Des messages textes peuvent sauver des vies en Asie du Sud

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Marc Ellison

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Imaginons un monde où la technologie mobile aide à sauver des vies en permettant de prévenir rapidement les autorités sanitaires de nouvelles éclosions de H1N1, de varicelle et de paludisme. Récemment, un groupe de réflexion sur les TIC, LIRNEasia, l’organisation non gouvernementale Sarvodaya, tous deux du Sri Lanka, et le Rural Rural Technology and Business Incubator, établi en Inde, ont fait l’essai d’un système de détection précoce.

Appuyée par le CRDI, l’équipe du programme de biosurveillance en temps réel a mis à l’essai une solution de rechange moderne au système papier que les Britanniques ont établi il y a plus d’un siècle. Actuellement, les données locales sur les maladies infectieuses mettent de trois à quatre semaines pour parvenir aux centres d’épidémiologie nationaux, soit au moment où l’aggravation des symptômes courants est déjà décelable et que la maladie peut alors avoir fait beaucoup de victimes. C’est ainsi qu’en 2003, dans la province du Centre du Sri Lanka, une maladie s’apparentant à la fièvre est passée inaperçue jusqu’à ce qu’elle cause trois décès.

Selon une étude réalisée par LIRNEasia, bon nombre de travailleurs de la santé n’entendaient parler des éclosions que par les médias, le bouche à oreille ou leurs pairs.

Un inspecteur de la santé publique précise qu’il importe de pouvoir prendre connaissance de l’incidence des maladies en temps réel afin de repérer rapidement les éclosions. Les hôpitaux mettent plusieurs jours avant d’envoyer les formulaires d’avis imprimés et les patients risquent d’avoir déjà succombé à la maladie ou d’être rentrés à leur domicile, explique-t-il.

La surveillance des maladies simplifiée

Pour que le dépistage des maladies en temps réel devienne réalité, LIRNEasia a mis à l’essai un système faisant appel à la téléphonie mobile, dans le cadre d’un projet pilote appuyé par le CRDI.

En Inde et au Sri Lanka, la téléphonie mobile est la technologie la plus abordable tout en ayant une vaste portée, explique Nuwan Waidyanatha, directeur du projet au sein de LIRNEasia. La transmission des données est immédiate, ce que la poste ne permet pas. Elle est également beaucoup moins coûteuse, ajoute-t-il; elle ne coûte qu’une fraction d’un cent, alors qu’il en coûte cinq cents pour envoyer des formulaires par la poste.

Si le concept est simple, il repose sur une technologie de pointe.

Les travailleurs de la santé communautaire enregistrent le diagnostic de leurs patients à l’aide d’un logiciel installé sur un téléphone mobile. Ils transmettent ensuite les données directement aux centres d’épidémiologie nationaux de Colombo, au Sri Lanka, et de Chennai, en Inde. Un logiciel d’exploration de données ‒ mis au point à l’Université Carnegie Mellon, aux États-Unis ‒ analyse les données quotidiennement. Les épidémiologistes sont ainsi en mesure de localiser les risques d’épidémie à l’aide d’outils cartographiques.

Les spécialistes se servent ensuite du système pour envoyer aux inspecteurs de la santé des messages pour les prévenir des risques potentiels. Ces messages peuvent être traduits dans les dialectes locaux, puis transmis aux collectivités où ils seront affichés sur des babillards au coeur du village.

L’équipe de recherche a mis le système à l’essai dans 28 établissements de l’État du Tamil Nadu, dans le sud de l’Inde, et dans 12 hôpitaux de la province du Nord-Ouest, au Sri Lanka.

Un meilleur moyen de déceler les éclosions

Le système de biosurveillance a déjà prouvé son utilité. Au cours des 15 mois qu’a duré l’essai, on a repéré plus d’une douzaine d’éclosions possibles. Les autorités sanitaires en ont confirmé quatre (varicelle, maladie diarrhéique aiguë, infection des voies respiratoires et oreillons).  

Concernant l’épidémie de varicelle qui a frappé le district de Kurunegala, au Sri Lanka, M. Waidyanatha affirme que, grâce à la plateforme, on a été en mesure de déceler cette éclosion plus rapidement qu’avec le système papier. Le médecin hygiéniste de division en a été avisé dès le lendemain.

LIRNEasia a constaté que le nouveau système pourrait réduire les coûts de fonctionnement et d’archivage de 30 à 50 %. Par exemple, on pourrait éliminer les dépenses associées aux déplacements, car les inspecteurs de la santé publique n’auraient plus à se rendre à la ville une fois par semaine pour compiler leurs données. En confinant les éclosions éventuelles, la nouvelle plateforme aiderait à diminuer la pression à laquelle sont soumis les systèmes de santé de l’Inde et du Sri Lanka.

Selon les représentants des autorités sanitaires participant au projet, le nouveau système pourrait être utile à la planification à long terme et à l’affectation des ressources en santé. Il pourrait même servir à cerner les problèmes quotidiens qui surgissent dans les collectivités locales. Ainsi, M. Waidyanatha explique que dans le Tamil Nadu, on a pu constater que les hommes se plaignaient de douleurs pendant la période des récoltes, ce qui a mis en évidence la nécessité de doter les agriculteurs de meilleurs outils.

Des défis à relever


LIRNEasia a relevé certains problèmes associés au nouveau système en Inde et au Sri Lanka.

Certes, il aide à éliminer le risque d’erreurs inhérentes au processus manuel, à savoir les erreurs que les commis peuvent commettre lorsqu’ils déchiffrent l’écriture sur les formulaires papier ou consignent à la main l’information sur les patients dans les dossiers. Toutefois, de nouveaux problèmes ont surgi. En effet, les taux d’erreurs dans la soumission des données étaient de 23 à 45 %, attribuables principalement aux différentes façons d’orthographier les termes médicaux tels que « tuberculose » ou à l’emploi erroné de termes tels que « démence » et « perte de mémoire » comme synonymes. Ces erreurs ont nui à l’analyse statistique complexe qu’effectue le système et ont donné lieu à de fausses prévisions.

Même s’il a été facile aux travailleurs de la santé participant à l’essai d’apprendre à saisir les données sur les patients, certains voient dans le nouveau système une contrainte bureaucratique, et d’autres, une menace à leur emploi.

Une solution durable ?

Nuwan Waidyanatha estime que le nouveau système représente une « solution utilisable », mais qui nécessite toutefois des améliorations.

Des essais ultérieurs effectués dans la province du Nord-Ouest par le ministère de la Santé du Sri Lanka ont fait ressortir d’autres aspects à améliorer. Le personnel infirmier chargé de la lutte contre les maladies infectieuses qui prenait part à l’essai a trouvé difficile d’entrer les données au moyen du clavier d’un téléphone mobile. Les chercheurs en concluent qu’il vaudrait mieux utiliser des téléphones plus perfectionnés ou des tablettes à écran tactile, ou améliorer les capacités de lire l’écriture manuelle.

Il est évident que la volonté d’utiliser la technologie et les capacités de le faire sont des facteurs importants, mais il convient également de prendre en compte le contexte plus global, à savoir la volonté politique et l’acceptation sociale par les différents usagers.

Le projet a réussi à sensibiliser aux avantages importants que procure la technologie dans le domaine de la surveillance de la santé publique dans des pays en développement comme l’Inde et le Sri Lanka. Il importe maintenant d’approfondir les recherches afin de trouver les outils qui conviendront le mieux aux travailleurs de la santé, toujours très occupés.

Marc Ellison est un journaliste et photojournaliste de Vancouver qui a déjà été titulaire d’une bourse en journalisme du CRDI.