De nouveaux partenariats pour stimuler l’innovation en agriculture

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Blake Audsley, Division des communications, Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI)
Bien que la hausse en flèche du prix des aliments connaisse une certaine accalmie, il en coûte beaucoup plus cher qu’il y a quelques années à bon nombre de consommateurs pauvres des pays en développement pour se nourrir. Des travaux de recherche menés par l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) et subventionnés par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) indiquent que des partenariats public-privé (PPP) novateurs permettent non seulement de relever en partie certains des plus grands défis auxquels fait face le secteur agricole mais également de faire baisser le prix des aliments.

Par PPP, on entend la collaboration d’entités du secteur public avec des entités du secteur privé, qui mettent en commun des compétences et des connaissances cruciales et partagent les risques. Mis au service du développement agricole, ces partenariats permettent de multiplier les ressources en vue d’accroître le bien-être des populations pauvres qui, pour la plupart, tirent leurs revenus et leur subsistance directement ou indirectement de l’agriculture. Les PPP peuvent attirer l’attention davantage sur la recherche-développement en agriculture et sur les investissements dans ce secteur, ce qui peut stimuler l’innovation et la création de nouvelles technologies pour les agriculteurs pauvres.

Les PPP peuvent notamment jouer un rôle important pour ce qui est de remédier à la récente baisse, à l’échelle mondiale, des investissements publics dans la recherche-développement en agriculture. En effet, en raison du déclin de la productivité agricole, nombreux sont les pays qui n’ont pas été en mesure de suivre la hausse de la demande alimentaire suscitée par la croissance démographique.

Tant que les disponibilités alimentaires dans le monde ne seront pas suffisantes pour répondre à l’augmentation considérable de la demande, la flambée des prix des aliments sera un sujet de préoccupation omniprésent pour les consommateurs, et ce, surtout dans les pays en développement, où les ménages peuvent consacrer de 50 à 70 % de leur budget à la nourriture. En réunissant des partenaires du secteur public et du secteur privé, les PPP créent des conditions dynamiques pour l’exécution de recherches poussées, la mise au point de nouvelles technologies et le lancement de nouveaux produits à l’intention des petits agriculteurs qui ont peu de ressources et d’autres groupes marginalisés dans les pays en développement.


Curt Carnemark / Banque Mondiale

Les PPP en Amérique latine

On estime de plus en plus que les PPP constituent un mécanisme intéressant pour soutenir le développement rural, en particulier en certains endroits en Amérique latine. Les PPP qui ont du succès connaissent plusieurs étapes : détermination des intérêts communs, négociation des accords de partenariat, mise en oeuvre du partenariat, évaluation des interventions et décision de poursuivre le partenariat ou d’y mettre fin. Bon nombre de PPP ne parviennent pas à atteindre leurs objectifs car les collaborateurs bien souvent n’ont pas les compétences nécessaires pour planifier et gérer une relation aussi complexe d’une manière durable.

L’IFPRI, de concert avec plusieurs instituts nationaux de recherche agricole, a tenté de cerner les facteurs favorisant la réussite d’un PPP en examinant la chaîne de production agricole au Costa Rica, en République dominicaine, en Équateur et au Salvador. Le CRDI a financé ces études.

Les chercheurs ont constaté que l’échange de l’information ne suffit pas à lui seul à assurer la réussite d’un PPP; il faut qu’il y ait également apprentissage non traditionnel chez les partenaires. Les collaborateurs doivent établir leurs intérêts communs, les points d’insertion qui conviennent dans la chaîne de production agricole et les mesures de renforcement des capacités qui s’imposent pour assurer l’efficacité de leur action, lesquelles peuvent varier d’une activité à l’autre.

En Équateur, il a été démontré que les PPP dans le secteur de la production du brocoli faisaient face avant tout à des contraintes d’ordre commercial, comme l’absence de systèmes d’information sur les marchés permettant d’améliorer la prise de décisions. Par contre, les producteurs de mangues collaborant dans le cadre de PPP devaient relever des défis sur le plan de la production même, reliés notamment à la fertilité des sols et à la lutte antiparasitaire. Ces défis différents supposent non seulement des rôles différents pour les participants, mais également des participants différents.

Les études ont révélé que la création d’un PPP n’est qu’une première étape. Une collaboration étroite entre les partenaires est essentielle à leur réussite. En l’absence d’une coordination efficace et d’une motivation suffisante, les partenaires peuvent perdre des ressources et un temps précieux. Il faut souvent l’intervention de tiers pour susciter une participation constructive. Cela peut être le cas en particulier dans des pays où les participants n’ont que peu d’expérience, si tant est qu’ils en aient, en matière de collaboration entre organismes.

Un ouvrage utile

Le dernier ouvrage publié dans la collection Food Security in Practice de l’IFPRI, intitulé Building Public-Private Partnerships for Agricultural Innovation, fait fond sur les enseignements tirés de ces études. Il s’agit d’un guide technique conçu à l’intention des praticiens du développement agricole afin de leur faciliter l’établissement de PPP visant la création de capacités d’innovation. Mettant l’accent sur des expériences menées en Amérique latine qui peuvent servir ailleurs, il aide à établir les conditions optimales et les participants les plus indiqués pour ce genre de collaboration, ainsi que les avantages susceptibles d’en résulter.

Les PPP constituent des solutions concrètes pour réduire la pauvreté et l’insécurité alimentaire. S’il ne peut y avoir de panacée à l’actuelle flambée des prix des aliments, les PPP peuvent offrir, quant à eux, la possibilité de stimuler des innovations agricoles pouvant accroître les moyens de subsistance des plus démunis.

Building Public-Private Partnerships for Agricultural Innovation est téléchargeable (en anglais) à http://www.ifpri.org/pubs/fspractice/sp4.asp.

[ARTICLE TRADUIT PAR LE CRDI]