De nouvelles manières de composer avec les inondations au Cap

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Les Cape Flats continuent d’absorber le flux des migrants qui arrivent au Cap. En été, c’est un milieu sec et l’on croirait qu’il est sûr de s’y établir. Pourtant, lorsque s’abattent les pluies hivernales, de l’eau stagnante s’accumule dans ces milieux.

Leonie Joubert, avec l'apport de Linda Martindale

Une nouvelle étude de l’African Centre for Cities a révélé que, pour relever les défis que posent l’inondation des shack lands (bidonvilles) au Cap, les collectivités doivent travailler de concert avec l’administration municipale.

Les Cape Flats sont des basses terres côtières situées à l’extérieur du Cap, en Afrique du Sud. Si, pendant l’apartheid, l’État forçait les personnes de couleur à s’y établir, cette zone attire aujourd’hui les migrants des campagnes, plus pauvres. C’est ainsi que des milliers de personnes vivent entassées dans des maisons à faible coût officiellement enregistrées ou dans de sordides bidonvilles.

Durant les mois d’été, le temps est sec, et de nombreux endroits semblent être des lieux idéaux où s’établir. Des personnes achètent une baraque sur le marché du logement non structuré ou se construisent une habitation sur une terre inoccupée. Cependant, lorsque les pluies hivernales s’abattent sur ces milieux humides, le niveau de la nappe phréatique s’élève, et l’eau s’infiltre et s’accumule dans les maisons et autour des maisons, où elle stagne pendant des jours. Même dans les zones d’habitation officielles, où les terres humides ont été goudronnées et bétonnées, il y a refoulement au niveau des collecteurs d’eaux pluviales : les débris et les déchets domestiques se retrouvent donc dans les rues et à proximité des maisons et commerces avoisinants.

Les inondations : un problème persistant

Pour la chef d’entreprise Christina Mtandana, de l’établissement spontané de Philippi, les inondations fréquentes font en sorte que l’eau s’accumule dans la cuisine de son petit restaurant. Elle raconte s’être déjà électrocutée en utilisant sa friteuse, car elle se tenait les deux pieds dans l’eau. Pour avoir les pieds au chaud et au sec et assurer sa sécurité, elle porte des bottes en caoutchouc et d’épaisses chaussettes.

D’autres habitants de ces zones, comme Bomkazi Sokhaya, voient l’eau des égouts s’infiltrer dans leur maison. Les toilettes portatives fournies par la municipalité ne sont pas vidangées régulièrement; de nombreux résidents sont par conséquent contraints d’utiliser, en guise de toilette, des seaux dont ils vident le contenu dans l’eau stagnante qui s’accumule près de la maison de Mme Sokhaya. Les problèmes qui touchent les Cape Flats ne vont pas se résoudre par magie. Les changements climatiques entraînent une augmentation des pluies, qui accroissent à leur tour les risques d’inondation. Par ailleurs, les contraintes budgétaires ont mis un frein à la construction de nouveaux logements fournis par l’État et la prestation des services d’assainissement et d’enlèvement des déchets. Les actes de vandalisme visant les services existants ne font qu’aggraver la situation.

Les efforts que la Ville du Cap a déployés par le passé pour rehausser l’infrastructure, dont les toilettes publiques, les mécanismes d’assainissement et les collecteurs d’eaux pluviales, ont échoué, car les collectivités n’avaient pas été consultées ni ne participaient auxdits efforts. L’African Centre for Cities et d’autres départements partenaires de l’Université du Cap ont examiné la manière dont les collectivités et la municipalité peuvent se concerter pour trouver des solutions aux inondations qui frappent les Cape Flats. Le projet en question est financé par le Centre de recherches pour le développement international, organisme canadien, et le Department for International Development (DFID) du Royaume-Uni, par le truchement du programme Adaptation aux changements climatiques en Afrique.

Les membres des collectivités sous pression

Gina Ziervogel, chargée de cours principale à l’Environmental and Geographical Science Department de l’Université du Cap, explique que ses travaux montrent la nécessité d’une collaboration plus étroite entre différents secteurs. Il y a lieu que se concertent les différents services municipaux et les organismes de la société civile – ce qui aiderait à la distribution de nourriture et de couvertures lorsque survient une inondation – et les dirigeants communautaires bénévoles.

Les travaux de sa collègue Laura Drivdal, du Centre of Criminology de l’Université du Cap, mettent en relief les difficultés à surmonter en matière de gouvernance à l’échelon communautaire. Les collectivités sont souvent représentées par des comités formés d’activistes bénévoles. Le rôle de ces collectivités consiste à trouver des solutions aux problèmes ayant notamment trait à la sécurité et à l’aménagement des quartiers, ainsi qu’à mener des négociations auprès d’intervenants externes tels que l’administration municipale, les conseillers municipaux et les organismes de la société civile.

Selon Mme Drivdal, il arrive que les membres de ces comités bénévoles aient des attentes irréalistes. Les collectivités qu’ils représentent s’attendent à ce qu’ils influent sur le processus décisionnel des autorités locales. Les autorités locales, pour leur part, s’attendent à ce qu’ils puissent rallier les membres des collectivités aux ateliers et réunions. Dans de nombreux cas, ces dirigeants communautaires n’exercent pas autant d’influence qu’ils le désirent.

Jeter des ponts pour renforcer la gouvernance

Maintenant que l’étude, qui s’est échelonnée sur trois ans, tire à sa fin, les chercheures veulent favoriser la collaboration entre les collectivités locales, les organismes de la société civile et l’administration municipale.

Mme Ziervogel estime que, dans des villes comme Le Cap, où un pourcentage élevé de résidents évoluent en dehors du milieu structuré et où un grand nombre d’entre eux sont tenus à l’écart du processus décisionnel, il est essentiel de jeter des ponts entre le système de gouvernance municipale structuré et la sphère qui lui échappe.

Les chercheurs ont énoncé une série de recommandations visant à orienter le travail de la ville avec les collectivités. Ils recommandent, par exemple, que la ville assure la transparence à l’égard des collectivités et fasse rapport aux collectivités pour éviter tout soupçon pouvant mener à un conflit.

Les résultats obtenus jusqu’à présent sont prometteurs. L’administration municipale a indiqué qu’elle était disposée à encourager la collaboration entre ses différents services et à travailler avec les collectivités et les organismes de la société civile. Elle est à la recherche de solutions pour atténuer les risques d’inondation et poursuit des campagnes de sensibilisation. Elle essaie en outre d’acheter des terres privées afin de pouvoir y aménager des quartiers à logement. C’est dans les zones à risque qu’elle entend commencer à mettre en oeuvre des mesures d’atténuation des risques d’inondation.

La Ville du Cap s’attache également à mettre sur pied une rigoureuse politique côtière et un cadre de gestion du littoral afin de mieux composer avec les pressions occasionnées par le développement urbain et la croissance économique.

Apprenez-en davantage sur la recherche au sujet des Cape Flats dans le livret Rising Waters, produit par l’African Centre for Cities de l’Université du Cap.

Pour en savoir plus sur la recherche connexe portant sur les risques reliés à la turbulence croissante des océans et à la hausse du niveau des océans autour du Cap, consultez le livret Cape of Storms, également produit par l’African Centre for Cities.

Leonie Joubert est rédactrice pigiste au Cap. Données additionnelles fournies par Linda Martindale, établie au Cap.

Entrevue vidéo avec le chercheur Anton Cartwright

Entretien avec Anton Cartwright