Des jeunes économistes formés localement guident l’Afrique francophone vers un avenir meilleur

July 31, 2017

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Un professeur d'université dans une salle de classe

UNU-WIDER

COLLECTION : RENFORCEMENT DE LA RECHERCHE ÉCONOMIQUE

Banata Tchale Sow, Secrétaire d’État aux Finances et au Budget de la République du Tchad, attribue son succès professionnel à un programme qu’elle a intégré en 1994 après une rude sélection et duquel elle a gradué deux années plus tard avec un diplôme de troisième cycle universitaire en Macroéconomie.

Sow est diplômée du Programme de Troisième Cycle Inter-Universitaire (PTCI), géré par un réseau de 18 institutions d’enseignement et de recherche en économie. Créé avec l’appui du CRDI, ce programme assure une formation locale d’économistes de haut niveau afin de pallier à l’insuffisance de ressources humaines en Afrique francophone, souvent citée parmi les principaux obstacles aux efforts de développement de ces pays.

«Je peux affirmer aujourd’hui que le PTCI a fait de moi ce que je suis aujourd’hui : une femme, africaine et francophone, qui porte son combat sans se plaindre et qui avance vers ses objectifs en se donnant les moyens de les atteindre» dit Sow.   

Une masse critique de diplômés

Entre 1994 et 2017, le programme a ainsi formé plus de 2,500 économistes rompus aux techniques d’analyse à la frontière des connaissances. Le PTCI a réussi à se forger une réputation de programme d’excellence recrutant sur des bases hautement concurrentielles et formant des économistes hautement compétitifs.

Le suivi des anciens étudiants du programme révèle en effet que la majeure partie des diplômés, soit 87%, choisit de faire carrière dans la sous-région en occupant des postes tels que ceux de conseillers(ères), de directeurs(rices), de secrétaires générales, et autres postes influents au sein des institutions de leurs pays respectifs. Certains, à l’instar de Sow, sont nommés à des postes stratégiques dans la haute administration publique et les deux banques centrales de la sous-région.

Éclairer la voie vers le développement durable

La contribution du PTCI au développement économique et social des pays francophones d’Afrique, y compris Madagascar, est difficilement contestable. Le Programme de Troisième Cycle Inter-Universitaire (PTCI) est créé en 1994 par la Conférence des Institutions d’Enseignement et de Recherches économiques et de gestion en Afrique (CIEREA), un réseau né à la suite des programmes d’ajustements structurels des années 1980s. Les États concernés reçoivent à travers ces programmes des prêts conditionnels des institutions internationales pour promouvoir le libre-échange et la compétitivité de leurs économies en échange de réductions drastiques des dépenses sociales.

Le PTCI élabore alors une stratégie basée sur la mise en commun de ressources humaines nationales pour la formation d’étudiants de deuxième et troisième cycle en économie à travers toute la sous-région. Le PTCI vise à pallier à l’insuffisance d’enseignants-chercheurs et de gestionnaires-économistes compétents et capables de conduire des recherches rigoureuses pour éclairer la mise en œuvre de stratégies de développement durable dans les pays francophones d’Afrique, dont plusieurs sont réputés être parmi les plus pauvres de la planète, tant en termes monétaires que de développement humain.

Gestion de crise de revenu

Les économies de la région, fortement dépendantes de l’exploitation de ressources naturelles, poursuivent aujourd’hui leur quête vers une croissance inclusive et génératrice d’opportunités réelles pour les femmes et les jeunes. À travers tous les pays francophones de la région, les diplômés du PTCI apportent leur modeste contribution à cet effort.

Sow par exemple, en sa qualité de Secrétaire d’État aux Finances et au Budget, doit proposer des solutions innovantes pour compenser la chute des revenus pétroliers du Tchad, un pays à moitié désertique et enclavé où l’essentiel des recettes de l’État provient de l’exploitation pétrolière. Avec le taux de mortalité infantile le plus élevé au monde en 2009, l’atteinte des objectifs du développement durables au Tchad ne pourra clairement se faire que si une solution durable est trouvée à la crise budgétaire causée par la chute des cours du pétrole sur les marchés internationaux. Sow travaille activement à la recherche d’une telle solution, à l’exemple de son collègue de Côte d’Ivoire, Yeo Nahoua, le Directeur de Cabinet du Ministère du Plan et du Développement de la République de Côte d’Ivoire.

La Côte d’Ivoire, tout comme le Tchad, voit aujourd’hui ses perspectives de croissance à deux chiffres compromises du fait de la chute des prix du cacao sur le marché international. La Côte d’Ivoire étant le premier producteur mondial de cacao, les plans de développement doivent aujourd’hui être réévalués et des scénarios alternatifs de financement du développement trouvés. Fort de ses compétences techniques acquises dans le cadre du PTCI, Nahoua anime aujourd’hui l’équipe chargée de trouver des solutions pour garantir l’atteinte des objectifs du développement durable.

La colonne vertébrale des facultés d’économie

L’étude de suivi des diplômés du PTCI révèle que ceux-ci s’impliquent également dans la formation des jeunes hommes et des jeunes femmes. Avec 50 à 90 %  du corps professoral en économie dans les universités de la sous-région, ces diplômés contribuent de façon significative à la formation et à l’encadrement universitaire des jeunes francophones.

À l’Université de Yaoundé II au Cameroun par exemple, 90% des 21 professeur-assistants recrutés ces deux dernières années sont issus du PTCI. À l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar au Sénégal, 74 % des enseignants permanents du département d’économie sont des diplômés du PTCI. Plusieurs postes de doyen et de vice-doyen dans les universités de Côte d’Ivoire, du Bénin, du Togo, du Congo, et du Burkina Faso sont également occupés par des diplômés du PTCI.

Un appui stratégique

L’appui technique et financier constant du CRDI depuis plus de 20 ans aura permis au PTCI de poursuivre sa mission et ses objectifs malgré le désintéressement de ses bailleurs de fonds traditionnels pour les programmes de formation et de renforcement de capacité.

En plus de l’expertise Canadienne régulièrement mobilisée entre autres pour dispenser des enseignements aux apprenants, le PTCI bénéficiera à plusieurs reprises de l’appui de personnes ressources pour la conception de plans stratégiques, de plans de mobilisation de ressources et la mise en réseau avec des universités Canadiennes. La coopération Canadienne, à travers le CRDI et le PTCI, contribue ainsi à l’avènement d’un monde plus juste et prospère, ce qui constitue l’une des valeurs fondamentales canadiennes.

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