De nouveaux vaccins pour animaux pourraient aider davantage d’éleveurs africains à demeurer en activité

Image

Grâce à la mise au point de nouveaux vaccins pour animaux, les éleveurs de l’Afrique subsaharienne pourraient perdre moins de bêtes pour cause de maladie.

Marie-Danielle Smith

Des scientifiques canadiens et africains mettent au point de nouveaux vaccins pour lutter contre les maladies animales et limiter les pertes économiques en Afrique subsaharienne. Certains de ces vaccins pourraient permettre de lutter contre des maladies semblables au Canada.


L'Université de l'Alberta et la
Vaccine and Infectious Disease Organization (VIDO) de l’Université de la Saskatchewan s’associent à des chercheurs du Canada, du Kenya et de l’Afrique du Sud afin de mettre au point des vaccins pour lutter contre plusieurs maladies animales agressives.

Les chercheurs ont reçu près de 7 millions de dollars en subventions du
Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale (FCRSAI), un partenariat entre le CRDI et l’ancienne Agence canadienne de développement international, qui fait aujourd’hui partie d’Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada.


À l’échelle mondiale, on estime à 4 milliards de dollars les pertes occasionnées par les maladies du bétail; les maladies infectieuses sont responsables d’environ 30 % de la mortalité animale. Dans de nombreux pays de l’Afrique subsaharienne, où la production animale représente environ 25 % de l’activité économique, ces maladies mettent en péril les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire
.

 

La maladie coûte cher Photo: Fourteen team members from Canada, Kenya, and South Africa gather in Ottawa.

 
En Saskatchewan, une équipe s’emploie à mettre au point des vaccins pour lutter contre la pleuropneumonie contagieuse des bovins, une maladie bactérienne qui tue jusqu’à la moitié des animaux infectés. Cette maladie fait perdre aux éleveurs africains de 60 à 300 millions de dollars par année.
 
Pourquoi recourir à un vaccin plutôt qu’à des antibiotiques, qui permettent aussi de lutter contre les bactéries ? C’est une question de coût. Selon Andrew Potter de la VIDO, chercheur principal au sein du projet, les vaccins pourraient permettre de prévenir la pleuropneumonie pour seulement 50 cents par animal, contre de 10 $ à 18 $ pour les antibiotiques.
 

« Les insectes sont beaucoup plus futés que nous »

 
Selon M. Potter, la pleuropneumonie était autrefois endémique en Amérique du Nord, en Europe, au Royaume-Uni et en Australie jusqu’à ce qu’on l’élimine, au milieu des années 1900. L’Afrique demeure le seul milieu propice à la prolifération de la bactérie.
 
Mais à son avis, il est peu probable qu’on l’élimine complètement. Les insectes sont beaucoup plus futés que nous; n’importe quel organisme qui se reproduit toutes les 20 minutes arrivera à nous déjouer, affirme M. Potter en faisant allusion à la vitesse à laquelle les bactéries se reproduisent et s’adaptent à de nouveaux milieux. Le but de ces vaccins est de les maîtriser, précise-t-il.
 

Les équipes de recherche à l’oeuvre en Saskatchewan et au Kenya n’ont pas comme unique but la production d’un vaccin. Des spécialistes des sciences sociales du Kenya Agricultural Research Institute et de l’International Livestock Research Institute analysent les facteurs socioéconomiques qui influent sur l’adoption du vaccin, dans le but de trouver de meilleures façons de fabriquer et de distribuer localement le vaccin à un coût abordable.

 
Cinq maladies, un vaccin
 
Dans le cadre d’un projet distinct, des chercheurs de l’Université de l’Alberta que dirige Lorne Babiuk, de la VIDO et du Centre national des maladies animales exotiques collaborent avec des chercheurs de l’Onderstepoort Veterinary Institute du South African Agricultural Research Council pour lutter contre diverses maladies virales qui touchent les moutons, les chèvres, les porcs et les bovins, des animaux dont les propriétaires sont souvent les femmes et les pauvres.
 
La dermatose nodulaire contagieuse, la variole ovine, la variole caprine, la fièvre de la vallée du Rift et la peste des petits ruminants font perdre beaucoup de bétail aux agriculteurs. L’équipe de recherche concertée est à mettre au point un vaccin susceptible d’offrir une protection contre l’ensemble des cinq maladies. L’équipe cherche aussi à développer le premier vaccin commercial contre la peste porcine africaine, une maladie virale qui s’attaque aux porcs et est associée à un taux de mortalité élevé.
 
En plus de mener des recherches, l’équipe adopte une démarche globale pour lutter contre les maladies, en produisant des dépliants et des affiches rédigés dans des langues locales afin de sensibiliser les éleveurs aux options disponibles pour lutter contre les maladies et prendre soin de leurs animaux comme il se doit.
 

David Wallace, cochercheur principal au sein de l’équipe sud-africaine, explique qu’il ressort des enquêtes que l’équipe a réalisées sur le terrain que bon nombre des éleveurs auprès desquels elle intervient ne possèdent que des connaissances sommaires, même sur les soins élémentaires à donner à leurs bêtes. Alors, avant d’intégrer des systèmes de vaccination et de lutte, il faut travailler avec eux pour mettre en place de meilleures pratiques de soin des animaux.

 
Un calendrier sans précédent
 
Les deux équipes de recherche amorcent la deuxième année de leur calendrier de 30 mois.
 
Ce court délai présente tout un défi. Dans le milieu scientifique, c’est littéralement du jamais vu, affirme M. Potter; personne n’a fait ça auparavant.
 
La vaccinologie inverse, ou le recours à des logiciels pour préciser la recherche des composants de vaccins, a permis aux chercheurs d’identifier 80 protéines – dans un bassin de près de 1 000 – susceptibles d’être utilisées comme ingrédients d’un vaccin contre la pleuropneumonie contagieuse bovine. La réduction du nombre de protéines à mettre à l’essai, qui n’est devenue possible que grâce aux ordinateurs, diminue considérablement le temps de production d’un vaccin.
 

À ce jour, les chercheurs ont bon espoir de respecter leur délai. Si tout va comme prévu, les vaccins seront mis au point, contrôlés et prêts pour les essais de phase II d’ici la date limite, soit en août 2014.

 

Marie-Danielle Smith est rédactrice à Ottawa.

Photo de droite : CRDI/Marie-Danielle Smith
Des membres des équipes du Canada, du Kenya et de l’Afrique du Sud se sont réunis à Ottawa pour discuter de deux projets relatifs à des vaccins pour animaux, financés par le FCRSAI.