilisation. Dans la vaste lutte contre le paludisme menée à l’échelle mondiale par de multiples intervenants, le CRDI a joué un rôle de premier plan à titre de pionnier et d’éclaireur, ajoute-t-il.

Toutefois, la lutte contre le paludisme exige vigilance et innovation constante. Ainsi, des données selon lesquelles les moustiques développent une résistance aux insecticides en usage de nos jours indiquent qu’il faut chercher de nouveaux médicaments, de nouveaux insecticides et de nouvelles stratégies. Cette résistance est normale et prévue, explique Don de Savigny, et elle illustre la nécessité de poursuivre la recherche et les découvertes.

Stephen Dale est rédacteur à Ottawa.

 

Cet article fait partie des récits Des effets durables, qui mettent en évidence des façons dont les travaux financés par le CRDI ont amélioré les conditions de vie dans les pays en développement.

En savoir plus

 


 
DES EFFETS DURABLES > AFRIQUE SUBSAHARIENNE