Des chercheurs palestiniens appliquent les leçons de l’évaluation à un projet sur l’utilisation du territoire

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Mark Foss
Le peuple palestinien fait face à un triple défi : négocier une paix juste, constituer un État viable et jeter les bases du développement durable, et ce, dans des conditions défavorables. Ces deux dernières années, le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) a financé la participation de deux employés de l’Applied Research Institute-Jerusalem (ARIJ) au Programme international de formation en évaluation de projets de développement (IPDET), à Ottawa1. Cette formation avait un triple intérêt : consolider la recherche en matière d’utilisation du territoire, doter l’ARIJ d’une capacité d’évaluation et jeter les bases d’un réseau d’évaluation faisant intervenir des pays du Moyen-Orient. Organisé par le Département de l’évaluation rétrospective des opérations de la Banque mondiale et la Faculté des affaires publiques et de la gestion de l’université Carleton, l’IPDET 2004 a attiré plus de 200 participants de 75 pays développés et en développement.

L’ARIJ favorise le développement durable dans les territoires palestiniens occupés et l’autonomie du peuple palestinien grâce à une meilleure maîtrise des ressources naturelles. De 2002 à 2004, tablant sur des recherches antérieures financées par le CRDI, l’ARIJ a évalué l’impact de l’urbanisation rapide de la Cisjordanie. L’institut a recensé les terres et les ressources naturelles dont dispose le peuple palestinien et les répercussions que cela suppose sur l’économie et sur les collectivités locales. Les chercheurs ont interrogé des dirigeants locaux et des ménages et étudié des images satellite, pour analyser aussi bien les aspects socioéconomiques que l’occupation réelle du sol.

La recherche a révélé une expansion urbaine importante dans les 13 dernières années. Entre 1989 et 2000, par exemple, l’expansion urbaine palestinienne en Cisjordanie a augmenté de 133 %. La colonisation israélienne a aussi eu des répercussions considérables sur les terres disponibles.

Étant donné la croissance démographique prévue, les zones construites vont continuer à s’étendre. Cela constitue une menace grave pour les ressources naturelles, surtout parce que les Palestiniens n’ont guère d’autre choix que d’exploiter les terres agricoles et de construire dans des secteurs où l’eau peut poser un problème. Les résultats du projet aideront les urbanistes et les responsables palestiniens à concevoir des stratégies à long terme pour un développement urbain durable.

La formation en évaluation raffermit la recherche et renforce les capacités institutionnelles

Grâce aux leçons apprises à l’IPDET, les chercheurs de l’ARIJ ont commencé à affiner leur méthode à mi-projet. Au début, par exemple, dans leurs enquêtes, ils posaient des questions à choix de réponses. Après avoir assisté à l’IPDET, ils ont ajouté des questions ouvertes pour obtenir des anecdotes.

« Les anecdotes permettent aux gens d’extérioriser leurs sentiments et leurs émotions, ce qui donne une plus grande profondeur à la recherche », affirme Nael Salman. À titre de directeur de la section des colonies de peuplement à l’ARIJ, Salman a participé à l’IPDET 2003.

Salman a transmis à ses collègues de l’ARIJ les leçons qu’il a apprises à l’IPDET afin d’accroître la capacité d’évaluation de l’organisme. Il est même allé plus loin puisqu’il a encouragé des collègues comme Sophia Saad à participer également au programme. « Le programme change chaque année, et il y a tant à apprendre que j’aimerais que nous envoyions tous les ans quelqu’un à l’IPDET », indique-t-il.

