Des données locales sur les changements climatiques assurent la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance en Afrique australe

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Les agriculteurs modifient les modes de culture en réponse aux changements climatiques au Swaziland

Bill Morton

Les changements climatiques et la variabilité du climat représentent une menace importante pour l'agriculture, la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance en Afrique subsaharienne. Les répercussions, notamment une augmentation prévue de 2 °C de la température, accroîtront la vulnérabilité de la région aux phénomènes météorologiques extrêmes, comme les sécheresses et les inondations, mettant les ressources hydriques limitées à rude épreuve et déstabilisant les systèmes déjà fragiles de culture et d'élevage. Plus de 70 % de la population, y compris un grand nombre de petits agriculteurs, dépend actuellement de l'agriculture pluviale. D'ici 2020, le rendement des cultures dans certains pays pourrait subir une diminution allant jusqu'à 50 %, exposant ainsi jusqu'à 600 millions de personnes à un stress hydrique accru. On estime que le coût de l'adaptation aux changements climatiques dans nombre de ces pays pourrait s'élever à au moins 5 à 10 % du PIB.

Les petits agriculteurs doivent avoir accès à des renseignements fiables sur la façon dont les changements climatiques peuvent les toucher à l'avenir, de sorte qu'ils puissent adapter leurs pratiques agricoles et protéger leurs moyens de subsistance à long terme. La recherche, financée par le CRDI, menée par le Food, Agriculture and Natural Resources Policy Analysis Network (FANRPAN), vise à combler ce manque d'information à l'échelle locale, en mettant l'accent sur certaines régions du Lesotho, du Malawi et du Swaziland.

Compréhension des répercussions du climat sur la production de nourriture

L'équipe de recherche a produit des prévisions en matière de changements climatiques à l'échelle locale jusqu'en 2050 et les a utilisées pour simuler le rendement futur des cultures. Les conclusions ont révélé une augmentation de la variabilité des précipitations et une hausse des températures allant jusqu'à 3 °C dans les cas extrêmes, dans les trois lieux des recherches. Ces facteurs, entre autres, indiquent que le rendement du maïs pourrait subir une diminution (pouvant atteindre 20 %) d'ici 2050, et que la disponibilité des terres propices à la culture céréalière pourrait diminuer de 5 à 25 %.

À partir des prévisions, l'équipe de recherche a cerné diverses mesures propres aux emplacements pouvant être utilisées par les agriculteurs pour s'adapter aux conditions changeantes, notamment en modifiant les modes de culture et les calendriers d'ensemencement. Par exemple, on recommande des semis hâtifs au Malawi, tandis que la plantation tardive devrait être plus efficace au Lesotho. Au Swaziland, les agriculteurs modifient déjà leurs modes de culture et 66 % de foyers profitent des premières pluies pour planter leurs semis.

 
 Woman farmer in SwazilandLes pratiques de gestion agronomique pouvant augmenter la rentabilité pour les agriculteurs ont également été évaluées. Au Malawi, par exemple, l'agriculture de conservation peut doubler la rentabilité et l'application d'engrais et l'irrigation peuvent entraîner des augmentations (1,8 et 1,72 fois, respectivement). La capacité financière est un facteur essentiel pour les agriculteurs, et les options choisies dépendent des coûts perçus. Par exemple, au Malawi, 21 % des agriculteurs choisissent de ne pas utiliser d'engrais, puisqu'ils sont considérés comme trop chers, et 38 % estiment que l'agriculture de conservation est synonyme de frais de main-d'oeuvre élevés.

Mesure de la vulnérabilité à l'échelle du foyer

Les prévisions climatiques et les modèles de culture ont été intégrés aux résultats d'un indice de vulnérabilité des ménages (HVI), un outil qui permet de déterminer dans quels foyers doivent être appliquées certaines solutions relatives au climat, d'après un certain nombre de facteurs socio-économiques. Il classe ensuite les foyers selon trois niveaux de vulnérabilité (c.-à-d. faible, modéré et élevé). Les chercheurs ont mené une enquête auprès de 10 000 foyers dans les trois pays visés par l'étude et ont conclu que 58 à 98 % d'entre eux sont modérément vulnérables et nécessitent une aide extérieure urgente, mais temporaire, afin de se relever des contrecoups. À court terme en revanche, la hausse moyenne prévue des températures de 1,8 à 2,4 °C, combinée à la variabilité des précipitations, devrait pousser au moins 15 % de ces foyers dans la catégorie des foyers très vulnérables.

Communication en vue d'un impact stratégique
L'équipe de recherche a utilisé divers outils pour communiquer les résultats aux décideurs. Six discussions sur les politiques nationales ont eu lieu dans les trois pays, ce qui a permis de présenter des données empiriques sur la vulnérabilité, les prévisions météorologiques, les modes de culture et la faisabilité économique des différentes options d'adaptation. Le Theatre for Policy Advocacy a été utilisé, donnant vie aux renseignements sur les changements climatiques au moyen de prestations dynamiques et visuelles saisissantes. Le projet a également collaboré avec un média local, No Line Productions, pour créer des segments télévisuels qui promeuvent l'application à grande échelle d'une agriculture adaptée aux changements climatiques en Afrique australe. Les connaissances produites par le projet ont directement contribué aux processus d'élaboration des politiques nationales sur les changements climatiques, notamment le programme d'action nationale pour l'adaptation au Swaziland et la nouvelle politique sur les changements climatiques du gouvernement du Lesotho. Chacune de ces politiques, et les programmes auxquels elles aboutissent, permettent de mieux lutter contre les répercussions des changements climatiques et de la variabilité du climat à l'échelle locale et d'appuyer les efforts d'adaptation des petits agriculteurs.
 
Le projet « De la recherche aux politiques – Établissement de liens entre l'adaptation aux changements climatiques et l'agriculture durable en Afrique australe » est financé dans le cadre de l'Initiative de recherche sur l'adaptation aux changements climatiques en Asie, en Amérique latine et dans les Caraïbes du CRDI, à l'aide de fonds provenant du financement accéléré du gouvernement du Canada.
 
Bill Morton est rédacteur à Ottawa.
 
Photo (à gauche) : FANRPAN
Un agriculteur au Swaziland
 
 

Lien vers la chaîne YouTube du projet.