Des idées novatrices et vivifiantes : le Canada prend les devants en matière d’écosystèmes et de santé

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Donald Cole
La pollution peut rendre les gens malades. L’air contaminé ou l’eau potable empoisonnée nuisent à la santé publique. Selon l’Organisation mondiale de la santé, environ 20 % de la charge de morbidité qui afflige la planète est attribuable à la piètre qualité de l’environnement.
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Donald Cole - clip.wav

L’écosanté porte fruit — Nouvelles études de cas
Ces quatre fiches illustrent la façon dont les travaux de recherche que soutient le CRDI aident à trouver des solutions durables à des problèmes en matière d'environnement et de santé partout dans le monde.

Article: Le Honduras se démarque dans la lutte contre la maladie de Chagas

Mais inversement, et cela n’est certes pas évident, la maladie humaine peut nuire à l’environnement. À titre d’exemple, des agriculteurs africains affaiblis par le paludisme ou le sida peuvent manquer de l’énergie nécessaire pour cultiver leurs terres. Et les recherches que j’ai effectuées dans les montagnes de l’Équateur ont démontré que les producteurs de pommes de terre utilisaient tellement de pesticides qu’ils ont fini par s’empoisonner et empoisonner leurs familles. Souffrant de troubles neurologiques, ils n’étaient plus aptes à prendre des décisions judicieuses en matière d’agriculture. Dans les deux cas, que les terres soient laissées en friche ou mal exploitées du fait de la maladie, il peut y avoir des répercussions néfastes sur l’environnement.

Les pays en développement ne sont toutefois pas les seuls à subir les effets de la dynamique complexe qui existe entre l’environnement et la santé humaine. Récemment, dans le sud de la Californie, des débiteurs hypothécaires aux abois ont tout simplement abandonné leur propriété. N’étant plus entretenus, piscines, étangs et jacuzzis ont favorisé la reproduction des moustiques, provoquant une résurgence importante de la fièvre du Nil occidental, mortelle.

Que signifie tout cela ?

Cela signifie tout simplement qu’il existe des liens entre la salubrité des écosystèmes et la santé humaine et qu’en agissant de manière éclairée, les artisans des politiques peuvent contribuer à des améliorations sur les deux plans en même temps.

Carl Hiebert
Une participante au projet du Malawi et sa récolte d'arachides

Mais il importe tout d’abord de comprendre cette relation complexe et aux multiples facettes. Aussi, avant de pouvoir instaurer des politiques, la recherche s’avère-t-elle essentielle pour jeter un éclairage sur ces liens. À cet égard, l’apport du Canada a été fort substantiel.

Le leadership canadien

Dans les années 1990, les Canadiens ont commencé à réfléchir différemment aux questions touchant à la santé en milieu de travail et à la pollution des lacs et des rivières du pays. Des chercheurs de l’Université du Québec à Montréal ont été parmi les premiers à innover dans ce domaine en réalisant des études qui ont fait date sur la contamination par le mercure au Brésil, ainsi que dans des collectivités des Premières nations dans le nord du Canada et dans les milieux humides du lac Saint-Pierre, dans le fleuve Saint-Laurent, au Québec. Leurs idées ont fait leur chemin au sein des universités canadiennes, et une obscure société d’État fédérale les a adoptées et appliquées partout dans les pays en développement.

Cette société d’État, le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), finance la recherche visant à lutter contre la pauvreté dans le monde. Jouissant d’une excellente réputation à l’étranger, le CRDI est plutôt méconnu au Canada. De concert avec d’autres bailleurs de fonds, il appuie des spécialistes de nombreux pays qui s’attachent à trouver des solutions aux problèmes ayant trait à l’environnement et à la santé, lesquels sont intimement liés.

Ces réflexions et travaux ont débouché sur la création d’un champ d’études passionnant qu’on a appelé « l’écosanté ».

Le CRDI finance des centaines de projets en matière d’écosanté partout dans le monde. Il appuie des recherches portant sur la grippe aviaire et la menace qu’elle pose, sur la gestion des déchets urbains dans les bidonvilles, sur les répercussions de la pollution de l’air et de la contamination provenant de l’exploitation minière sur la santé, ainsi que sur les liens entre la biodiversité, la sécurité alimentaire et les pratiques agricoles sûres.

