Des espoirs à la hauteur de la haute technologie

28 janvier 2011
Stephen Dale
Profil de Michael Clarke, directeur du domaine de programme Technologies de l’information et de la communication au service du développement (TIC-D) du CRDI

À titre de professeur à la faculté de médecine de l’Université de Western Ontario, Michael Clarke a passé des années à promouvoir l’utilisation des technologies de pointe de la communication pour améliorer la prestation des soins médicaux dans les pays en développement.

« J’ai visité beaucoup, beaucoup de cliniques rurales où le seul travailleur en soins de santé est un diplômé de l’école secondaire qui accomplit des choses étonnantes, mais qui est dépassé et a besoin de plus de soutien », explique-t-il.

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« C’est dans les régions éloignées que ces technologies peuvent avoir des effets concrets — en permettant au personnel de la santé de prendre connaissance des pratiques exemplaires et des lignes directrices et en offrant des réponses aux questions. Avec la technologie appropriée, le praticien isolé peut consulter, en temps réel, un spécialiste qui se trouve à des centaines ou des milliers de kilomètres tout aussi facilement que s’il parlait à quelqu’un au bout du couloir. Et si l’on peut accroître les compétences du travailleur de la santé, on ne peut qu’améliorer les diagnostics et les soins au patient. »

Compte tenu de son expérience de l’utilisation des technologies de la communication dans la formation médicale, il était naturel que le premier voyage à l’étranger de Michael Clarke à titre de directeur du domaine de programme Technologies de l’information et de la communication au service du développement (TIC-D) du CRDI le mène aux Philippines pour, comme il le dit lui-même, « assister à la naissance d’un réseau de recherche panasiatique axé sur la technologie et les soins de santé. C’était totalement fortuit et c’était le meilleur endroit où je pouvais me trouver, puisque j’essayais de saisir ce que font les gens et ce qui les intéresse. »

Autrement dit, M. Clarke — qui est entré au CRDI en janvier 2007 — se sent comme un poisson dans l’eau. Non seulement y a-t-il une grande affinité entre ses propres intérêts et les préoccupations du Centre, mais de plus, selon lui, la méthode de travail du CRDI a beaucoup en commun avec le modus operandi de la recherche médicale. Les deux comptent énormément sur les contributions d’experts universitaires mais mesurent leur réussite à la lumière de leurs réalisations concrètes.

« En médecine, nous disons "du laboratoire au chevet du malade", ce qui signifie que vous êtes constamment tenu de rendre compte de la façon dont votre travail permettra d’alléger la charge de morbidité, souligne M. Clarke. À mon avis, l’esprit de la boucle d’apprentissage qui existe au CRDI ressemble beaucoup à cela parce qu’on s’y concentre énormément sur la reddition de comptes et qu’on cherche à mesurer comment appliquer la recherche pour faire changer les choses. »

Un cheminement exceptionnel

Le parcours de Michael Clarke dans le monde hautement spécialisé de la recherche médicale est le fruit d’heureux hasards. Après l’obtention d’un baccalauréat en biologie au Canada, il a quitté le pays pour enseigner au niveau secondaire en Sierra Leone, en tant que coopérant du CUSO. Il a poursuivi son séjour dans ce pays après qu’une série de coïncidences intéressantes lui eurent valu une offre d’emploi de USAID dans le cadre d’un projet en agriculture portant sur l’incidence croissante de maladies humaines résultant de l’adoption d’une nouvelle méthode de culture du riz. M. Clarke en est ainsi venu à envisager de nouveaux débouchés professionnels; il est donc rentré au Canada afin de poursuivre des études supérieures en biochimie à l’Université de Guelph.

Le volet de son travail relatif aux TIC a lentement évolué. M. Clarke se souvient d’un projet postdoctoral sur les maladies du sommeil dans les régions rurales du Kenya, qui a exigé beaucoup de clonage et de séquençage de gènes et a nécessité une quantité considérable de calculs. Ce nouvel intérêt pour les applications médicales des TIC s’est avivé après qu’il eut accepté un poste de professeur à la faculté de médecine de l’Université de Western Ontario. Au milieu des années 1980, il se rappelle avoir traîné jusque dans sa classe ce qui était, à cette époque, son matériel informatique de pointe, afin que 250 étudiants puissent fixer un moniteur de 20 pouces à l’avant de la classe.

Un large spectre d’applications

Les antécédents de M. Clarke l’ont certes bien préparé à défendre une utilisation accrue des TIC à la fois en médecine et en éducation, mais il estime qu’il existe un vaste éventail de domaines où les technologies de la communication ont un rôle essentiel à jouer.

L’économie est un secteur où les TIC ont laissé leur marque. Par exemple, une recherche appuyée par le CRDI a démontré de quelle façon les téléphones mobiles et les technologies Internet avaient fait croître les revenus des petits agriculteurs et pêcheurs au Sénégal, en leur donnant accès à de l’information fiable et à jour sur les prix du marché et en renforçant leur position lors de la négociation des prix avec les acheteurs.

M. Clarke croit aussi que le rôle que jouera le CRDI pour accentuer les répercussions économiques des TIC comprend la participation à l’expansion des infrastructures de la communication, dont les réseaux à large bande, afin que les avantages des TIC deviennent plus accessibles. Il dit aussi que les pays en développement profiteront d’autres avantages économiques si des organismes comme le CRDI peuvent favoriser la mise en place de conditions où une plus grande part du travail à valeur ajoutée associé à la technologie de pointe (comme la conception de logiciels) est réalisée localement.

M. Clarke croit aussi que les TIC peuvent jouer un rôle primordial dans la surveillance de l’environnement. Cela peut prendre plusieurs formes, y compris l’utilisation de systèmes de positionnement mondial (GPS) perfectionnés pour suivre l’évolution des changements environnementaux à grande échelle de même que le recours à des réseaux d’observateurs munis de téléphones mobiles pour se tenir au courant de la situation sur le terrain. Entre-temps, l’utilisation très répandue des TIC durant les récentes élections au Kenya montre que les nouvelles technologies peuvent être des outils puissants dans la recherche de normes plus rigoureuses en matière de gouvernance et d’une participation accrue de la population.

Il est fort probable que le CRDI continue d’exercer une influence dans tous ces secteurs, croit M. Clarke, parce qu’il aborde le déploiement des TIC non pas comme un objectif ponctuel et isolé, mais bien comme un élément intrinsèque de ses objectifs plus généraux. « Une des choses que je trouve vraiment intéressantes ici, dit-il, c’est que nous sommes, par définition et implicitement, trans et pluridisciplinaires. Mon travail ne consiste pas à être un fanatique des nouvelles technologies, mais plutôt à oeuvrer avec d’autres pour traiter d’une foule de sujets qui recoupent un très large champ d’activités. »

Michael Clarke entretient des attentes très élevées quant à ce que pourront faire les TIC, au cours de la prochaine décennie, pour susciter un changement profond. Sur le plan de la santé, par exemple, il dit : « Dans le meilleur des cas, où l’accès à une connexion Internet à large bande serait possible presque partout dans le monde, je peux entrevoir une nouvelle façon de former les travailleurs de la santé dans les pays en développement. »

« On pourrait combler la pénurie de travailleurs de la santé, songe-t-il, ce qui serait une réalisation majeure. »

Stephen Dale est un rédacteur établi à Ottawa.