Des constatations de recherche mènent au déploiement à l’échelle nationale de programmes de prévention du VIH au Botswana

December 01, 2014

Un nouveau projet de recherche remarquable sur la prévention du VIH chez les personnes qui sont dans « l’incapacité de choisir » (ce à quoi renvoie le terme « choice disability ») – des groupes vulnérables qui sont moins en mesure de prendre les mesures voulues pour se protéger – a mené au déploiement à l’échelle nationale de trois programmes d’intervention au Botswana. 

Trois années de recherche en Afrique australe ont abouti à de nouvelles constatations importantes relatives à la prévention du sida chez les personnes qui sont dans l’incapacité de choisir, même lorsqu’elles possèdent les connaissances nécessaires pour ce faire. L’un des principaux groupes souffrant de cette incapacité : les victimes de violence sexuelle. 

La recherche a également fourni d’importantes données probantes selon lesquelles la circoncision masculine pourrait ne pas éviter l’infection, contrairement à ce que certains croient.

Lutte contre la propagation du VIH/sida

En Afrique subsaharienne, le taux d’infection par le VIH est élevé : il peut atteindre 33 %. Les mesures de prévention doivent donc être au coeur de la lutte contre l’épidémie de VIH/sida. Cependant, les stratégies de prévention sont en général conçues en fonction des personnes en mesure d’agir de façon préventive et d’avoir accès à des services lorsqu’elles en ont besoin; ces stratégies leur sont aussi plus accessibles.

Selon une enquête menée par le CIET Trust en 2008 auprès de jeunes de 15 à 29 ans au Botswana, en Namibie et au Swaziland, les personnes pauvres, peu instruites, en présence d’une disparité de revenu entre les conjoints et aux prises avec la violence conjugale sont plus susceptibles d’être infectées par le VIH. On considère que ces facteurs réduisent tous la capacité de choisir et augmentent donc la probabilité d’infection.

C’est le CIET Trust qui a mené le nouveau projet de recherche, et ce, dans les mêmes trois pays, grâce au soutien du Centre de recherches pour le développement international, organisme canadien.

Les chercheurs ont adapté les mesures de prévention existantes pour les rendre plus efficaces pour les personnes dans l’incapacité de choisir. En diffusant les épisodes d’un audiodrame et en organisant des ateliers à l’intention des jeunes femmes, les chercheurs ont informé la population des méthodes de prévention primaire tout en sensibilisant les services locaux aux besoins des personnes dans l’incapacité de choisir. Ils ont en outre réalisé des essais cliniques aléatoires afin d’accroître l’impact des stratégies de prévention du VIH déjà en place en augmentant le nombre de personnes capables d’opter pour les moyens de prévention existants, notamment l’abstinence, l’utilisation de préservatifs et la réduction du nombre de partenaires sexuels.

Le projet de recherche a également soutenu une formation ayant pour but de renforcer les capacités des chercheurs et des responsables des politiques africains de la relève en ce qui concerne les aspects socioculturels du VIH/sida, les méthodes épidémiologiques et le passage des politiques à la pratique.

Une réduction de l’infection des jeunes femmes

Les travaux de recherche ont révélé qu’un plus grand nombre de jeunes Botswanaises que de jeunes Namibiennes et Swazies ont adopté les mesures préconisées. À la fin du projet de trois ans, 22,3 % des jeunes Botswanaises des collectivités témoins étaient séropositives par rapport à seulement 10,6 % de celles des collectivités qui avaient bénéficié des interventions.

Autre constatation : la violence à l’égard des femmes, une vision dépassée quant à la hiérarchie des sexes, la dépendance économique, la toxicomanie et l’alcoolisme sont tous des facteurs qui se traduisent par l’incapacité de choisir.

Les données probantes indiquent que des facteurs structurels – notamment le manque d’instruction, l’insécurité alimentaire et la disparité de revenu entre les conjoints – contribuent aussi à l’infection par le VIH. Le risque augmente en fonction du nombre de facteurs structurels présents. 

Une idée fausse et dangereuse donnant lieu à des comportements à risque élevé

Les chercheurs se sont par ailleurs penchés sur les croyances largement répandues au sujet de la circoncision masculine et ont conclu que cette dernière ne modifie pas la probabilité de contracter le VIH. Ils ont cependant relevé des exemples de croyances erronées, notamment que la circoncision peut prévenir la propagation du VIH. Cette croyance est dangereuse, car elle peut mener à des comportements à risque élevé. Les chercheurs estiment donc qu’il faut redoubler d’efforts pour sensibiliser les populations au fait que la circoncision masculine ne protège pas les femmes.

Le CRDI s’intéressait de près à cette recherche étant donné la pression qu’exercent conjointement des bailleurs de fonds pour privilégier la circoncision masculine comme méthode de prévention. Les résultats ont montré qu’elle ne serait pas aussi efficace que de nombreux bailleurs de fonds le croient.

Déploiement à l’échelle nationale

Une bonne partie des travaux sur le VIH/sida réalisés à ce jour ont supposé qu’il s’agit d’un problème médical nécessitant une solution clinique. Il importe de disposer de données probantes sur les liens entre la propagation du sida et les facteurs structurels, ainsi que sur la manière de s’y attaquer, afin de trouver des solutions à long terme permettant d’endiguer l’épidémie de sida. 

Au Botswana, les résultats du projet de recherche ont conduit le gouvernement à faire un investissement massif de 3,1 millions de dollars américains dans la mise à l’échelle nationale des interventions, dans le cadre de son programme de réduction de la pauvreté. En outre, à la suite de la visite au Botswana en 2013 de Son Excellence le très honorable David Johnston, gouverneur général du Canada, et de Jean Lebel, président du CRDI, le Centre a augmenté son soutien au déploiement à grande échelle des interventions.

Au Swaziland, l’audiodrame produit dans le cadre du projet figure dorénavant au programme scolaire. Le CIET Trust a formé des enseignants pour qu’ils animent des discussions avec les élèves après avoir écouté ces épisodes de la série Beyond Victims and Villains

Le gouvernement du Botswana a intégré cette approche à son programme de réduction de la pauvreté, mettant ainsi les personnes qui sont au coeur de l’épidémie de sida au centre de son programme. 

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