Aujourd’hui, le réchauffement climatique est au coeur de la recherche en écosanté. Les scientifiques se préoccupent en effet des répercussions des changements climatiques sur les maladies transmises par les moustiques, dont le paludisme, sur l’approvisionnement en eau et la qualité de l’eau potable et sur la sécurité alimentaire.

Peter Bennett
Le Partenariat de reserche sur l'influenza aviaire en Asie cible les causes environnementales et agricoles de la grippe aviaire.

De nouvelles avenues

À maints égards, la recherche en écosanté ouvre de nouvelles avenues.

En premier lieu, dans cette démarche, les collectivités ne sont pas de simples objets d’étude; elles participent à la définition des problèmes et à la recherche de solutions concrètes. Cette participation peut se révéler très fructueuse.

En Équateur, par exemple, les scientifiques ont expliqué aux producteurs de pommes de terre que les insecticides chimiques étaient dangereux, mais beaucoup ont refusé d’en réduire l’utilisation car ils craignaient de perdre leurs moyens d’existence. Ce n’est qu’après avoir pris part à la recherche et examiné des solutions de remplacement pour lutter contre les insectes – notamment des pièges à ravageurs et une meilleure gestion des cultures – qu’ils ont accepté de réduire l’utilisation des pesticides. Leur santé s’est améliorée, et ils ont préservé leurs moyens d’existence.

Un deuxième principe de la démarche, lié au premier, repose sur la nécessité de s’assurer de la participation sur un pied d’égalité des membres de la collectivité, en particulier de celle des femmes, des enfants et des démunis, souvent laissés pour compte par les chercheurs et les artisans des politiques.

Troisièmement, la recherche en écosanté s’efforce de mobiliser des scientifiques de diverses disciplines. Dans une démarche classique, des chercheurs en médecine se concentreraient, par exemple, sur les effets d’un déversement de produits toxiques sur la santé, alors que des spécialistes de l’environnement s’attaqueraient, seuls de leur côté, aux torts causés à l’écosystème. La démarche écosanté, elle, réunit tous ces spécialistes, ainsi que les dépositaires du savoir local, dès le début d’un projet, et elle les incite à se pencher ensemble sur les problèmes et à élaborer des stratégies communes.

Cette collaboration élargie favorise la recherche de solutions novatrices, durables et ayant une grande portée. Au Guatemala, entre autres, une équipe de chercheurs a montré à la population locale que de simples mesures structurelles et sanitaires à l’intérieur des foyers pouvaient en éloigner les insectes vecteurs de la maladie de Chagas. En Inde, des propriétaires de carrières de pierre ont accepté d’utiliser la technologie que des chercheurs en écosanté avaient mise au point pour réduire la poussière, cause de nombreux troubles respiratoires chez les travailleurs.

C. Monroy
Au Guatemala l'equipe de reserche a enseigné à des agents ministère de la Santé et aux membres de la collectivité comment plâtrer les murs des maisons afin des prévenir les inefstations de réduves.

L’avenir

Ainsi, grâce au leadership du Canada, il aura fallu relativement peu de temps, pour qu’une toute nouvelle discipline scientifique voie le jour. L’écosanté a désormais apposé sa marque sur des programmes de recherche, des revues savantes, des conférences scientifiques et des sites Web. Les idées qu’elle met de l’avant inspirent les travaux des associations spécialisées et orientent le contenu des cours dans les universités, au Canada et à l’étranger. Le terme même d’écosanté et la notion vivifiante et prometteuse qu’il évoque – la santé plutôt que la maladie, la prévention plutôt que le simple traitement, au moyen d’une meilleure gestion des écosystèmes – se sont généralisés.

Au début du mois de décembre, au Mexique, le mouvement de l’écosanté recevra une belle impulsion alors que le Forum international écosanté rassemblera des chercheurs, des artisans de politiques, des journalistes, des praticiens du développement et des représentants de collectivités. Ce forum constituera un moment crucial pour la consolidation du mouvement. Si les Canadiens peuvent être fiers de percées scientifiques telles que la découverte de l’insuline, ils peuvent se réjouir tout autant du rôle qu’a joué leur pays dans le lancement de ce champ d’études fondamental.

Donald C. Cole, épidémiologiste et spécialiste en médecine communautaire à la Dalla Lana School of Public Health de l’Université de Toronto, est l’un des pionniers de la démarche écosanté. Le CRDI a appuyé ses travaux de recherche, notamment ceux qu’il a menés auprès des producteurs de pommes de terre en Équateur.