Des agriculteurs éthiopiens réussissent à accroître le rendement et la valeur nutritive de leurs cultures grâce aux bactéries du sol

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Agriculture et sécurité alimentaire
Des chercheurs canadiens et éthiopiens testent, adaptent et font connaître des solutions pratiques pour la culture des légumineuses à graines dans des zones où sévit la pauvreté en Éthiopie. Le pois chiche, la lentille et le haricot, entre autres, peuvent combattre la malnutrition et mettre en disponibilité l’azote présent dans le sol pour la culture de légumineuses à graines saines ayant un rendement élevé.

L’idée : l’amélioration sur place de semences de variétés de légumineuses à graines

Un projet financé par le Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale (FCRSAI) que mènent des scientifiques de l’Université de la Saskatchewan, au Canada, et de l’Université d’Awassa, en Éthiopie, a permis de trouver une façon d’enrichir le sol épuisé et de supplémenter l’alimentation en protéines. Ces travaux sont cruciaux pour l’Éthiopie, pays qui présente l’un des taux de malnutrition les plus élevés au monde. Le problème se fait particulièrement sentir dans le sud, où les moyens de subsistance et l’alimentation dépendent fortement de céréales à rendement élevé, comme le blé et le tef, et de plantes racines, comme le manioc. Or ces cultures, par ailleurs riches en glucides et assez pauvres en protéines, provoquent l’épuisement de l’azote des sols.

Les chercheurs ont découvert, sur place et en abondance, des bactéries qui fixent l’azote. Lorsqu’on les répand sur les semences de variétés améliorées de légumineuses à graines, ces bactéries peuvent entraîner une augmentation des récoltes susceptible d’atteindre 60 % et enrichir le sol d’éléments nutritifs utiles.

Ces microorganismes appelés rhizobiums incitent maintenant les agriculteurs éthiopiens à compléter la culture d’aliments de base par celle de légumineuses à graines riches en protéines. Les pois chiches, lentilles et haricots cultivés peuvent être mangés (ou vendus, augmentant ainsi le revenu), ce qui réduit la malnutrition, particulièrement chez les femmes et les enfants de milieu rural. Les rhizobiums peuvent donc constituer une solution de rechange accessible, efficace et abordable aux engrais minéraux, que peu de petits exploitants agricoles ont les moyens de se payer.

Selon Sheleme Beyene, spécialiste des sols à l’Université d’Awassa, la fertilité des sols est essentielle à l’augmentation du rendement des cultures, et il peut en résulter une hausse réelle du revenu des petites exploitations agricoles et une meilleure sécurité alimentaire, surtout pour ce qui est des femmes et des enfants.

Recherche des bactéries et des semences appropriées

Avant d’entreprendre ce projet, les chercheurs ne savaient pas qu’il existait une aussi grande diversité de rhizobiums en Éthiopie. Ceux-ci peuvent capter l’azote atmosphérique présent dans le sol et le convertir en une forme utilisable par les plantes. Ils fournissent bien assez d’azote pour la culture de légumineuses à graines riches en protéines, et peuvent même en laisser pour la culture de céréales et de plantes racines la saison suivante.

Si l’objectif est d’obtenir des aliments riches en protéines, il faut de l’azote, explique Fran Walley, experte en fertilité du sol à l’Université de la Saskatchewan et membre de l’équipe du projet subventionné par le FCRSAI. Étant donné le coût élevé des engrais azotés, le potentiel est énorme pour l’exploitation d’une ressource naturellement abondante dans le sol éthiopien et bien adaptée aux conditions de culture difficiles de la région.

Les chercheurs ont dû commencer par déterminer les souches de rhizobium qui — parmi les nombreuses souches que l’on trouve dans le pays — donnent les meilleurs résultats avec certaines légumineuses à graines dans les quatre emplacements où est mené le projet. Des études en laboratoire ont permis de déterminer, parmi les 150 souches de rhizobium convenant au pois chiche et les 165 souches convenant à la lentille, les 80 meilleures souches dans un cas comme dans l’autre. Les souches ont été mises à l’essai dans les champs d’agriculteurs participants, et les résultats préliminaires indiquent que plusieurs de ces souches indigènes donnent au moins d’aussi bons résultats que les souches commerciales importées du Canada. D’autres essais sont en cours.