Saad, qui a participé à l’IPDET 2004, a supervisé l’analyse des images satellite dans le cadre du projet sur l’utilisation des terres. « Salman avait expliqué la différence entre les incidences et les impacts », se rappelle-t-elle2. « Après avoir participé à l’IPDET 2004, j’ai compris que, pour rédiger les conclusions et les recommandations de l’analyse socioéconomique, il utilisait le modèle qu’il y avait appris. »

Les expériences de Salman et Saad à l’IPDET ont poussé l’ARIJ à adopter une nouvelle forme de « pensée évaluative ». « Nous intégrons l’évaluation à la recherche même », précise Salman. « Elle fait partie de l’ensemble du processus au lieu d’être faite une fois le projet terminé. Notre recherche devient ainsi plus systématique. Nous fondons nos propositions sur ce que nous apprenons de l’évaluation. »

Salman, Saad et les autres participants au programme connaissaient déjà l’évaluation avant d’arriver à l’IPDET. Le programme leur a toutefois proposé une démarche systématique qui leur a permis de relativiser leurs connaissances et de combler leurs éventuelles lacunes. « J’ai comparé notre travail avec ce que j’apprenais au cours et j’ai constaté que nous avions fait de l’évaluation, mais pas de façon structurée », dit Saad. « Il est intéressant de voir que nous faisions quelque chose en nous fondant sur notre expérience et que c’était en fait scientifique. Nous le faisions plus ou moins bien, mais désormais nous allons le faire dans les règles. »

« L’IPDET nous a permis d’approfondir notre réflexion », ajoute Salman. « Nous avons appris comment poser les bonnes questions. Avant, nous posions des questions, mais ne savions pas exactement comment le faire de manière à obtenir les résultats recherchés. Lorsque nous évaluons, maintenant, nous le faisons mille fois mieux qu’avant. »

Capacité d’évaluation dépassant le cadre de l’ARIJ

Pour Salman et Saad, l’IPDET a été l’occasion de se mettre en rapport avec des professionnels du monde entier qui ont des points de vue similaires aux leurs. Et le réseautage continue bien après la fin du programme. Tous les participants sont inscrits à un serveur de liste de diffusion, ce qui les aide à continuer à nouer des liens, à échanger sur leurs expériences et à demander de l’aide.

Salman et plusieurs autres anciens de l’IPDET ont créé un réseau d’évaluation dans la région méditerranéenne.

« Nous avons présenté une demande pour tenir une réunion de coordination en Italie en 2005. Nous n’en sommes encore qu’à la phase préparatoire, mais nous espérons que cela va marcher et que ce sera efficace. »

Selon Sarah Earl, de la Section de l’évaluation du CRDI, « l’IPDET représente une occasion précieuse pour les chercheurs et les évaluateurs de parfaire leurs compétences et de créer des réseaux avec des pairs du monde entier. Nous parrainons des participants pour consolider nos propres projets, mais aussi pour favoriser l’essor de la culture de l’évaluation dans le milieu du développement international. L’évaluation nous aide à réfléchir à ce que nous faisons et à essayer d’être plus efficaces. »

L’évaluation, qui repose sur l’engagement des parties prenantes et répand les connaissances, peut aussi consolider la bonne gouvernance. « Si elle est bien faite, l’évaluation permet aux individus de se responsabiliser par le processus d’apprentissage et d’exercer au bout du compte une influence sur les politiques », dit Earl.

Mark Foss est un rédacteur d’Ottawa.  

Section de l’évaluation, CRDI, B.P. 8500, Ottawa (Ontario), Canada K1G 3H9 ; tél. : (613) 236-6163, poste 2350 ; téléc. : (613) 563-0815 ; courriel : evaluation@idrc.ca
 
[1] En juillet 2004, la Section de l’évaluation du CRDI a parrainé 10 participants travaillant dans des organismes des pays suivants : République tchèque, Équateur, Ghana, Inde, Indonésie, Kenya, Philippines et Cisjordanie et Gaza pour leur permettre de participer au quatrième IPDET annuel à Ottawa. C’est la deuxième année que le CRDI accorde des bourses à cette fin à des partenaires. Le Centre offre en outre un module de formation sur la cartographie des incidences.
 
[2] Les impacts sont les effets primaires et secondaires à long terme, positifs et négatifs, produits directement ou indirectement par une intervention de développement, qu’ils soient voulus ou involontaires. Les incidences sont les effets possibles ou réels à court et moyen termes qui découlent des extrants d’une intervention.