Les chercheurs collaborent aussi étroitement avec des agriculteurs pour repérer et mettre à l’essai des variétés de pois chiche et de lentille à rendement élevé qui résistent à la sécheresse et aux maladies et qui sont riches en micronutriments. Dans le cadre des essais, on a comparé le rendement de variétés provenant d’ailleurs en Éthiopie avec celui des variétés cultivées habituellement par les agriculteurs, et ce, avec et sans apport de souches indigènes de rhizobium. Les résultats ont surpris tant les chercheurs que les agriculteurs.

C’est ainsi que 15 essais sur le terrain ont établi que les nouvelles variétés de pois chiche (traitées avec des souches indigènes de rhizobium) produisaient des récoltes beaucoup plus abondantes que les variétés locales. En fait, le rendement d’une variété améliorée de pois chiche dépassait de 62 % celui de la variété habituellement cultivée par les agriculteurs (3,4 tonnes par hectare contre 2,1 t/h).

Augmentation du revenu et des exportations

Dans certains de ces emplacements, on ne produit qu’une grande culture par an. Les recherches ont démontré qu’il était possible de cultiver le pois chiche en rotation, en le semant après une récolte de céréale, ce qui permet d’augmenter le revenu des agriculteurs. Comme l’explique Bunyamin Tar’an, du Centre d’amélioration des cultures de l’Université de la Saskatchewan, cela suscite un grand intérêt à l’échelle nationale en raison de la possibilité qui s’offre de cultiver le pois chiche ailleurs dans le pays.

Les résultats du projet pourraient aider l’Éthiopie à faire passer la production nationale de pois chiche, qui est d’à peine 1,3 t/h (et même moins dans le sud du pays), à son plein potentiel, soit un rendement de 4,5 t/h. Cette production accrue contribuerait à la réalisation de deux objectifs du gouvernement : l’élargissement des marchés d’exportation des légumineuses à graines et la réduction de la malnutrition, largement répandue.

Le projet permet par ailleurs de faire l’essai de la culture non irriguée du haricot mange-tout. Selon les observations préliminaires, lorsqu’on les recouvre de rhizobiums, les semences produisent des haricots dont la qualité est similaire à celle des haricots cultivés avec des engrais minéraux dans des champs irrigués. Ce légume est un produit d’exportation qui n’a été adopté que depuis peu en Éthiopie, mais qui présente un fort potentiel économique. En 2008, les exportations de haricot mange-tout du pays se sont élevées à plus de 15 millions de dollars canadiens.

Prochaine étape : garantir un approvisionnement adéquat

Les chercheurs ont déterminé les meilleures souches de rhizobium et les meilleures variétés de légumineuses à graines pour des emplacements précis dans le sud de l’Éthiopie. Au cours de la prochaine étape, il s’agira de garantir un approvisionnement adéquat, tant en rhizobiums qu’en semences, pour répondre aux besoins des agriculteurs.

L’approvisionnement en semences de qualité est l’un des principaux défis à relever pour le passage à grande échelle, estime M. Tar’an. Les semences produites dans le cadre des essais ont été remises à 30 autres exploitations agricoles qui participent à des essais sur le terrain supplémentaires depuis septembre 2012. À la fin des essais, chacune de ces 30 exploitations agricoles devra fournir des semences à trois ou quatre autres exploitations pour la saison suivante. Au cours de l’année qui vient, des agriculteurs expérimentés seront formés à la culture de semences de sorte qu’il y aura un approvisionnement local durable quand le projet prendra fin.

Les chercheurs étudient également les possibilités de production locale de rhizobiums. L’Université de la Saskatchewan en a déjà produit au Canada. En Éthiopie, une université pourrait faire de même et se charger de la production des rhizobiums, qui seraient distribués aux agriculteurs par l’intermédiaire des coopératives agricoles locales. 


DONNÉES ESSENTIELLES

Chercheurs principaux
Sheleme Beyene, Université d’Awassa, Éthiopie
Bunyamin Tar’an et Fran Walley, Université de la Saskatchewan, Canada

Pays : Éthiopie
Financement accordé : 999 935 CAD
Période visée : de septembre 2010 à mars 2013

Pour plus de précisions sur ce projet, communiquer avec Pascal Sanginga, spécialiste de programme principal, à Nairobi au Kenya (psanginga@crdi.ca), ou avec Kevin Tiessen, spécialiste de programme principal, à Ottawa au Canada (ktiessen@crdi.ca).

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